‹ Polyglot reader, and guide for translationChapitre 129 sur 164 · ACT I · texte numérisé non relu

ACT I

Scéne I. — Appartement dans la maison d'Aspen à Londres. Porte Couvrant sur la fenêtre fîune chambre à coucher. Table avec le déjeuner servi.

Betty balayant la chambre, et Biggs arrangeant la table.

Biggs. Oui, Betty, je suis décidé à chercher une autro place ; car celle-ci sera ma dernière, si je la conserve une semaine de plus.

Bet. Voyons, John! crois-tu qu'en changeant. tu te trouveras mieux ? Il n'est ni maître ni maltresse qui n'ait ses caprices.

Biggs. Je le sais bien ; mais n'est-ce pas trop dur lorsque ces caprices-là rendent tout le monde malheureux. Avais-tu jamais jusqu'ici demeuré chez un homme nerveux ?

Bet Non.

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Biggs. Alors, je te dirai, moi — qu'un crapaud sous une herse, et qu'un poisson dans la poêle à frire, dont tout le monde plaint la destinée, sont bien plus heureux que nous. On a beau faire, rien ne le peut satisfaire. Il ne veut pas croire à ce qu'on nomme un accident, parce qu'il prétend que toi, moi, tout le monde enfin, nous conspirons pour le tourmenter.

Bet. Mais nous ne savons pas, John, s'il n'a pas hors de chez lui quelque chose qui le tracasse ?

Biggs. Soit, je ne prétends pas savoir quel est celui qui tire la corde de la cloche ; je sais seulement que nous en entendons le carillon. Et puis, il lui faut si peu de chose pour le mettre hors de lui ! Une tache sur la nappe lui agite les nerfs autant que la faillite d'une banque. Enfin, le pire de tout, c'est qu'il est doublement nerveux.

Bet. Doublement nerveux !

Biggs. Eh ! oui ; il est tout à la fois fort et faible des nerfs. Il me serait bien égal de vivre avec un homme qui serait assez délicat pour avoir des accès nerveux sans m'en donner à moi-même ; mais tu sais fort bien que, lorsque monsieur commence à trembler, il nous fait tous suivre son exemple !

Asjp. [Dans la coulisse.'] Biggs ! Biggs !

Biggs. Bon, le voilà levé ! Cours, Betty, apporte la bouilloire. Non, arrête I Chut ! ne cours pas ; marche sans bruit, ou bien il dira que tu lui voles son repos. [Betty sort sur la pointe du pied.] Voyons, maintenant, si la chambre esten bon ordre. Oui — bien ! Voyons ! qu'est-ce que je vais d'abord attraper ce matin ? Ah! je m'en doute; il va me dire des sottises pour l'avoir réveillé si matin.

Entre Aspen, en robe de chambre, tenant sa montre à la main.

Asp. Biggs !

Biggs. Monsieur !

Asjp. Regardez cette montre — dix heures et demie ! Comment osez- vous me laisser perdre mon temps au lit jusqu'à dix heures et demie un lundi matin %

Biggs. Vous m'avez dit hier soir, monsieur, de ne pas vous déranger, parce que vous ne vous portiez pas bien.

Asjp. Sottise, drôle ! Avez-vous jamais entendu dire qu'un homme se guérit en restant au lit un lundi matin ?

Biggs. Vraiment, monsieur, ce n'est pas ma faute.

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Asp. Taisez-vous, drôle ; un homme nerveux déteste le ba* billage.

Biggs. Mab si vous vouliez au moins entendre une raison, monsieur . . .

Asp. Pas de raison, drôle ; un homme nerveux ne peut pas supporter le raisonnement [Il s'assied à table.'] Où est la bouilloire ? [Betty entre en tapinois, et en plaçant la bouilloire sur la table, jette une assiette par terre. — Aspen effarouché.'] Qu'est cela ?

Bet. Un accident, monsieur . . .

Asp. Un accident ! Oui, un de vos accidents — un moyen adroit de m'irriter !

Bet. Mon Dieu, monsieur ! je n'ai jamais pensé —

Asp. Mensonge ! vous ne pensez à rien autre chose. [Betty sort.] Vous connaissez la faiblesse de mon système, et vous êtes tous ligués pour me mettre en terre ! Yoilà un beau déjeûner ! des œufs ? de vrais boulets ! des muffins Ì des véritables briques ! des morceaux de sucre assez gros pour paver une rue ! Encore de vos farces ! Où est la journal ?

