ACTE I, SCÈNE î
Bien que je le préfère aux grandeurs d'un empire^ Comme le bien suprême et le seul où j'aspire, 50 Je crois, pour satisfaire un juste et saint amour, Pouvoir un peu remettre et différer d'un jour.
NÉARQUE
Ainsi du genre humain l'ennemi vous abuse : Ce qu'il ne peut de force, il l'entreprend de ruse. Jaloux des bons desseins qu'il tâche d'ébranler, 55 Quand il ne les peut rompre, il pousse à reculer ; D'obstacle sur obstacle il va troubler le vôtre, Aujourd'hui par des pleurs, chaque jour par quelque autre ; Et ce songe rempli de noires visions ' N'est que le coup d'essai de ses illusions : 60 Il met tout en usage, et prière, et menace ; Il attaque toujours, et jamais ne se lasse ; Il croit pouvoir enfin ce qu'encore il n'a pu, Et que ce qu'on diffère est à demi rompu.
Rompez ses premiers coups ; laissez pleurer Pauline. 65 Dieu ne veut point d'un cœur où le monde domine,
50. 11 y a dans le théâtre Corneille d'innombrables exemples de où employé pour auouely à laquelle.
53. «< Kemarquez que cette périphrase l'ennemi du genre humain est noble, et que le mot propre eût été ridicule. Le vulgaire se représente le diable avec des cornes et une longue queue. L'ennemi du genre humain donne l'idée d'un être terrible qui combat contre Dieu même.» (Voltaire.) Corneille disait même en ce sens, absolument, l'ennemi :
Ton ennemi par là peat tronver ton défaut. {Imitation, I, 653.)
« S'il arrivait qu'à la mort l'ennemi eût quelque prétention sur vous »
(Pascal, Provinciales, IX ) Ce vers était un de ceux qui avaient alarmé la piété trop scrupuleuse de quelques contemporains.