‹ Polyeucte; tragédie, avec une introduction, des éclaircissements et des notesChapitre 94 sur 147 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

PAULINE, STRATONIGE.

PAULINE

Mafs sachons-en Tissue. Eh bien, ma Stratonice, 765 Comment s'est terminé ce pompeux sacrifice ? Ces rivaux généreux au temple se sont vus ?

STRATONICE

Ahl Pauline!

PAULINE

Mes vœux ont-ils été déçus ?

J'en vois sur ton visage une mauvaise marque. Se sont-ils querellés ?

STRATONICE

Polyeucte, Néarque, 770

Les chrétiens...

PAULINE

Parle donc : les chrétiens...?

STRATONICE

Je ne puis.

PAULINE

Tu prépares mon âme à d'étranges ennuis.

761. Si peu que j'ai, le peu que j'ai d'espoir. Dans son Lexique, M. Godefroy cite de nombreux exemples de cette tournure en prose : « Il manquait déjà beaucoup de choses à son armée : 1° de l'eau pour boire, les ennemis ayant empoisonné si peu qu'il y en avait de bonne. (Mézeray, Abrégé de l'histoire de France.) — « Si peu qu'il en savait lui donnait un grand goût des sciences. » [Ihid.) C'est, comme le remarque M. Ghassang, une tournure analogue au si quid des Latins.

765. En ne se rapporte point, comme le veut Voltaire, au mot peur, exprimé dans le vers précédent, mais à l'idée dont Pauline est obsédée, celle le cette cérémonie si dangereuse où les deux rivaux ont dû se voir.

770. Il est surprenant que Voltaire, défenseur si jaloux du « style noble », n'ait poitît remarqué que se quereller appartenait au langage de la comédie. Il est vrai que Corneille en a relevé la familiarité par l'emploi qu'il en a su faire. Il n'y a donc point de style noble, à proprement parler, mais une façon plus ou moins noble d'employer les mots, même les plus familiers.

772. Étranges, peut sembler faible;,mais ne Tétait pas au temps de Corneille, ^ui, comme Racine, l'emploie dans les situations les plus pathétiques:

STRATONICE

Vous n'en sauriez avoir une plus juste cause.

PAULINE

L'ont-ils assassiné ?

STRATONÎCE.

Ce serait peu de chose.

Tout votre songe est vrai, Polyeucte n'est plus...

PAULINE

Il est mort !

STRATONTCE.

Non, il vit ; mais, ô pleurs superflus ! Ce courage si grand, cette âme si divine, N'est plus digne du jour, ni digne de Pauline. Ce n'est plus cet époux si charmant à vos yeux; C'est l'ennemi commun de l'État et des dieux, Un méchant, un infâme, un rebelle, un perfide, Un traître, un scélérat, un lâche, un parricide, Une peste exécrable à tous les gens de bien. Un sacrilège impie, en un mot, un chrétien.

PAULINE

Ce mot aurait suffi sans ce torrent d'injures.

STRATONICE

Ces titres aux chrétiens sont-ce des impostures?

Si près de voir mon feu récompensé, O Dieu, Vétrangp, peine! {Cid, 208.)

D'un père murt pour moi voyez le sort étrange. (Rodogune, 121B.) De même, ennui a beaucoup perdu de son én^gie primitive : Que son ombre s'apaise en voyant notre ennui. {Pompée, 1687.)

782. « On ne se sert pas seulement du mot parricide pour signifier celui qui a tué son père, mais pour tous ceux qui commettent des crimes énormes et dénaturés de cette espèce, tellement qu'on le dira aussi bien de celui qui aura lué sa mère, son prince, ou trahi sa patrie, que d'un autre qui aurait tué son père, car tout cela tient lieu de père. » (Vaugelas, Remarques,)

783. Dans Pompée (v. 586) Corneille emploie également peste au figuré, et appeUe les courtisans de Ptolémée : « ces pestes de cour. »

784. « Stratonice, qui n'est qu'une simple suivante, et quelques autres acteurs font plusieurs discours en faveur de la religion des païens et disent une infinité d'injures contre le christianisme, qu'ils ne traitent que de crimes et d'extravagances, et l'auteur n'introduit aucun acteur capable d'y répondre et d'en détruire la fausseté; cela fit un si mauvais effet que feu Monseigneur le cardinal de Richelieu ne le put jamais approuver. » (D'Aubignac, Pratique du théâtre, nouveau chapitre manuscrit du livre VI.) — « Ce couplet, dit au contraire Voltaire, fait toujours un peu rire; mais la réponse de Pauline est belle et répare incontinent le ridicule produit par cet entassement d'injures. »

786. Ces titres aux chrétiens, ces qualifications données aux chrétiens. Au v. 370, équivaut à pour; ici il signifie plutôt envers, relativement k,

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