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DESTINÉE DE LA RACE INDIENNE

vertus. Ils étaient dévoués à leur pays, à leurs amis et à leur famille. S'ils n'oubliaient jamais une injure, ils n'oubliaient pas non plus un bienfait. Autant leur vengeance était terrible, autant leur fidélité et leur générosité étaient grandes. Leur amour, comme leur haine, durait jusqu'au tombeau.

Mais ou sont-ils? Oïl sont les villages, les guerriers et les jeunes gens ; les sachems et les tribus ; les chasseurs et leurs familles ? Ils ont péri. Ils sont anéantis. La maladie seule n'a pas accompli l'œuvre de destruction. Non ; pas plus que la guerre et la famine. Il y a eu une puissance plus forte que celles-là, un cancer moral, qui a pris racine et rongé leurs cœurs ; une plaie que le contact des blancs leur a communiquée; un poison qui les a séduits et entraînés lentement à la ruine. Les vents de l'Atlantique ne rafraîchissent plus une seule région qu'ils puissent appeler leur domaine. Déjà les faibles débris de leur race se préparent à émigrer au delà du Mississipi. Je les. vois abandonnant leurs misérables villages ; tous partent, les vieillards, les infirmes, les femmes, et les guerriers ; ils sont languissants et peu nombreux, mais toujours fiers et sans crainte.

La cendre de leur foyer natal est refroidie. La fumée ne s'élève plus de leurs humbles cabanes en serpentant dans l'air. Us se mettent lentement en route d'un pas indécis. L'homme blanc est sur leurs talons, les intimidant et les pourchassant ; mais ils n'y prennent pas garde. Us se retournent sur leurs pas pour contempler une dernière fois leurs villages désertés. Us jettent un regard d'adieu sur la tombe de leurs aïeux, mais sans verser une larme, sans proférer un cri, sans faire entendre un murmure. Il se passe au food de leur cœur un drame que des paroles ne sauraient exprimer. Il y a dans leurs regards quelque chose qui n'exprime ni la vengeance ni la soumission, mais une sorte de douleur accablante qui étouffe tout autre sentiment, qui suffoque tout murmure, et qui n'a pourtant ni but ni règle déterminée. „C'est pour ainsi dire le courage absorbé par le désespoir. Us hésitent, mais leur hésitation ne dure qu'un instant. Leur regard est fixement porté en avant. Us ont passé le fleuve fatal. Us ne le repasseront jamais — non, jamais ! Pouitant, il n'existe pas « entre eux et nous un abîme infranchissable. Us savent et ils sentent qu'ils ont encore une dernière étape à faire, dont l'heure n'est pas éloignée et qui est visible à leur intelligence. C'est celle qui les conduira au désert où leur race sera ense velie pour toujours. ^-\o*x.

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