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LÉ VICAIRE DE WAKEFIELD ET DE SA FAMILLE

LXXXVr.-LE VICAIRE DE WAKEFIELD ET SA FAMILLE. J'ai toujours pensé que l'honnête homme, qui se mariait et qui élevait une nombreuse famille, était plus utile que celui qui restait garçon et se contentait de parler de population. Par ce motif, j'avais à peine pris les ordres depuis un an que je commençai à penser sérieusement au mariage, et je choisis ma femme comme elle-même choisit sa robe de noces, non point pour la brillante surface, mais pour les qualités qui devaient la rendre d'un bon usage. Pour lui rendre justice, c'était une femme d'un bon caractère, excellente ménagère ; et quant à l'éducation, il y avait peu de dames de campagne qui pussent en montrer davantage. Elle pouvait lire n'importe quel livre anglais sans beaucoup épeler ; mais pour les fruits confits, tant au sucre qu'au vinaigre, aussi bien que pour la cuisine, personne ne l'emportait sur elle. Elle se flattait aussi, dans la conduite de sa maison, de savoir combiner l'excellence aveo l'économie ; cependant je ne me suis jamais aperçu qu'avec toutes ses combinaisons nous soyons devenus plus riches.

Quoi qu'il en soit, nous nous aimions tendrement, et notre affection mutuelle s'accrut aveo les années. Il n'y avait rien, parle fait, qui pût nous rendre mécontents du monde ou de nousmêmes. Nous avions une maison élégante, située dans un beau pay3, et un bon voisinage. L'année se passait en amusements moraux et champêtres, en visites à nos voisins riches, et en secours portés à ceux qui étaient pauvres. Nous n'avions point de révolutions à craindre, point de fatigues à supporter ; toutes nos aventures étaient au coin de notre feu ; et toutes nos migrations de la chambre bleue à la chambre brune.

Comme nous vivions près de la route, nous avions souvent des .voyageurs ou des étrangers qui venaient nous visiter et goûter notre vin de groseilles pour lequel nous avions une grande réputation ; et je déclare, avec Ja véracité d'un historien, que je n'ai jamais entendu aucun d'eux y trouver â redire. Nos cousins aussi, même jusqu'au quarantième degré, se rappelaient tous notre parenté, saus le secours d'aucun généalogiste, et venaient fréquemment nous voir. Quelques-uns d'entre eux ne nous faisaient pas grand honneur en se proclamant nos parents ; car dans le nombre, il y avait des aveugles, des boiteux, des estropiés. Toutefois, ma femme prétendait toujours que, comme nous étions même chair et même sang, ils devaient s'asseoir à la même table que nous, de sorte que si nous n'avions pas autour de nous de très riches amÂ&x

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