JUSTICE
UOff. Eh ! l'ami, avezvous un nommé William Thompson chez-vous ?
Le Gar. Non pas que je sache. Quelle espèce d'homme est-ce ?
E Off. Un homme bien sauvage, je peux le dire . . . bien difficile à aborder, mais je viens de Londres tout exprès pour lui dire deux mots, et je ne bougerai pas d'ici que je n'aie mis la main dessus.
Le Gar. Ah, je comprends : c'est un monsieur qui a un long mémoire, de longues jambes, et une bourse plate.
L'Off. Justement ; mais il n'a pas voulu se fier à ses jambes ; il m'a échappé en se faufilant dans une de vos voitures, au moment oit je croyais le prendre au gîte. J'ai bientôt retrouvé sa trace, et j'aurai l'œil sur tout homme qui passera le chapeau rabattu sur les yeux, et regardant derrière lui de temps en temps ; car, le fait est que je ne connais de sa personne que ses talons. [Un entend le son du cor.
Le Gar. Voici une voiture qui arrive. Il faut que je sois là. [Ii Officier se retire au fond.
Entre William Thompson le Second, avec trois autres voyageurs gui entrent dans la maison.
Wm. T. 2. Garçon, pouvez vous me donner des nouvelles d'un porte-manteau et de deux paniers qui sont arrivés par une des voitures de Richmond aujourd'hui ?
Le Gar. Non, monsieur, je ne les ai pas vus.
Wm. T. 2. Vous ne les avez pas vus ?
Le Gar. Non, monsieur.
Wm. T. 2. Là, je l'avais bien dit que je les perdrais ; Bonne aubaine pour celui qui les aura trouvés !
Le Gar. Dites-moi, je vous prie, monsieur, étaient-ils con fiés aux soins du cocher ?
Wm. T. 2. Eh, mon Dieu, non ! Je devais partir avec mes paquets, mais un coquin a pris ma place, et la voiture s'en est allée sans moi. S'il n'avait fait que prendre ma place, ça m'aurait été égal, quoique ce fût une mauvaise farce, parce que je l'avais payée ; mais c'est qu'il a pris mon nom, et finira, je suppose, par me prend j mon bien, selon l'usage. Les voitures sont-elles encore ici ?
Le Gar. Non, monsieur ; elles sont reparties pour Londres.
[Il venire Sans l'auberge.
Wm. T. 2. Jolie conduite de cocher, sur ma parole ! il aurait dû voir qui il recevait dans sa voiture. Il me semble qu'il n'est pas si facile d'oublier ma figure quand on l'a vue une fois. Si je ne retrouve pas mon bien, je commence les poursuites, ou je ne m'appelle pas William Thompson.
L'Off. [8' avançant.] Vous vous appelez William Thompson, monsieur?
Wm. T. 2. Oui, monsieur, je m'appelle William Thompson, si vous voulez bien le permettre. Mon nom vous fait peut-être envie aussi ?
L'Off. Non, monsieur; mais j'ai deux mots à vous dire, si vous portez ce nom.
Wm. T. 2. Ah ! j'espère que c'est au sujet de mes effets.
L'Off. Non, monsieur; mais au sujet dés effets de Mr. Snip, à la requête duquel je vous arrête.
[Lui touchant l'épaule, et lui montrant son mandat.
Wm. T. 2. M'arrêter ! Voilà une bonne plaisanterie !
L'Off. Je suis bien aise qu'elle vous paraisse bonne, monsieur ; tout le monde n'est pas de votre goût.
Wm. T. 2. Est-ce que vous • voulez réellement dire que vous parlez sérieusement, et que vous m'arrêtez légalement ? Pourquoi ?
L'Off. Pourquoi ? Pour dettes, assurément.
Wm. T. 2. [Riant.] Moi, débiteur ! C'est bien probable en vérité ! Avez-vous encore quelque autre plaisanterie ? Vous me prenez, mon ami, pour une autre personne.
L'Off. Non pas, non pas. Vous êtes Mr. William Thompson, de votre propre aveu, et vous devez à Mr. Snip quarante livres sterling.
Wm. T. 2. Mais je vous dis que je ne lui dois rien du *out . . . C'est un autre.
L'Off. Oui, je le sais bien, mais vous avez répondu pour lui
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ainsi vous allez venir avec moi à Londres, et je vous ferai logei comme il faut dans une jolie maison d'arrêt . . . c'est-à-dire, si vous vous comportez honnêtement.
Wm. T. 2. Logé comme il faut dans une maison d'arrêt ! Ce sera un fameux déshonneur pour un marchand respectable ! Si j'étais un homme du monde, en vérité, cela n'aurait rien d'extraordinaire ; mais cela va me perdre de réputation, car on dira que je l'ai fait pour me mettre à la mode ; — et mon père ! c'est lui qui sera dans une jolie fureur quand il l'apprendra ! D'ailleurs, le docteur Soothem qui m'attend . . . Oh ! mon bon ami, vous ne pouvez pas être aussi barbare, j'en suis sûr.
L'Off. Je ne fais que mon devoir, monsieur. Si vous ne pouvez pas me payer, il faut venir avec moi.
Wm. T. 2. Eh bien, je vous arrangerai, mon bon ami, pour votre obstination ! Je paierai, et je vous poursuivrai pour arrestation illégale. J'obtiendrai des dommages et intérêts, parce que je vous ai averti que je n'étais pas moi-même. Persistez-vous ?
I¿Off. Oui, je persiste.
Wm. T. 2. Très-bien; alors n'accusez que vous-même quand vous vous trouverez dans le pétrin, logé comme il faut, non pas dans une jolie maison d'arrêt, mais dans une belle et bonne prison : voilà tout. Entrons dans cette maison, car je veux des témoins. [Ils entrent dans Vauberge en se disputant