LXIX.— LES PREMIERS COLONS DE LA NOUVELLE ANGLETERRE
Quelques-uns des Puritains ayant conçu le dessein d'émigrei en Virginie, où ils espéraient que la distance mitigerait au moins la violence de l'oppression, un petit détachement d'entre eux partit alors pour ce point ; un plus grand nombro se préparait à les suivre, lorsque Bancroft, informe de leur intention, obtint une proclamation du Roi qui déclarait qu'aucun de ses sujets ne pourrait s'établir en Virginie sans y être autorisé par une licence expresse scellée du grand sceau royal. C'est alors que, découragés et persécutés en Angleterre, se voyant refuser un refuge en Virginie, les Puritains commencèrent à se retirer par bandes considérables dans les Etats Protestants du Continent Européen. En 1 6 1 0, une congrégation de Brownistes, expulsés de leur pays natal par la tyrannie royale et cléricale, se transféra à Leyde, où il lui fut permis de s'établir sous le Ministère de son pasteur, John Robinson. Conseillés et. dirigés par cet homme excellent, les exilés anglais composant cette congrégation demeurèrent là pendant dix ans, vivant dans la plus parfaite harmonie entre eux et eu paix avec leurs voisins. Mais à la fin de cette période, les mêmes raisons de piété qui avaient inspiré leur départ d'Angleterre, les décidèrent à entreprendre une émigration plus lointaine. Ils appréhendaient très sérieusement l'influence des mœurs qui prévalaient autour d'eux, et qu'ils considéraient comme relâchées et profanes ; et plus particulièrement la négligence des Hollandais en ce qui concernait l'observance stricte du Dimanche; et ils envisageaient avec anxiété le danger auquel leurs enfants étaient exposés par suite de la contagion que des mœurs aussi incompatibles avec la sérieuse piété répandraient naturellement parmi eux. Leur pays aussi était encore cher à leurs affections ; et c'est avec répugnance qu'ils entrevoyaient que leur postérité se mêlerait et s'identinerait un jour avec la population Hollandaise. Leur petit nombre et les difficultés provenant de la différence des langues leur avait fait perdre l'espoir de jamais arriver à propager en Hollande les principes qu'ils avaient maintenus au prix de tant de souffrances et de dangers ; d'un autre côté, la conduite du Gouvernement anglais éteignait en eux toute espérance d'être tolérés dans leur pays natal. Dans ces circonstances, il leur vint à la pensée qu'ils pourraient peut-être concilier leur attachement à leur pays avec la propagation de