ACTE I
Scèxe 1. — Un appartement dans la maison de 3L Nicodème.
Entre ux domestiqce, sairi de Nicodème.
iMc. Paul, le domestique de mon cousin me demande ! Que peut-il me vouloir ? Faites-le entrer. [ Le domestique sort.'] Il faut assurément que ce soit une affaire de vie et de mort, pour que mon cousin, si gai et si étourdi s'adresse à moi ; car, bien que tout le monde convienne que nous nous ressemblons au physique comme deux gouttes d'eau, personne n'a jamais découvert la moindre ressemblance dans nos caractères : il n'a rien de mon esprit solide, rien de ma profondeur et de ma gravité ; — il n'est que légèreté, étourderie, versatilité.— Oh ! voici Paul. Eh bien, Paul, qui vous amène ici !
Entre Paul.
Paid. [Pleurant.] Oh, monsieur, un si bon parent ! votre pauvre cousin . . .
Nie. Mon pauvre cousin ? Quoi, aurait-il perdu au jeu toute sa fortune sur un coup de dé ?
Paul. Bien pis que cela. Ah, monsieur, quand je vous regarde, cela renouvelle toute ma douleur ; pauvre jeune homme, U me semble que je le vois .encore — Oh, oh ! [Pleurant.
Nie. Que voulez-vous dire? Expliquez-vous, mon ben Paul ; quel horrible événement allez- vous me raconter Ì
Paul. Mon pauvre maître, monsieur — l'infortuné jeune homme, il était sur le point de faire une fin, par un mariage avec la jeune et belle miss Aldwinkle, fille du riche écuyer Aldwinkle, de Aldwinkle Hall— Oh ! oh ! oh !
Nie. Eh bien ! Qu'y a-t-il là de si affligeant ?
Paul. Vous allez l'apprendre, monsieur : ils ne s'étaient jamais vus ; mais mon maître avait envoyé son portrait, qui avait plu à la jeune demoiselle et a son père.
Nie. C'est tout naturel, s'il me ressemble toujours autant qu'autrefois.
Paul. C'est vrai, monsieur ; il était convenu que mon pauvre maître devait se rendre à Aldwinkle Hall ce soir même, pour que la cérémonie eût lieu immédiatement.
Nie. Eh bien, pourquoi n'y est-il pas allé ?
Paul. Il y allait, monsieur ; mais aller et arriver sont deux choses différentes ; et il se passera bien du temps avant qu'on ne le voie arriver à Aldwinkle Hall — Oh ! oh !
Nie. Pourquoi?
Paul. A cause d'un léger empêchement, monsieur. — Nous partîmes ce matin de bonne heure pour nous y rendre ; mais nous avions à peine fait le tiers du chemin, que mon pauvre maître fut saisi d'une attaque d'apoplexie ! — Oh ! oh ! oh !
Nie. Malheureux Gaspard ! Mais à quoi pouvait-il s'attendre, vivant comme il le faisait ?
Paul. Il s'attendait à se marier, monsieur, et à se repentir ; mais les destins en ont ordonné autrement. Átropos est venue avec ses diables de ciseaux, et a coupé le fil de ses jours, aussi net qu'aucun tailleur du royaume aurait pu le faire. Au moment de rendre l'âme, il m'appela auprès de lui, et me serrant la main, il s'écria : " Paul, mon cher Paul, aussitôt que tout sera fini, envoie mon corps à l'auberge qui est à mi-cbemin, et où le dîner doit m'attendre ; ensuite, cours chez mon cousin Abraham, (c'est vous, monsieur,) dis-lui de partir sur-lechamp pour Aldwinkle Hall ; d'annoncer cette triste nouvelle au vieil écuyer et à ma chère Georgiana ; de revenir m'enterrer décemment, me faire une épitaphe, prendre tout ce que je possède pour sa peine, et je reposerai en paix ! — Oh, oh !
Nie. Pauvre garçon ! Est-il mort riche ?
Paul. Mais oui, pas mal riche, monsieur.
Nie. Alors ses intentions seront remplies. Je vais serrer mon grand traité sur les Vampires, me rendre à Aldwinkle Hall à l'instant même, et je reviendrai demain matin de bonne heure, pour faire les préparatifs des funérailles. Malheureux Gaspard ! Il était, après moi, le dernier de la famille des Ni codème. Quel dommage qu'il ne m'ait pas ressemblé en tous points, comme il me ressemblait au physique ! Mais la boisson ! l'abus des liqueurs Ta perdu. Je vais à l'instant annoncer cette triste nouvelle à miss Georgiana et à son vieux père, pendant que vous, Paul, vous ...
Paul. J'irai à l'auberge à mi-chemin, et je veillerai sur les restes de mon pauvre maître. Pauvre homme ! la boisson, comme vous l'avez dit, monsieur, Ta perdu. Hélas ! le chagrin altère ! Je m'en vais prendre une petite goutte de n'importe quoi pour me consoler de sa perte. Au revoir, monsieur ! — Oh ! oh !
Ni* Adieu, Paul. Heu, fugaces ! Ce que c'est que de nous ! [7/s sortent.