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REDDITION DE LORD CORNWALL». IOS

furent tués, et quarante- deux, y compris un capitaine et deux officiers subalternes, faits prisonniers. Les assaillants perdirent, en tués et blessés, près de cent hommes.

Pendant la même nuit, ces redoutes furent incorporées dans la seconde parallèle ; et dans le courant du jour suivant, quelques obusiers y furent placés, lesquels commencèrent, vers cinq heures de l'après midi, à tirer sur la place assiégée.

La situation de Lord Cornwallis était devenue désespérée. Les travaux de siège s'écroulaient de toutes parts sous le feu des assiégeants. Les batteries, déjà en pleine action contre lui, avaient fait taire presque toutes ses bouches à feu, et la seconde parallèle, dont la, canonnade était sur le point de s'ouvrir, allait, avant quelques heures peut-être, rendre impossible la défense de la ville. Afin de retarder une catastrophe qui apparaissait presqu'inévitable, il résolut d'empêcher la seconde parallèle d'être achevée, en tentant une vigoureuse sortie contre deux batteries qui paraissaient être presqu'entièrement achevées et étaient gardées par des troupes françaises. Le détachement qui opéra cette sortie était commando par le lieutenant-colonel Abercrombie, qui attaqua les deux batteries avec une grande impétuosité, vers quatre heures du matin, et emporta l'une et l'autre sans éprouver de pertes sensibles ; mais les gardes placées dans les tranchées s'avançant immédiatement sur les assaillants, ces derniers battirent en retraite sans avoir pu rien faire d'important.

Vers quatre heures de i'après midi, les assiégeants ouvrirent plusieurs batteries dans leur seconde parallèle, et il paraissait évident que dans le courant du jour suivant la ligne entière des batteries de cette parallèle serait prête à jouer sur la ville. Les travaux des assiégés n'étaient pas en état de soutenir un feu aussi terrible. Dans cette extrémité, Lord Cornwallis forma le hardi projet de s'ouvrir de vive force la route de New- York.

Il se décida à laisser ses malades et ses bagages derrière lui, et, passant la rivière de nuit avec son effectif, de débarquer à la pointe de Gloucester, puis d'attaquer De C boisé. Après avoir mis en pièces ou dispersé les troupes sous les ordres de ce général, il avait l'intention de monter son infanterie sur les chevaux pris à ce détachement, et sur ceux dont on se rendrait maître le long de la route, et, par une marche rapide, de gagner les gués des grandes rivières ; puis, enfin se forçant un passage à travers le Maryland, la Pennsylvanie, et le Jersey, d'opérer une jonction avec l'armée de New York.

i 04 REDDITION DE LORD CORNWALLIS.

Cette tentative désespérée était extrêmement hasardeuse mais la situation du général anglais était devenue si désespérée que, quelque parti qu'il prît pour la changer, ce parti était préférable.

Des bateaux préparés sous d'autres prétextes furent prêts à dix heures du soir à recevoir les troupes et les porter sur l'autre rive. Les arrangements avaient été faits si secrètement que la première embarcation aborda la pointe sans être aperçue, et une partie des troupes était débarquée lorsqu'un orage violent et soudain interrompit l'exécution de ce plan hardi, et entraîna les canots vers le bas de la rivière. L'orage continua jusqu'au point du jour à peu près, et les embarcations revinrent. Mais le projet fut nécessairement abandonné, et les bateaux furent envoyés pour ramener les soldats qui furent débarqués de nouveau sur la rive méridionale dans le courant de la matinée et sans beaucoup de pertes.

Dans la matinée du 17, plusieurs nouvelles batteries furent ouvertes dans la seconde parallèle, et elles vomirent un irrésistible torrent de feu. La place n'étant plus tenable, Lord Cornwallis, vers dix heures du matin, fit battre la chamade et proposa une suspension d'hostilités pour vingt-quatre heures, afin que des commissaires pussent se réunir à Moore's House qui se trouvait précisément sur le derrière de la pre mière parallèle, et là s'entendre sur les termes de la reddition des postes de York et de Gloucester. A cette lettre le général Washington répondit immédiatement déclarant "qu'il désirait ardemment éviter une plus grande effusion de sang, et qu'il était prêt à souscrire à toutes conditions qui seraient admissibles ; " mais que, vu l'état critique de la situation, il ne pouvait consentir à perdre un seul instant à des négociations sans résultats ; il désirait par conséquent " qu'avant la réunion des commissaires, la proposition de l'honorable Lord lui fut transmise par écrit, et, dans ce but, on accorderait une suspension d'hostilités de deux heures." Les propositions générales établies par Lord Cornwallis, et, formant la base de la capitulation, quoiqu'elles ne fussent pas toutes admissibles, étant de nature à faire supposer qu'il n'y aurait pas grande difficulté à en arrêter les termes, la suspension des hostilités fut prolongée jusqu'à la nuit. Pendant ce temps, afin d'éviter les lenteurs d'une discussion inutile, le commandant-en-chef rédigea et proposa les articles tels qu'il était disposé à les accorder. Ces articles furent transmis à Lord Cornwallis avec une déclaration d'après laquelle, s'il les approuvait, des commissaire«

