Tertullien, Apologétique
mais avouons aussi que, à un point de vue plus humain Félix a raison. Oui, les chrétiens étaient des rebelles, des « ennemis communs de 1 Etat et des dieux », selon le mot de Slratonicei car s'attaquer à la religion, c'était s'attaquer à l'État, qui en était mseparable, et c'est sur les raines de l'État romain que le christianisme a définitivement triomphé : a Tandis qu'autrefois chaque homme s'était fait son dieu et qu'il y en avait eu autant que de familles et de cités, Dieu apparut alors comme un être unique, immense, universel, seul animant les monde et seul devant remplir le besoin d'adoration qui est en l'homme. Le christianisme n'était la religion domestique d^aucune famille, la religion nationale d'aucune cité ni d'aucune race. Il n'appartenait ni à une caste ni à une corporation. Dés son début il appelait à lui l'humanité entière. , Avec l'unité de Dieu l'unité de la race humaine apparut à tous les esprits; et ce fut dés lors une nécessité de la religion de détendre à l'homme de haïr les autres hommes. Pour ce qui est du gouvernement de l'État, on peut dire que le christianisme l'a transformé dans son essence, précisément parce qu'i l ne s'en est pas occupé. Dans les vieux âges, la religion et l'Etat ne faisaient qu'un : chaque peuple adorait son dieu et chaque dieu gouvernait son peuple ; le même -code réglait les relations entre les hommes et les devoirs envers les dieux de la cité. Au lieu de cela, Jesus-i.hrist enseigne que son empire n'est pas de ce monde. Il sépare la religion du gouvernement?. »
De là une transformation nécessaire des mœurs et du droit. On le voit, M. Duruy n'exagère rien, lorsqu'il appelle les chrétiens « les plus grands révolutionnaires que le monde ait jamais connus^ ». Révolutionnaires, ils Tétaient, non seulement par l'esprit, mais par les procédés, par le caractère exclusif, autoritaire, violent de leur foi dans ses manifestations extérieures. En face du polythéisme, tolérant par indifférence, le monothéisme se dressait, intolérant et agressif, semblait-il, par chaleur de conviction. En ce même troisième siècle où Polyeucte renversait les idoles, Alexandre Sévère au rang de ses dieux domestiques mettait le Christ, entre Apollo-