‹ Polyeucte; tragédie, avec une introduction, des éclaircissements et des notesChapitre 5 sur 147 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

3. Leblant, Mémoire sur la préparation au martyre dans les premiers sièclei de l'Eglise, t. XXVIII des Mémoires de TAcadémie des inscriptions et belles- t ettret, V

peut être pour une croyance vaine que Ton accepte la souffrance ou le trépas. » Ce qui frappait les esprits, c'était rinfîexible persévérance des chrétiens à confesser leur foi, c'était leur joyeux empressement à courir au-devant de la mort. « Je suis chrétienne, » répétait invariablement la pauvre esclave de Lyon, Blandine, avant d'être jetée aux bêtes du cirque*. « Je suis chétien, » répétera Polyeucte, et il semble bien que ç'ait été là une formule commune à tous les martyrs.

A quoi bon les longs discours, les discussions tbéolo,?iques? Le vrai, le seul moyen de parler à la raison en touchant le cœur, c'est de mourir sans phrases pour ce qu^ôn croit la vérité.

^Sévère n*est pas seulement un de ces témoins déjà émus, bfentôt persuadés, qui, sans être chrétiens encore, attestent les progrès incessants du christianisme; la portée historique de ce rôle est plus haute. En lui sont personnifiées ces classes éclairées de la société romaine, dont le scepticisme de la la pbilosopbie académique avait depuis longtemps glacé la foi, et qui maintenant, en face de ce duel à mort du paganisme et du christianisme, païens par tradition et par convenance, chrétiens par raison, par sentiment, par pitié, s'efforçaient de garder une neutralité impossible. En public, et pour imposer à la foule, ils offrent avec respect de l'encens aux divinités qui encombrent les temples ; mais, dans l'intimité, ils se dédommagent par une raillerie :

Nous en avons beaucoup pour être de vrais dieux 2.

« Mihi qu'idem sane multi videntur, -» avait déjà dit Gicéron parla bouche de Cotta^. C'est Polyeucte qui s'écrie ;

Allons fouler aux pieds ce foudre ridicule Dont arme un bois pourri ce peuple trop crédule

Mais le Timon de Lucien n'était pas plus respectueux lorsqu'il adressait à Jupiter cette invocation ironique : « 0 Jupiter, protecteur des amis, des hôtes, des compagnons, du foyer, dieu des éclairs, des serments, assembleur de nuages, maître du tonnerre.... qu'est devenu le fracas de tes éclairs, le mugissement de ton tonnerre, la flamme blanche et ter-

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