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ENTRÉE TRIOMPHALE DE COLOMB À BARCELONE

les Indiens, que Ton regardait avec autant d'admiration que s'ils eussent été des habitants d'une autre planète. Il était impossible de rassasier l'ardente curiosité qui, à chaque pas, l'assaillaient, lui et sa suite, de questions innombrables ; comme d'habitude, la rumeur populaire, avait exagéré la vérité et peuplé la contrée nouvellement découverte de toutes sortes de merveilles.

Ce fut vers le milieu d'avril que Colomb arriva à Barcelone, où tout avait été préparé pour lift faire une solennelle et magnifique réception. La beauté et la sérénité du temps, dans cotte délicieuse saison et sous ce climat, favorisé, contribuaient à augmenter l'éclat de cette mémorable cérémonie. A son approche de la ville, nombre des plus jeunes courtisans et de vaillants hidalgos, accompagnés d'un immense concours de peuple, se portèrent à sa rencontre pour lui souhaiter la bienvenue. Son entrée dans cette noble cité a été comparée à l'un de ces triomphes que les Romains avaient coutume de décerner aux conquérants. Au premier rang marchaient les Indiens, peints à leur mode sauvage, décorés de plumes d'oiseaux des tropiques et avec leurs ornements nationaux en or ; derrière eux on portait diverses espèces de perroquets vivants, ainsi que des oiseaux et des animaux empaillés d'espèces inconnues, et des plantes rares, auxquelles on supposait des vertus précieuses ; en même temps, on avait eu grand soin de faire un grand étalage de couronnes, de bracelets et d'autres ornements en or, qui pouvaient donner une idée de la richesse des régions nouvellement découvertes. Derrière, venait Colomb, à cheval, entouré d'une brillante cavalcade de la chevalerie espagnole. Les rues étaient presque entièrement obstruées par une multitude innombrable ; les fenêtres et les balcons étaient envahis par les dames ; les toits mêmes étaient couverts de spectateurs. Il semblait que les yeux du public ne pussent se rassasier de la vue de ces trophées d'un monde inconnu, ou de celle de l'homme remarquable par qui ce monde avait été découvert. Il y avait, dans cet événement, quelque chose de sublime, qui mêlait la joie publique d'un sentiment solennel. On le considérait comme une récompense immense et signalée, accordée par la Providence à la piété des souverains; et l'aspect majestueux et respectable de l'auteur de la découverte, si différent de la jeunesse et de la fière prestance qu'on s'attend généralement à trouver chez les héros d'une entreprise lointaine, semblait en harmonie avec la grandeur et la dignité du fait qu'il avait accompli.

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