‹ Polyeucte; tragédie, avec une introduction, des éclaircissements et des notesChapitre 68 sur 147 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

SÉVÈRE

Soutiens-moi, Fabian; ce coup de foudre est grand, Et frappe d'autant plus, que plus il me surprend.

FABIAN

Seigneur, qu'est devenu ce généreux courage?

SÉVÈRE

La constance est ici d'un difficile usage : 410

De pareils déplaisirs accablent un grand cœur;

La vertu la plus mâle en perd toute vigueur ;

Et, quand d'un feu si beau les âmes sont éprises,

La mort les trouble moins que de telles surprises

Je ne suis plus à moi, quand j'entends ce discours. 415

Pauline est mariée I

FABIAN

Oui, depuis quinze jours, Polyeucte, un seigneur des premiers d'Arménie, Goûte de son bymen la douceur infinie.

SÉVÈRE

Je ne la puis du moins blâmer d'un mauvais choix : Polyeucte a du nom, et sort du sang des rois. 420 Faibles soulagements d'un malheur sans remède I

407. Coup de foudre, pris au figuré, se retrouve au v. 1367. Corneille emploie aussi en ce sens coup de tonnerre :

Par un coup de tonnerre il vaut mieux en sortir. {Rodogune, 1B30.) Eli bien, marlame, il faudra se résoudre

A voir sur votre sort tomber «e coup de foudre. (Rotrou, Venceslas, III, 3.)

408. « Comnîent un coup de foudre frappe-t-il d'autant plus qu'il surprend? V faut que la métaphore soit juste. «(Voltaire.) La métaphore est juste, observe M. Geruzez, car il est d'expérience que la surprise ajoute à la force du coup dont on est frappé.

•100. Sur courage, pour cœur, fermeté, voyez les notes des v. 170 et 332.

ilO. Sévère fait .\ Fabian une réponse qui rappelle la maxime de La Rcche foucauld : « La philosophie triomphe aisément des maux passés et des ma ;x à venir, mais les maux présents triomphent d'elle. »

I r.. Var. J'ai de la peine encore à croire tes discours. |1643-1460.)

420. Nom, pris au figuré, a un .double sens : celui de réputation et celui de no ':l. 'sse :

Un simple bénéfice et quelque peu de nom. (Régnier, Satiré III.)

Avez-vous pu penser qu'au sang d'Agamemnon

Achille préférât une ûlle sans nom? (Racine, Iphigénie, II, «.)

M'»« de Sévignô nous apprend (lettre du 31 décembre 1670) qu'elle fit une hcuuMise application de ces vers à Lauzun, dont M^'* de Montpensier lui vantait la nobiesse, et que la princesse, ravie de la citation, l'embrassa fort; il est vrai que, le soir même, le projet de mariage entre Lauzun et Mademoiselle était rompu sur l'ordre du roi.

421. M. r.idel rapproche de ce ve;'s le mot connu de Virgile :

Solatia luctns

Bxieua ingentis.

Pauline, je verrai qu'un autre vous possède !

0 ciel, qui malgré moi me renvoyez au jour, 0 sort, qui redonniez l'espoir à mon amour, Reprenez la faveur que vous m'avez prêtée, 4^; Et rendez-moi la mort que vous m'avez ôLée!

Voyons-la toutefois, et, dans ce triste lieu, Achevons de mourir en lui disant adieu ; Que mon cœur, chez les morts emportant son image, De son dernier soupir puisse lui faire hommage 1 430

FABIAN

Seigneur, considérez...

SÉVÈRE

Tout est considéré.

Quel désordre peut craindre un coeur désespéré? N'y consent-elle pas?

FABIAN

Oui, Seigneur, mais...

SÉVÈRE

N'importe.

FABIAN

Cette vive douleur en deviendra plus forte

SÉVÈRE

Et ce n'est pas un mal que je veuille guérir; 435 Je ne veux que la voir, soupirer et mourir.

FABIAN

Vous vous échapperez sans doute en sa présence : Un amant qui perd tout n a plus de complaisance; Dans un tel entretien il suit sa passion,

Et ne pousse qu'injure et qu'imprécation. 440

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