‹ Polyglot reader, and guide for translationChapitre 146 sur 164 · UN NAUFRAGE · texte numérisé non relu

UN NAUFRAGE

CIIL— LE DONJON.

Et voilà ce que nos pères ont fait pour l'homme i Tel est le moyen qu'emploient notre amour et notre sagesse contre tout pauvre frère qui pêche contre nous, fort innocent peut-être ; et même s'il est coupable, est-ce là le seul remède ? Ificu de miséricorde ! Toutes les issues naturelles fermées par l'ignorance et la pauvreté desséchante, il sent ses forces morales retomber sur son cœur, croupir et se corrompre jusqu'à ce que, changées en poison, elles se montrent au-dehors comme une lèpre immonde ! Alors nous appelons nos gras charlatans, et c'est là leur meilleur remède : solitude désolée, impitoyable, gémissements et pleurs ; et lorsque vient l'heure où resonnent les clefs et les verrous, dos figures sauvages entrevues à travers les vapeurs humides du donjon dans le triste crépuscule d'une lampe fumeuse ! C'est ainsi qu'il languit enfermé dans le mal jusqu'au jour où son âme perd son essence, dégradée sans espoir par le spectacle d'une éternelle dégradation !

O nature ! c'est par d'autres remèdes que tu guéris ton enfant égaré et malade ; tu verses sur lui tes douces influences-, tes rayons de soleil, tes belles formes et tes douceurs rafraîchissantes ; les mélodies de tes bois, de tes vents, do tes eaux, jusqu'à ce qu'il se laisse toucher et ne puisse plus supporter de se sentir une chose discordante et désassortie dans l'harmonie de ce concert universel ; alors, fondant en larmes, il revient sur ses pas, et son cœur ulcéré se guérit et s'apaise par la bienfaisante influence de l'amour et de la beauté.

Coleridge.

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