PRÉFACE. V
but qu'on se propose, celui de savoir parler et écrire correctement. Commencer l'étude d'une langue par celle de la grammaire, c'est absolument comme si apprendre par cœur un traité d'équitation, avant même d'avoir enfourché un cheval, pouvait vous rendre un cavalier solide.
Qu'une pareille méthode se soit jamais introduite, cela peut déjà paraître assez étrange ; mais qu'elle se soit maintenue si longtemps, cela ne peut s'expliquer que par "'obstination avec laquelle on persévère dans les erreurs que la routine a établies et que le temps a sanctionnées.
Il ne faudrait toutefois pas conclure des observations précédentes que nous dédaignons la grammaire ; nous voudrions seulement qu'on la considérât, non pas comme le point de départ, mais comme le dernier instrument dont il faut nous servir pour compléter et perfectionner la connaissance pratique d'une langue que nons possédons déjà. A notre sens, elle ne convient nullement à l'esprit de la jeunesse, et n'est point faite pour servir d'introduction à une langue étrangère. Il nous paraît donc indispensable d'intervertir complètement l'ordre que l'on suit d'habitude.
Ceux qui, dans la maturité de leur raison, ont étudié une langue par le moyen de sa grammaire, n'ont pas manqué de reconnaître que les définitions et les règles de cette grammaire sont souvent obscures par elles-même, et qu'elles ne deviennent un peu claires qu'à l'aide des exemples que l'on donne comme illustrations. On pourra bien prétendre qu'on a ainsi sous la main le remède au mal, et que les exemples aident à comprendre les règles grammaticales ; toutefois les deux ou trois exemples qu'on adjoint d'ordinaire à chaque règle dans les grammaires particulières ne sauraient suffire à préserver les jeunes gens de toute méprise. H en faut un bien plus grand nombre pour présenter une règle, sous tous ses aspects, et pour la renfermer dans ses justes limites. En fait, c'est la phraséologie qui enseigne les règles ; ce ne sont pas les règles qui enseignent la phraséologie. Si bien que dans une grammaire véritablement conforme à l'analyse et aux principes d'induction sur lesquels elle s'appuie, les exemples devraient précéder les règles ; les expressions des bons écrivains devraient figurer en première ligne comme éléments essentiels.
Ces observations montrent suffisamment la route qu'il faut suivre pour étudier une langue étrangère. Si, conformément aux lois du bon sens, on fait aborder immédiatement aux élèves la traduction, les formes de la langue
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se trouvant indiquées par de nombreuses expressions, se graveront clairement et solidement dans leur esprit, tandis qu'ils oublieraient bien vite de« règles sèches, abstraites et rebutantes. En un mot, ils doivent au début procéder par analyse, et non par synthèse ; ils doivent apprendre la grammaire par la langue, et non pas la langue par la grammaire.
Dans une introduction sur l'étude des langues, placée en tète de la partie anglaise de ce recueil, — introduction qui présente le résumé de ce qui a été écrit de mieux sur ce sujet, en y joignant le résultat de nos propres observations et de notre expérience — cette question a été traitée avec quelque développement ; et le livre que nous offrons aujourd'hui au public, a été préparé comformément aux principes qui y sont exposés et notamment en vue de la double traduction.
Les nombreuses et graves autorités que nous avons invoquées en faveur de cette méthode nous dispensent de revenir ici sur son but et son emploi. Disons seulement qu'en embrassant dans notre plan les plus usuels des idiomes modernes : l'anglais, le français, l'allemand, l'espagnol et l'italien, notre pensée a été surtout d'en faciliter l'acquisition respective. Il est bien évident en effet que la facilité à apprendre augmentera avec chaque nouvelle langue que l'on abordera, attendu qu'on sera mis à même de mieux saisir les points par où ressemblent et diffèrent les langues déjà connues et celle qu'on étudie. L'emploi de notre livre devra naturellement varier suivant les circonstances où se trouvera placé l'élève ou la classe : cet emploi est donc laissé à la discrétion du maître ; bien que la traduction orale, soit dans la langue maternelle, soit dans la langue étrangère, en doive être toujours l'objet principal De quelque façon d'ailleurs qu'on se serve de ce livre, le perfectionnement qu'il apportera dans la connaissance de la langue maternelle ne sera pas l'un de ses moindres avantages ; et c'est afin de le rendre sous ce rapport, spécialement favorable à l'étudiant américain que nous avons adopté comme base le texte anglais : il aura ainsi, en traduisant d'une langue étrangère, le profit d'une leçon de style donnée par l'un des auteurs qu'il est le plus à même d'apprécier.
Les meilleurs orateurs et les meilleurs écrivains sont ceux qui, tout en possédant les facultés d'imitation et d'imagination largement développées, ont eu la bonne fortune de recontrer fréquemment de bons modèles, et ont appliqué toutes les ressources de leur esprit d'abord à lutter contre eux, puis