ACTE II, SCÈNE II loi
SKVÈTIE.
Que je me prive ainsi du seul bien qui me reste 1 545
PAULINE
Sauvez-vous d'une vue à tous les deux funeste.
SÉVÈRE
Quel prix de mon amour ! quel fruit de mes travaux I
PAULINE
C'est ïe remède seul qui peut guérir nos maux.
SÉVÈRE
\e veux mourir des miens : aimez-en la mémoire..
PAULINE
Je veux guérir des miens; ils souilleraient ma gloire. 550
SÉVÈRE
Ah ! puisque votre gloire en prononce l'arrêt,
Il faut que ma douleur cède à son intérêt.
Est-il rien^que sur moi cette gloire n'obtienne?
Elle me rend les soins que je dois à la mienne.
Adieu. Je vais chercher au miheu des combats 555
Cette immortalité que donne un beau trépas,
Et remplir dignement, par une mort pompeuse, ^
De mes premiers exploits l'attente avantageuse,
Je me sens arrêter par nn plaisir funeste;
Fias je vous parle et plus, trop faible que je suis,
Je cherche à prolonger lo péril que jo fuis.
Il faut, il fit ut pour tant se faire violence,
Et, sans perdre en adieux un reste de constance,
Je fuis. Souvenez-vous, prince, de m'éviter,
Et méritez les pleurs que vous m'allez coûter. {Mithridate, II, 6.)
Au reste, ces aveux l^ivis d'un ordre de s'éloigner, donné à l'amant dont on R peur, sont des lieux communs du roman au xvii« siècle. Dans le Grand Cyrus du M^'" do Scudéry, Alcionide dit au prince Thrasybule : « Je vous le déclare, je ne saurais plus souflVir votre vue, après ce que vous savez de moi, etc. »
548. Cest le remède seul qui peut, construction remarquable: c'est le seul remède qui puisse.
550. Ma gloire, mon honneur : ce mot de gloire, si usité chez Corneille, et si familier à ses héroïnes, ne signifie pas seulement le souci qu'elles prennent de leur réputation, mais le très vif sentiment qu'elles ont de leur honneur et de leur fierté dans l'accomplissement de leur devoir:
Il peut vaincre don Sanche avec fort peu de peine, Mais non pas avec lui la gloire de Chiuiènc. [uid. 1682.)
163. Var. D'un cœur comme le mien qu'est-ce qu'elle n'obtienne''
Vous réveillez lès soins que je dois à la mienne. (1643-1656.)
1157. Pompeuse, glorieuse, au figuré. En général pourtant, chez Corneille pompeux se rapproche de son véritable sens étymologique, Tzo^Tzy\, cortège, céré- Tionie triomphale ou solennelle, comme dans ce premier vers de Rodogune: Enfin ce jour 2)07?7;)eî/>r, cet heureux jour nous luit.
558. Au v. 1561, avantageux sera pris dans le sens ,1e profitable. Ici V attenta avantageuse, c'est l'idée avantageuse, c'est-à-dire l'idée flatteuse que l'on pouvait concevoir de Sévère après ses premiers exploits.
Si toutefois, après ce coup mortel du sort, î'ai de la vie assez pour chercher une mort.
PAULINE
Et moi, dont votre vue augmente le supplice, Je l'éviterai même en votre sacrifice; Et, seule dans ma chambre enfermant mes regrets, Je vais pour vous aux dieux faire des vœux secrets.
SÉVÈRE
Puisse le juste ciel, content de ma ruine. Combler d'heur et de jours Polyeucte et Pauline I
PAULINE
Puisse trouver Sévère, après tant de malheur, Une félicité digne de sa valeur!
SÉVÈRE
11 la trouvait en vous.
PAULINE
Je dépendais d*un père.
SÉVÈRE
0 devoir qui me perd et qui me désespère! 570 Adieu, trop vertueux objet, et trop charmant.
PAULINE
Adieu, trop malheureux et trop parfait amant.