Biggs. [Lui présentant un journal.] Voilà, monsieur.

Asp. [Le laissant tomber.] Mouillé !

Biggs. Je Pai tenu devant le feu pendant une demi-heure, monsieur.

Asp. Donnez-le moi. Les journaux sont d'ordinaire assez secs en Novembre. [Il lit.] " Banqueroute — Old Baily — suicide— Horrrible Atrocité ! La maison de Mr. Crank, riche manufacturier, demeurant près de Leeds, a été forcée dans la nuit du 17 du mois dernier par une bande de brigands, qui ont jeté le malheureux homme dans un enclos où se trouvait un taureau ; l'animal l'a saisi avec les cornes et l'a renvoyé par la fenêtre ! " [Il jette le journal par terre.] En voilà des nouvelles ! Parlez-moi donc du bien que font les journaux ! A q[Uoi servent-ils ì A rien, sinon à rendre les gens nerveux.

[On frappe deux coups à la porte.]

Biggs. C'est le facteur.

Asp. Biggs, je croyais, drôle, vous avoir dit d'envelopper ce marteau ! Ne savez-vous pas que chaque coup qu'on frappe à cette porte me va droit au cœur ? Ne connaissez-vous pas la faiblesse de mon système ? [27 secoue Briggs avec violence.

Biggs. Oui, monsieur.

Asp. Voulez- vous donc que je fasse de votre corps la porte et de ma main le marteau Ì

Biggs. Non, monsieur; mais si j'enveloppe le marteau

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on croira que vous êtes malade, et vous verrez le monde accourir chez vous durant toute la journée.

Asp. Allez ouvrir ! Un moment ! Revenez ici, drôle ! Encore de vos tours !

Biggs. Quoi, monsieur ?

Asp. [Montant le parquet. ] Regardez cette épingle! [Biggs ramasse V épingle et sort.] Vivian a raison, décidément raison. Si je tiens à ne pas mourir, il me faut quitter Londres. Mon antipathie pour Londres augmente tous les jours. Quelle serre-chaude pour la friponnerie ! Car c'est là un fait lamentable— quiconque vit à Londres doit être un coquin — il ne peut l'éviter— c'est dans l'air ! Mon système délabré en est la triste preuve. Me voilà ici entouré chaque jour par une foule de gens qui viennent ramper et mendier auprès de moi dans la pensée unique de me voler — pas autre chose. Ils connaissent l'état de mes nerfs, et ils comptent là-dessus. Ma faiblesse est leur force. S'il faut une nouvelle preuve de ce fait — [Briggs entre avec une lettre — Aspen V ouvre] — la voici. Voyez ce ooquin ! ce drôle — c'est un vitrier-plombier — demeurant quelque part dans une sale ruelle — je le prends pour plomber ma maison — très bien — il la plombe — puis il en fait autant de mon magasin, pour lequel je ne lui ai pas donné d'ordre — puis m'envoie son compte— je ne veux pas le payer — je lui dis de reprendre son plomb— ah! bien, oui, il veut mon argent— je refuse^— aussitôt procès — voyez : " Monsieur, si mon compte n'est pas réglé ce matin, j'aurai recours à la justice." En voilà un coquin ! [On frappe encore.'] Biggs, je ne veux voir personne ; je suis sorti — je suis mort.

Entre Vivian.

Viv. Vraiment, Aspen ; alors, je dois me contenter de prendre congé de vos restes mortels.

Asp. Mon cher Bob, je vous prie de m'excuser — je n'avais pas l'idée que ce fut vous — au contraire, je suis heureux de vous voir.

Viv. Eh ! bien, Aspen, je quitte la ville cet après-midi.

Asp. Homme heureux 1

Viv. Jamais je n'ai mieux apprécié les douceurs de la vie ic campagne que dans ce dernier voyage à Londres.

Asp. Ne me rendez pas malheureux !

Viv. Pourquoi vous rendez-vous malheureux vous même î

Asp. Qu'enteudez-vous par là ?

248 l'homme nerveux.

Viv. En rejetant mes conseils de chaque jour.

Asp. Quoi ! quitter les affaires ?

Viv. Oui.

Asp. Comment le puis-je ?

Viv. Ktes-vous riche ou pauvre ?

