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LXXIV.— LE CORSAIRE AMÉRICAIN " GÉNÉRAL ARMSTRONG

Lettre d'un Anglais habitant Fayal, à "William Cobbett, de Londres.

Fayal, 15 Octobre, 1814.

Monsieur — Le brig américain armé en course, et appelé le " Général Armstrong," de New-York, capitaine Samuel C Reid, portant sept canons et quatre-vingt dix hommes, est

LE CORSAIRE AMERICAIN " GENERAL ARMSTRONG." Ill

entré ici le 26 du mois dernier, vers midi, après dix-sept jours de mer, dans le but d'obtenir de Peau. Le capitaine, no voyant rien à l'horizon, se décida à jeter l'ancre. Quelques heures s'étaient à peine écoulées que le brig Carnation de la marine de Sa Majesté est entré et a mouillé près du. Général Armstrong.

Vers six heures, le vaisseau de Sa Majesté, Plantagenet, de soixante quatorze canons, et la frégate Eota, sont également entrés dans le port et ont jeté l'ancre. Le capitaine du corsaire et ses amis consultèrent les principales autorités pour savoir s'il était en sûreté. Ils considèrent tous qu'il était parfaitement garanti, et que les officiers de Sa Majesté connaissaient trop bien le respect du à un port neutre pour l'inquiéter. Mais à la grande surprise de tout le monde, vers 9 heures du soir, quatre embarcations des vaisseaux de Sa Majesté furent dépêchées, armées et équipées, dans le but de le capturer. Comme la lune était presque pleine et la nuit parfaitement claire et calme, nous avons pu voir chaque mouvement. Les embarcations s'approchèrent rapidement du corsaire ; il parait que le capitaine les héla plusieurs fois et leur cria de rester au large. Malgré cela elles continuèrent à s'avancer, et tentèrent l'abordage avant même que le corsaire se fiH mis sur la défensive. Un combat animé s'engagea des deux côtés, et finalement les canots furent repoussés avec grandes pertes.

L'Américain, calculant alors qu'une force très supérieure serait envoyée contre lui, coupa ses cables, et se fit remorquer tout près du fort, à une demi encablure. Là il s'amarra avec quatre cables à l'avant et à l'arrière.

Le gouverneur, pendant ce temps, envoya une protestation au capitaine Lloyd, du Plantagenet, se plaignant de pareils procédés, et espérant que le corsaire ne serait pas molesté davantage ; car étant dans les domaines du Portugal, et sous les canons du chateau-fort, il avait droit à la protection portugaise.

La réponse du capitaine Lloyd fut qu'il était déterminé à détruire ce navire aux dépens mêmes de Fayal ; et que si le fort donnait protection au brig, il ne laisserait pas une seule maison debout dans le village. Tous les habitants étaient réunis sur les remparts, appréhendant une nouvelle attaque. A minuit quatorze chaloupes furent aperçues venant de tous côtés dans ce but, les unes après les autres.

Lorsqu'elles furent à portée de canon, une décharge terfibb et effective fut faite par le corsaire, laquelle jeta la

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confusion parmi les chaloupes. Alors elles ripostèrent par un feu vif; mais le brig continua ses bordées avec tant de vivacité, qu'il fut presque impossible pour les embarcations de faire aucun progrès. A la fin, elles parvinrent, après avoir perdu beaucoup de monde, à s'approcher du corsaire, et essayèrent de l'aborder de tous côtés. Les officiers encourageaient leurs hommes en criant " pas de quartier," et nous pouvions entendre ces exhortations aussi bien que les clameurs qui les accompagnaient. Tout cela devait se terminer par un horrible massacre.

Trois des chaloupes furent coulées, et un seul pauvre officier échappa à la mort, dans une embarcation qui contenait cinquante personnes ; il était blessé. Les Américains se battirent avec une grande fermeté ; quelques-unes des embarcations demeurèrent sans un seul homme pour ramer ; quelques canots conservèrent trois ou quatre hommes seulement ; ceux qui re* vinrent avec le plus de monde avaient au plus dix personnes. Plusieurs chaloupes pleines de cadavres allèrent s'échouer à terre.

Je constate avec regret que ces embarcations étaient montées par des hommes choisis, et commandées par le premier, le second, le troisième et le quatrième lieutenant du Plantagenet ; et par le premier, le second, le troisième et le quatrième lieutenant de la frégate, et les premiers officiers du brig ; il s'y trouvait aussi un grand nombre de midshipmen. Nos forces totales excédaient quatre cents hommes ; il n'en revint que trois officiers, dont deux étaient blessés. Ce combat malheureux et sanglant dura environ quarante minutes.

Après la déroute des chaloupes, rien de plus ne fut tenté jusqu'au lendemain matin à la pointe du jour, moment auquel la Carnation se plaça le long du Général Armstrong et l'attaqua. Le corsaire continua encore à se défendre avec une bravoure sans égale. Ces vétérans me rappelèrent les paroles de Lawrence mourant à bord du Chesapeake, " Ne rendez pas le vaisseau!" La Carnation perdit l'un de ses mâts de hunes, et ses vergues furent emportées par le canon ; son gréement fut fortement endommagé, et elle reçut plusieurs boulets dans sa coque. Ceci l'obligea à prendre le large pour se réparer et à cesser le feu.

Les Américains, découvrant que leur principal canon ^.uong Tom) et plusieurs autres étaient démontés, jugèrent que c'était folie que de penser pouvoir se défendre contre des forces aussi supérieures ; ils coupèrent donc leurs mâts a

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