ACTE II, SCENE Vï
S'il vous en reste encor, n'êtes-vous point jaloux
Qu'à jgrand'peine chrétien, j'en montre plus que vous ?
NÉARQUE
Vous sortez du baptême, et ce qui vous anime,
C'est sa grâce qu'en vous n'affaiblit aucun crime ;
Comme encor tout entière, elle agit pleinement, 69b
Et tout semble possible à son feu véhément.
Mais cette même grâce, en moi diminuée,
Et par mille péchés sans cesse exténuée,
Agit aux grands effets avec tant de langueur,
Que tout semble impossible à son peu de vigueur. 700
Cette indigne mollesse et ces lâches défenses
Sont des punitions qu'attirent mes offenses;
Mais Dieu, dont on ne doit jamais se défier,
Me donne votre exemple à me fortifier.
692. « Dans Torigine de la langue, tout adjectif dérivé d'un adjectif latin en w, grandis, sequalis, regalis, viridis, ne changeait pas au féminin. 11 nous reste encore de cet usage grand'mère, grand-messe, grand' route; dans le lanjfage du Palais, lettres royaux. C'est donc une véritable faute de mettre une Apostrophe après grand comme si \'e s'élidait. » (Génin, Lexique de Molière.) Le premier coupable est Vaugelas, qui a cru à une élision, et a imposé cette écriture erronée.
603. Vous sortez du baptême, vous venez d'être baptisé. Au v. 1099 oh rencontrera une locution analogue : tout sortant de la victoire. — « Corneille attribue cette toute-puissance et ce miracle de la grâce en Polyeucte à l'effet direct du baptême, au sacrement qui lui a été conféré, plutôt qu'à une influence singulière et plus invisible, venue sans cet appareil extérieur dans un cœur déjà baptisé. Mais c'eût été trop demander que de vouloir de lui une telle manière d'entendre et de représenter la grâce, surtout au théâtre, par une infusion toute secrète, toute gratuite ; l'acte du baptême au contraire, était une cause sufflsante et manifeste, un signe expressif et intelligible à tous de cette opération intérieure sur laquelle il fondait la conduite et le saint exploit de Polyeucte. » Sainte-Bedve, Port Royal, 1, 6.)