pourraient être immédiatement nommés pour les régulariser et les transcrire.

* En conséquence de ce message, le Vicomte de Noailles et le lieutenant-colonel Laurens se rencontrèrent le lendemain avec le colonel Dundas et le major Ross ; mais, ne pouvant parvenir à arrêter définitivement les termes de la capitulation, on en prépara simplement un brouillon imparfait, qui devait être soumis à l'examen du général anglais. Déterminé à ne pas s'exposer aux accidents que le temps peut produire, le général Washington ne voulut pas accorder un plus long délai à Lord Cornwallis. Il ordonna donc immédiatement qu'on transcrivît au net le brouillon des articles préparés par les commissaires, et les envoya au noble Lord de bonne heure dans la matinée suivante, les accompagnant d'une lettre exprimant qu'il comptait que ces articles seraient signés à onze heures, et que la garnison évacuerait la position à deux heures de l'après-midi. Voyant que toutes tentatives pour obtenir des conditions plus avantageuses seraient inutiles, Lord Cornwallis céda à une nécessité qu'il ne pouvait plus conjurer, et le 19 Octobre, il rendit les positions de Yorktown et de Gloucester Point avec leurs garnisons, et les vaisseaux de la rade avec leurs équipages, aux forces de terre et de mer de l'Amérique et de la France. Marshall.

Pendant l'été de 1814, les Anglais dans la partie septentrionale, et les Américains dans la partie méridionale du lac, avaient été occupés à construire des navires pour se disputer la prépondérance sur cette nappe d'eau dont la tête pénètre si profondément au sein de New-York. Les derniers avaient à la longue rassemblé une flotille consistant en quatre vaisseaux — dont le plus grand portait vingt-six canons — et de dix galères, le tout commando par Macdonough. Après quelques escarmouches, cette petite flotte, qui, au commencement de la saison, était ancrée à Otter-Creek, fut transférée dans le lac et fit voile pour Plattsburg Bay, afin de soutenir Macomb dans sa défense de la ville. Cette baie s'ouvre du côté du sud, et, au lieu de couper la terre ferme à angles droits, court vers le nord, presque parallèlement au lac lui-même. Une langue de *errc étroite dont l'extrémité prend le nom de Cumberland- Head sépare la baie des eaux principales. Précisément à

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l'entrée de cette baie, et presque en face du point où le turbulent Saranac se précipite dans le lac, Macdonough mit ses vaisseaux à l'ancre le 2 Septembre. Entre lui et la terre-ferme se trouvait des bas fonds et une île qui fermaient complètement de ce côté le passage aux navires.

La flotte anglaise envoyée pour l'attaquer se composait aussi de quatre bâtiments — le plus grand portant trente-deux canons — et de treize galères. Les forces américaines, tout compris, étaient de quatorze navires, armés de quatre-vingt six bouches à feu et de huit-cent-cinquante hommes, tandis que les Anglais possédaient dix-sept navires, portant quatre-vingt-seize canons et mille hommes. Le plus grand de ces navires, La Confiance, était pontée en frégate, et par sa dimension et sa force supérieures, aussi bien que par ses trente longs canons de vingt-quatre, était considérée comme pouvant tenir, seule, tête à deux des navires de l'escadre de Macdonough.

Le capitaine Downie, qui commandait l'escadre anglaise, réunit ses chaloupes canonnières à l'Ile-au-Motte, le 8 Septembre, où il resta à l'ancre jusqu'au 1 1. Pendant ce temps, Prévost, dont les batteries étaient toutes montées, demeurait silencieux derrière ses travaux, attendant l'arrivée de la flotte avant de commencer le feu.