Asp. Là n'est pas la question ; si je vais à la campagne il faut qu'Emilie consente à faire mon bonheur — et si elle y consent, votre maison pourrait ne pas être assez grande.

Viv. C'est un obstacle que je puis lever. Vous connaisseï la propriété des Harewood contigue à la mienne ? Je vous y ai conduit l'été dernier.

Asp. Je m'en souviens.

Viv. Elle vous semblait alors une résidence fort agréable.

Asp. C'est vrai.

Viv. D'après un journal d'aujourd'hui, il paraît que le propriétaire est mort à l'étranger, et qu'elle va être vendue à l'amiable. [H lui présente un journal et lui montre un paragraphe.

Asp. Bob! »

Viv. Eh bien !

Asp. J'achèterai cette propriété.

Viv. Vraiment!

Asp. Et je quitterai Londres.

Viv. Vous êtes résolu Ì

Asp. Positivement résolu ! Biggs, mon habit et mon chapeau.

[Biggs les apporte.

Viv. Maintenant, vous allez cesser de souffrir.

Asp. Et commencer à vivre ! La campagne ! — quelles idées enchanteresses ce mot-là fait naître — repos, bien-être, solitude, sommeil !

Viv. Je ne regrette qu'une chose, c'est que vous vous soyez refusé si longtemps à jouir de ces biens.

Asp. Et pourtant, Bob — [Secouant la tête.

Viv. Hésitez-vous ?

Asp. J'avoue que j'ai besoin de quelque chose qui relève mon énergie. [On frappe bruyamment.] Cela suffit. Biggs, n'oubliez pas que je suis sorti. [H met son habit, etc.

Biggs. Oui, monsieur. [Tl sort.

Asp. Je vais courir avec vous chez l'agent — acheter la propriété— mettre Brown, mon commis, à la tête de mes affaires — sauter dans une chaise de poste, et dire adieu aujourd'hui même au bruit et aux fripons. Si j'ai besoin maintenant d'un motif pour quitter Londres . . .

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McS. [En dehors.] Sorti ? c'est bon ! c'est bon !

Asp. Allons, me voilà pris ; cet infernal Irlandais — ma plus grand torture.

Viv. Qui est-il ?

Asp. Je ne sais pas — il ne peut le dire lui-même— un individu— un oiseau de proie que j'ai rencontre à Margate ; jo lui demandai simplement un jour d'où venait le vent, et n'est-ce pas que de suite il s'est invité lui-même à dîner ; il s'est accroché à moi depuis lors — je ne puis pas m'en débarasser — un véritable cautère, qui tire toujours.

Viv. Mais avez-vous été ferme avec lui?

Asp. Certainement ! je lui ai dit un jour de sortir de la maison, et il m'a répondu que, si je voulais venir avec lui à un tir au pistolet, il me montrerait qu'il pouvait toucher l'homme en métal, qui sert de but, à l'endroit du corps que je lui désignerais.

Me Shane entre.

McS. Ah, mon cher ami, comment vous portez-vous? Sur mon honneur, il faut que je vous rende un service ; il faudra que je donne à votre domestique mon pied au derrière, ou un de ces jours je serai obligé de vous exposer à une crise de nerfs pour lui apprendre à dire la vérité.

Asp. Vous parlez de l'ordre que je lui avais donné ?

McS. Oui, oui ! Je sais ce que vous voulez dire par là — vous êtes sorti pour tout le monde, excepté pour moi. — En train de dé jeûner, hein ! Je vais avaler un morceau avec vous.

Asp. [A Vivian.'] Vous entendez ? Il a une bouche semblable à un gouffre !

McS. [A Aspen.] Eh bien, que faisons-nous ? Présentez' moi à votre ami j je me sens tout-à-fait gêné.

Asp. C'est la première fois alors — [A Viv.] Il désire vous être présenté ; faites une fois sa connaissance, et il vous sera aussi attaché que votre peau.

Viv. Je comprends ; eh bien ! j'ai une petite affaire à la Banque ; nous nous reverrons chez l'agent.

Asp. Très bien. [Vivian vapour sortir.

McS. [Apart.] Oh ! oh ! Il faut que je sois moi-même mon maître des cérémonies — [S* avançant vers Vivian.] Monsieur, comme. ami de Mr. Aspen, faites-moi le plaisir . . .

Viv. Monsieur ! [H salue froidement et sort

McS. Mon cher ami, je vous suis fort obligé.

