SCÈNE II SÉVÈRE, PAULINE, STRATONIGE, FABIAN
Oui, je l'aime, Seigneur, et n'en fais point d'excuse;
Que tout autre que moi vous flatte et vous abuse,
Pauline a l'âme noble, et parle à cœur ouvert.
Le bruit de votre mort n'est pas ce qui vous perd.
Si le ciel en mon choix eût mis mon hyménée, 465
A vos seules vertus je me serais donnée.
Et toute la rigueur de votre premier sort
Contre votre mérite eût fait un vain effort.
Je découvrais en vous d'assez illustres marques
Pour vous préférer même aux plus heureux monarques; 470
Mais, puisque mon devoir m'imposait d'autres lois^
De quelque amant pour moi que mon père eût fait choix,
Quand à ce grand pouvoir que la valeur vous donne
Vous auriez ajouté l'éclat d'une couronne.
Quand je vous aurais vu, quand je l'aurais haï, 475
J'en aurais soupiré, mais j'aurais obéi,
Et sur mes passions ma raison souveraine
Eût blâmé mes soupirs et dissipé ma haine.
461. 7ar. Oui, je Taime, Sévère, et n'en fais point d'excuse. (1643-16641)
Je n'en fais point d'excuse, je ne m'en excuse point, je n'essaye pas de mo disculper :
J'atteste qu'on m'y force, et n'en fais point d'excuse. {Andromède, 1683.)
463. Le Britanwicus de Racine dit à Junie en parlant de Néron :
Il hait d cœur ouvert ou cesse de haïr. [Britannicus, V, 1.)
469. Voltaire observe que marques rime souvent avec monarques chez CoH neille, et que le sens de ce mot (indices, témoignages, preuves de mente) resté assez vague. On trouve d'ailleurs, dans le théâtre de Corneille, d'assez nom- Sreux exemples de ce mot associé à Tépithète illustre :
Je hais, je règne encor. Laissons à'illustres marques
En quittant, s'il le faut, ce haut rang des monarques. {Rodogune, 411.)
Nous céderons sans honte à cette illustre marqua. {Ibid, 920.)
Bossuet a écrit : « lis ont donné d'illustres marques de valeur. » {Bist. nat., fil, 5.) Au reste, Corneille emploie volontiers illustre en parlant des choses* comme dans ce vers hardi de la Mort de Pompée : ' Et son dernier soupir fut un soupir illustre. II, 2.)
477. Voyez, dans l'Introduction, le jugement de Sainte-Beuve sur cette ration <|ui caractérise Pauline. Dans son commentaire sur Cinna, Voltaire blâme «ir,