Pendant ces nuits d'insomnie et ces jours pleins d'agitation, le jeune Macdonough surveillait avec calme l'approche d'un adversaire supérieur en forces, et Macomb déployait toute l'énergie possible pour compléter son système de défense. Sans peur, franc et plein d'aménité, le jeune général parcourait les rangs de ses soldats avec tant d'activité et de confiance, qu'il leur transmit l'ardeur qui l'animait ; ainsi que les volontaires des Montagnes Vertes et les miliciens de New- York à la bataille de Saratoga, ils résolurent de défendre leurs foyers jusqu'à la dernière extrémité.

Enfin, le Dimanche matin, 1 1 Septembre, précisément à l'heure où le soleil se levait sur les montagnes de l'orient, on vit le canot de ronde américain qui était de service, se diriger à force de rames vers l'intérieur du *port. Il apporta la nouvelle que l'ennemi était en vue. Les tambours battirent immédiatement le branle-bras, et chaque navire se prépara à l'action. Les préparatifs une fois terminés, le jeune Macdonough appela ses officiers auprès de lui, et là, sur le pont du Saratoga, il lut les prières du rituel avant d'engager la bataille, et cette voix, qui, peu de temps après, résonna comme un clairon au milieu de la mêlée, lança vers le ciel ces ferventes paroles, — " Prépare ta force, o seigneur, et viens à

notre aide, car tu ne donnes pas toujours le gain de la bataille aux plus forts j — tu la réserves, au gré de ta volonté, au plus nombreux ou au parti le plus faible." C'était un spectacle solennel et imposant tel qu'on n'en avait jamais vu auparavant sur un navire de guerre prêt à l'action. Un jeune commandant, qui avait le courage de braver ainsi les quolibets et l'ironie qu'un pareil acte devait certainement provoquer, allait combattre avec son navire tant qu'une planche y serait laissée pour se tenir debout. De tous les actes audacieux accomplis ce jour-là, aucun peut-être ne.trahissait un cœur plus hardi et plus ferme que cet acte de respect religieux.

A huit heures, les équipages des différents navires purent voir, par-dessus la langue de terre qui séparait la baie du lac, les voiles de hunes de l'ennemi qui venait directement à eux. On les avait également vues de terre, et tous les lieux élevés des environs étaient couverts de spectateurs dans l'anxiété. La maison de Dieu était déserte, et la lumière de cette brillante et tranquille matinée du Sabbat éclaira une scène à la fois pittoresque et terrible. D'un côté l'escadre ennemie s'avançait au son de la musique, — de l'autre côté, les armées se présentaient sur la rive en ordre de bataille avec leurs bannières flottantes, — et entre ces deux camps, la petite flotte de Macdonough silencieusement à l'ancre, tandis que les collines d'alentour étaient couvertes de spectateurs qui contemplaient cet étrange et menaçant panorama.

Les navires anglais, grâce à un bon vent, doublèrent l'un après l'autre Cumberland-Head, et, mettant en panne, attendirent l'approche des galères.

Comme Macdonough était à l'ancre avec ses navires rangés en ligne du nord au sud, tandis que ses galères reposant sur leurs avirons formaient une seconde ligne en arrière, la flotte anglaise, lorsqu'elle doubla le promontoire, fut forcée d'approcher en présentant ses bossoirs d'avant. L'Aigle était ancré le plus haut dans la baie, le Saratoga venait en second, le Ticonderoga en troisième, et le Preble en" quatrième. Le silence solennel qui planait sur la flotte américaine fut enfin interrompu par l'Aigle, qui lâcha ses bordées. Epouvanté par le bruit, un coq qui se trouvait à bord du Saratoga, et qui s'était échappé du poulailler, s'envola sur un affût de canon et se mit à chanter. Un rire bruyant et trois acclamations poussées de tout cœur accueillirent ce favorable présage, et répandit la confiance sur le navire. Macdonough, voyant que l'ennemi était à une trop grande distance pour être atteint par