Asp. Pourquoi ?

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McS. C'est sans doute là quelque goujat de votre connaissance, et vous n'avez pas voulu me donner le désagrément de le connaître.

Asp. Hein?

McS. Allons, asseyons-nous. J'ai à vous parler. — [Us se mettent à table.] Biggs, Biggs, apporte un peu plus d'eau et un petit pain 1

Betty entre.

Betty, un peu d'eau, ma chère ; et au lieu de ce gros pain, donne moi un peu de pain tressé.

[Betty sort, et revient avec du pain, etc., puis elle sort de nouveau.]

Asp. C'est bien, demandez ce que vous désirez ; il faut que. je vous quitte.

McS. Me quitter ! Bah ! bah ! Est-ce ainsi que vous attirez les gens a vous % Asseyez-vous, je vous prie, et rappelezvous quelque plaisante anecdote.

Asp. Mais, mon cher monsieur, les affaires sont les affaires.

McS. Oh ! ce sont les affaires, n'est-ce pas ? Tiens ! voici qui est assez bizarre. Je suis venu ici dans le même but ; et comme il est mauvais pour vous d'avoir deux idées à la fois, se heurtant dans votre petite tête, vous m'écouterez d'abord, puis vous irez à vos propres affaires aussitôt qu'il vous plaira.

Asp. Mais, Mr. McShane, mon temps est pris. Vous devez savoir qu'il y a certaines affaires . . .

McS. Ah ! ah ! c'est une certaine affaire qui vous occupe ? Oh ! alors, je ne veux pas faire attendre la chère belle ! Je m'en vais sortir avec vous.

Asp. [A part] Non, cela ne sera point. Si cet animal-là est mis au fait de mon marché, autant vaut que je reste à Londres.

McS. Eh ! bien ! Eh ! bien ! nous ne voulons pas nous confier à notre ami.

Asp. [Sasseyant.] J ai changé d'idée. Je puis encore vous donner cinq minutes ,' mais dépêchez-vous. De quoi s'agit-il ? [A part.] Je suis un homme perdu !

McS. Eh bien ! donc, prenons le taureau par les cornes, ce qui veut dire au figuré : saisissons l'homme par les oreilles. 11 faut que vous sachiez, mon cher, qu'il existe un sale rebut de l'espèce humaine, un tailleur du West-End qui a pris un gofit très prononcé pour ma personne dont il a voulu se servir pour faire valoir la coupe de ses habits. Eh bien ! j'ai consenti à

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m'en laisser faire une demi-douzaine, et à devenir à son profit une annonce ambulante. Je les ai portés dans 1a meilleure compagnie. Eh bien ! le croiriez-vous ? cette honte de notre sexe a la prétention de me faire payer ces habits !

Asp. Vraiment !

McS. Mais comme je n'ai pas voulu m'en laisser imposer, j'ai refusé net ; et maintenant ce maraud altéré de sang veut me faire mettre en prison !

Asp. [A part.'] A merveille ! Ah ! s'il pouvait le faire, j'achèterais immédiatement la propriété.

McS. Lorsque j'appris cette nouvelle, par mon âme, je ne me sentis pas de joie.

Asp. En vérité ! Pourquoi ?

McS. Parce que, me dis-je, maintenant mon nerveux ami aura une occasion de me prouver sa reconnaissance, et de montrer qu'après les dîners et les soupers que j'ai mangés pour lui, et que j'espère manger encore, il ne se contente pas simplement de dire : monsieur, je vous suis obligé, mais voici trente livres; mon très cher, pour votre tailleur, et puisque nous y sommes, en voilà encore vingt pour les petites dépenses.

Asp. [ A part.] Voilà un effronté coquin ! Non, non, les gardes-du-commerce doivent l'empoigner ; il n'y a que cela pour me débarrasser de lui.

McS. Ainsi, prenez votre livre de banque, aimable infirme, et conduisez-vous comme un gentilhomme.

Asp. Hem! mon cher monsieur, je suis bien fâché; mais réellement le fait est que malgré toute l'estime que j'ai pour vous, l'argent est si rare pour le moment, et les comptes à payer si lourds, que ...

McS. Vous ne voulez pas ! Alors n'en parlons plus ; nous irons faire une promenade, et nous nous arrêterons au tir ; vous serez surpris de voir quel progrès j'ai fait dans ces derniers temps. Je tirerai sur le bonhomme de métal dans telle position qui vous plaira, et les yeux fermés, je lui enlèverai une des parties vitales.

