ACTE II, SCÈNE II
SÉVÈRE
Que vous êtes heureuse! et qu'un peu de soupirs
Fait un aisé remède à tous vos déplaisirs! 480
Ainsi, de vos désirs toujours reine absolue,
Les plus grands changements vous trouvent résolue;
De la plus forte ardeur vous portez vos esprits
'Jusqu'à l'indifférence, et peut-être au mépris;
Et votre fermeté fait succéder sans peine 485
La faveur au dédain, et l'amour à la haine.
Qu'un peu de votre humeur ou de votre vertu Soulagerait les maux de ce cœur abattu ! Un soupir, une larme à regret épandue
M'aurait déjà guéri devons avoir perdue : 490
Ma raison pourrait tout sur l'amour affaibli,
Et de l'indifférence irait jusqu'à l'oubli ;
Et mon feu désormais se réglant sur le vôtre,
Je me tiendrais heureux entre les bras d'une autre. \
auquel il substitue de ; mais Boileau (Satire VJ a employé cette tournure aussi bien que Corneille et Racine.
Il nous fait souverains sur leurs grandeurs suprêmes (Cinna, 98G.)
Sur lui, sur tout son peuple il vous rend souveraine. {Andromaque, IV, 1.)
480. Var. Vous acquitte aisément de tous vos déplaisirs. (1643-1656.)
On sait combien s'est affaibli le sens énergique du mot déplaisir, qui équivalait alors à tristesse, désespoir. Dans Horace, le vieil * Horace à qui le roi demande comment il supporte la mort de sa fille, répond : Sire, avec déplaisir, mais avec patience. (1469.)
Dans Bodogune, Cléopâtre expirante ne trouve pas de terme plus énergique pour exhaler sa fureur : , C'est lé seul déplaisir qu'en mourant je reQoi. (1814.)
Voltaire critique, non seulement l'expression faire un remède, que Bossuet a employée, mais même le mot de remède, qu'il juge peu « noble ». Avec raison Palissot iui rappelle que lui-même a employé ce mot dans sa Ro7ne sauvée, sans se croire obligé de Tennoblir :
Dans ce péril pressant qui croît et nous obsède
Vous montrez tous nos maux ; mOntrez-vous le remcde ?
483. De, avec. Esprits, au pluriel, a souvent le sens du singulier, ou du latin animi, sentiments:
Votre amour en tous deux fait ce combat d'esprits. [Cinna, 631.) Ainsi que la naissance ils ont les esprits bas. {Pompée, 1196.)
487 Humeur^ dans le sens d'esprit, de caractère, est très usité à cette énoaue « Les fous et les sottes gens ne voient que par leur humeur. » (La Rochefoucauld.) se rapproche ici du sens du latin mr/ws, lermeté,
comme au v. 348. , . , •
489. Au V. 1775 ou retrouvera epandu pour répandu^ mais avec une nuance de sens un peu différente.
J'ai vu des gens de guerre épandus par la ville {Rodoguiie, 800.)
POLYEUGTE
0 trop aimable objet, qui m'avez trop charmé, 495 Est-ce là comme on aime, et m'avez- vous aimé?
PAULINE
Je vous Tai trop fait voir. Seigneur; et si mon âme
Pouvait bien étouffer les restes de sa flamme,
Dieux, que j'éviterais de rigoureux tourments!
Ma raison, il est vrai, dompte mes sentiments; 500
Mais quelque autorité que sur eux elle ait prise,
Elle n'y règne pas, elle les tyrannise ;
Et, quoique le dehors soit sans émotion,
Le dedans n'est que trouble et que sédition.
Un je ne sais quel charme encor vers vous m'emporte ; 505
Votre mérite est grand, si ma raison est forte ;
Je le vois encor tel qu'il alluma mes feux
D'autant plus puissamment solliciter mes vœux,
Qu'il est environné de puissance et de gloire,
Qu'en tous lieux après vous il traîne la victoire, 510
Que j'en sais mieux le prix, et qu'il n'a point déçu
Le généreux espoir que j'en avais conçu.