ses canons, réserva sa bordée, et, surveillant la Confiance, attendit avec fermeté qu'elle se trouva à portée. Alors il pointa lui-même un long canon de vingt-quatre, et fit feu. Le lourd boulet parcourut le pont de la Confiance dans toute sa longueur, tuant plusieurs de ses hommes et brisant son gouvernail en mille pièces. Ce fut le signal pour chaque navire de commencer le feu, et en un instant cette baie tranquille fut couverte d'un bruit effroyable. La Confiance, quoique sévèrement endommagée, ne retourna pas le coup de canon, mais continua à s'avancer hardiment jusqu'à ce qu'elle fût à un quart de mille de distance. Alors, jetant ses ancres, elle vira de manière à présenter toute sa batterie au Saratoga. Seize longs canons de vingt-quatre vomirent à la fois le feu avec un horrible vacarme. Le Saratoga fut ébranlé sous la terrible décharge de la quille aux hunes. A peu près la moitié de son équipage fut renversé par cette bordée, et cinquante hommes, parmi lesquels le lieutenant Gamble, furent ou tués ou blessés. Il était occupò à pointer un canon quand un boulet entra par le sabord et le frappa raidemort. L'effet de cette première bordée fut effroyable, et le Saratoga pour un moment demeura complètement déconcerté. Toutefois, il riposta bientôt par une décharge dirigée avec tant de précision et de succès qu'elle fut fatale au navire anglais. Mais ce dernier commença aussitôt un feu si nourri qu'il paraissait être enveloppé de flammes. L'Aigle ne put y tenir, changea sa position et se rapprocha de terre, laissant le Saratoga presque seul à soutenir tout le poids de ce combat inégal. Il rendit bordée pour bordée, mais, n'ayant pas l'avantage du calibre, il menaçait à chaque instant de couler. Son pont présenta bientôt une scène affreuse de carnage. Les vivants avaient à peine le temps de descendre les blessés dans les écoutilles, tant ils tombaient avec rapidité- Enfin, au moment où une nouvelle décharge venait de foudroyer le navire en détresse, un cri de désespoir se fit entendre de l'avant à l'arrière, <; le commodore est tué ! — le commodore est tué ; " il était en effet gisant sur le pont rouge de rsang, privé de connaissance, et en apparence sans vie, au milieu des morts. Un espar coupé en deux par un boulet de canon était tombé sur lui et l'avait étourdi. Mais après deux ou trois minutes, il recouvra ses sens, et, interpellant ses hommes, reprit sa place auprès de son canon favori qu'il avait pointé lui-même depuis le commencement de l'action. Comme les hommes le virent encore une fois à son poste, ils reprirent de nouveau courage.

Mais quelques minutes après, le cri de " le commodore est tué," parcourut de nouveau le navire. Tous les yeux se portèrent immédiatement sur un groupe d'officiers amassés autour de Macdonough, qui était couché dans les dalots entre deux canons arrosés de sang. Il avait été renversé et jeté de l'autre côté du navire avec une force suffisante pour le tuer. Il revint à lui, et, se traînant près d'un canon, se mit avec calme à continuer le feu contre son antagoniste. Mutilé et souffrant, il combattit encore, donnant ainsi un exemple qui a toujours pour effet de transformer en héros les hommes auxquels on commande.

A la fin, tous les canons du Saratoga tournés du côté de l'ennemi firent silence, à l'exception d'un seul ; et encore celuilà, à une nouvelle décharge, brisa ses amarres, et alla rouler dans les écoutilles. Le navire était en feu, et il ne restait plus un seul canon en état de continuer la lutte. On voyait inévitablement approcher le moment oi\ il faudrait se rendre. Macdonough cependant, résolut de virer de bord, afin de se défendre avec son autre batterie. Il échoua dans sa première tentative, mais l'officier Brum, chargé de la manœuvre, s'avisa d'un expédient qui réussit, et le navire criblé vira lentement par l'arrière jusqu'à ce que les canons qui n'avaient pas souffert se trouvèrent en ligne. La Confiance, voyant la manœuvre, l'imita, mais ne put réussir, et demeura exposée avec tout son flanc mutilé au feu du Saratoga.

Le capitaine Downie était tombé il y avait déjà quelque temps ; pas un seul canon ne put être mis en état de faire feu ; le navire avait essuyé cent cinq boulets en plein bois, et la moitié de ses hommes étaient ou tués ou blessés. Une résistance plus longue devenait inutile, et la Confiance se rendit.

L'Aigle, commandé par le capitaine Henley, se comporta bravement pendant le combat ; de son côté, le Ticonderoga, sous les ordres du lieutenant Cassin, manœuvra de manière à étonner tous ceux qui l'observèrent. Ce brave officier parcourait le pont de son navire de l'avant à l'arrière, encourageant ses hommes, dirigeant le feu, et paraissant indifférent aux boulets qui sifflaient et faisaient tout craquer autour de lui. Le feu de sa batterie était si rapide, si nourri, qu'à plusieurs reprises on crut que le navire était en feu.

La reddition de la Confiance termina virtuellement le com bat qui avait duré deux heures un quart ; et comme les navires amenèrent le pavillon l'un après l'autre, les galères bordèrent eurs avirons et s'échappèrent.

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