LXXVI.— UN HOMME À LA MER
Il fait une nuit horrible. Les passagers sont blottis et tremblants dans la cabine. Chaque planche branle ; et les membrures en chêne gémissent comme si elles souffraient de leur fatigue. Les mains sont toutes occupées en haut; le capitaine est sur l'avant donnant des ordres au lieutenant dans les hunes, tandis que je me tiens de toutes mes forces à l'une des épontilles près de l'habitacle. Le navire tangue avec démence ; les vagues, après s'être élevées par moment aussi haut que le bout des vergues, s'engloutissent ensuite en tourbillonnant sous la quille avec une telle violence que chaque poutre craque dans le navire. Le tonnerre gronde comme mille canons ; et, par intervalles, le ciel est sillonne par un ruban de feu qui étincelle à la cime des vagues, et se reflète sur le pont mouillé 3t les espars, éclairant tout si bien dans la mâture que je puis 7oir la figure des hommes montés dans le mât de perroquet, et