[Il fait le geste de tirer au pistolet, et regarde Aspen en clignant Vœil à^un air significatif.

Asp. Jolie situation que la mienne ! ïl faut que je sois ou volé ou assassiné. [On frappe] Délivrance! Biggs, faites entrer ; je suis chez moi !

Le Capitaine Burnish entre.

Bur. Mr. Aspen . . .

Asp. Monsieur !

Bur. Je me suis donné le plaisir de venir moi-même vous présenter un mandat de mon estimable ami, Caleb Cul vérin, pour la somme de cent livres [remettant le mandat à Aspen^ et comme je désire quitter la ville aujourd'hui même, probablement vous voudrez bien . . .

Asp. Quelle heureuse chance ! Asseyez-vous, monsieur ; je passe dans mon bureau, et je suis à vous à l'instant. [A part.] Grâce au ciel, je l'échappe belle ! Courons chez l'agent. [H sort.

McS. Cent livres ! C'est une connaissance précieuse ! ( Il approche sa chaise de Burnish.] Sans doute, monsieur, vous avez le plaisir de vous rappeler de moi ?

Bur. Je ne saurais le dire, monsieur.

McS. Alors, il est évident que l'avantage est de mon côté.

Bur. Tout-à-fait.

McS. Bien, c'est un commencement ! Eh ! savez-vous que, bien que j'aie votre nom au bout de la langue : . . n'est-ce pas Smith que vous vous appelez ?

Bur. Non, monsieur.

McS. Ce n'est pas Jones non plus ?

Bur. Non, monsieur.

McS. Je me le disais bien. Cela vous paraîtra peut-être singulier ; mais j'ai le souvenir le plus distinct de votre visage. Un jour, à Mousulapatam, tandis que vous et moi nous étions sous un bananier, pendant un orage ! ... oh, l'une de ces épouvantables cataractes . . .

Bur. Pardon; mais je n'ai jamais été aux Indes Orientales.

McS. C'était donc aux Indes Occidentales Ì

Bur. Je n'y suis pas allé davantage.

McS. Alors c'était à Brighton Ì

Bur. J'ai été à Brighton.

McS. Ah ! j'en étais bien sur ! Maintenant je vous ex pliquerai comment j'ai confondu les Indes avec Brighton ; tandis que j'étais en Orient, j'ai souffert d'une maladie de foie —et à Brighton j'ai eu des maux de reins. Vous voyez bien \\ie la distance n'est pas grande.

L'HOMME NEItVEUX> 25S

Brown entre avec un mandat.

Brown. Mr. Aspen vous fait ses compliments, monsieur, et vous envoie ce mandat ; il espère que vous. l'excuserez, car des affaires de la nature la plus urgente Pont obligé à partir en toute hâte.

McS. Et quand compte-til être de retour?

Brown. Cela est fort incertain, monsieur.

McS. Ne vous a-t-il laissé aucune commission ?

Brown. Non, monsieur. [H sort.

McS. [A part.] Quel misérable pingre ! Il faut que je dîne avec mon ami que voici ; ces cent livres possèdent une attraction magnétique, qui . . .

Bur. [Après avoir serré le mandat, il prend son chapeau.] Je vous salue, monsieur.

McS. Je vous accompagne, monsieur.

Bur. Vraiment, monsieur, j'en serais charmé . . .

McS. Il n'y a pas de quoi [Il prend le bras de Bur.

Bur. Mais je suis très pressé !

McS. C'est comme moi !

Bur. Mais, je vais vers l'ouest.

McS. Moi, je vais à Piccadilly.

Bur. C'est très bizarre ! Le fait est, monsieur, que je vais aux Downs.

McS. J'ai passé là les six derniers mois.

Bur. Et, comme j'ai beaucoup de visites à faire . . .

McS. Vous avez besoin des conseils d'un ami !

Bur. Au contraire ; je vous assure ...

McS. Pas d'excuses —

Bwr. Des excuses !

McS. Vous avez peur de m'importuner ; — pas le moins du monde, mon cher ami ! — Le fait est que vous avez une physionomie qui m'a plu dès l'abord, et quand une fois j'ai du goiit pour la physionomie d'un homme, le diable lui-même ne pourrait m'en séparer. [Tis sortent ensemble,

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