‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 104 sur 106 · GRENADIER A FRUIT DOUX · texte numérisé non relu

GRENADIER A FRUIT DOUX

Punica granatum. Poit..et Turp.

) E Grenadier à fruit, c’est-à-dire à fleur simple, estun grand arbrisseau qui pro- " duit de sa base plusieurs tiges flexibles, élastiques , rameuses , effilées, longues, couvertes d’une écorce d’un gris cendré; les bourgeons sont grèles ailés la première année, mais ensuite ils deviennent ronds quand leur premier épiderme est détruit: les petites branches latérales se terminent ordinairement par une épine sèche; les consoles sont très peu saillantes et supportent des boutons petits, ordinairement opposés deux à deux , quelquefois trois à trois, \rarement alternes.

Les feuilles sont oblongues, légèrement pétiolées, ondulées, entières, luisantes, opposées ou ternées sur les rameaux vigoureux, quelquefois

alternes sur d’autres, longues de 2 à 3 pouces (54 à 81 millimètres). Le pé-

Les fleurs naissent trois ou quatre ensemble au sommet des branches de moyenne force. Elles sont d’un rouge éclatant, se succèdent depuis le mois de juin jusqu'en septembre, et rendent le Grenadier l'un des plus beaux ornemens des jardins. Les pétales tombent après le quatrième jour de leur épanouissement, mais les nombreuses étamines dorés persistent ainsi que le calice dont la vive couleur ne le cède en rien à celle des pétales.

Le fruit est une grosse pomme arrondie, appelée Grenade, et qui a donnéson nom à un globe meurtrier dont les roisarment leurs sujets pour détruire d’autres sujets. La peau est épaisse, coriace, d’un fond jaune, piquetée de points roux et lavée d’une belle couleur rouge du côté du soleil. L'intérieur de la Grenade est divisé en plusieurs loges inégales, aux parois desquelles sont attachés un grand nombre de grains de la grosseur et de la couleur d'une groseille rouge, comprimés, anguleux, transparens, gonflés d’un suc acide doux, abondant et très agréable.

Le centre de chaque grain est occupé par une semence blanche, allongée, qui n’a aucune saveur , quoiqu'on lui attribue des propriétés astringentes.

Les Grenades mürissent difficilement à l'air libre; à Paris, on ne les cueille qu'à la veille

des gelées.

Un fait très singulier et digne de l'attention des physiologistes , c’est que la tige des

+ de la même manière avec l'âge. parce que je n’en connais pas de très

les détruisant tous les dix ou douze ans. RS

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Dellmprimerre de Lenaleisr Touquet Se:

PISTACHIER.

Pistacia.

SE

= \) ENRE de la famille des térébinthacées, composé d'arbres à feuilles aïlées, ù

- De, Fleur mâle. Calice et corolle nuls ; anthères nombreuses, munies cha-

cune d’une bractée à la base : ces anthères terminent les ramifications

Le,

S/ Fleur femelle. Calice et corolle nuls, ovaire solitaire, ovale, muni de trois petites bractées à la base, atténué supérieurement en un style court divisé en deux ou trois stigmates élargis en lames papilleuses inégales (2).

Le fruit est une noix oblongue sèche, bivalve, uniloculaire et monosperme, elle contient sous une arille assez mince, une grosse amande verte à deux cotylédons, épais, et dont la radicule est tournée vers le sommet du fruit.

Observation. — L’amande de ce fruit est une de celles dont le développement offre des singularités remarquables. D'abord la noix qui la contient a déjà atteint presque toute sa grosseur qu'on ne trouve encore dans son intérieur qu’un grand podosperme blanc, diversement plissé, d’une nature moitié fibreuse et moitié charnue; il prend naissance à la base de la noix, s'élève jusqu'enhaut , redescend et se termine en une petite tête globuleuse et pendante : c’est dans cette tête qui doit servir d’arille à l’amande qu'est logé l'embryon, qui n'est encore qu'un point vert, et qui bientôt se développera en une grosse amande verte qui remplira toute la capacité de la noix. C’est de cette manière que l’amande se trouve ren-

versée, car sans la grande longueur et l’inflexion du podosperme, elle se trouverait droite.

(x) Les botanistes attribuent au Pistachier des fleurs mâles avec un calice à cinq divisions et cinq étamines. Cela peut être vrai pour le Lentisque, mais nullement pour le Pistachier vrai. ‘(2) Ce sont également des bractées qui tiennent lieu de calices dans les fleurs femelles.

PISTACHIER COMMEN.

Pistacia vera. Poit. et Turp.

LINE nous apprend que Vitellius, alors gouverneur de Syrie, apporta

le premier Pistachier à Rome, vers la fin du règne de Tibère. C’est de

à qu'il s'est répandu dans les contrées méridionales de l’Europe, où il a formé trois variétés que Linné a cru reconnaître pour des espèces, mais que M. de Candolle, qui a vu les Pistachiers de plus près que Linné, a réduites à leur juste valeur. Nous trouvons en effet sur un seul et même arbre les trois caractères qui ont servi à Linné pour former ses trois espèces. Au reste, il est 7 naturel qu'un arbre cultivé depuis si long-temps offre des variétés. Le Pistachier n’en est pas moins précieux pour nous, et l’un des beaux présens que Rome a faits à l'Europe.

C'est un arbre de moyenne grandeur, diffus, qui perd ses feuilles chaque année sous notre climat, et dont on n'obtient des fruits à Paris qu’en le cultivant contre un mur au midi. Ses rameaux sont élastiques, flexibles et l'écorce de son tronc devient très rugueuse.

Les feuilles varient beaucoup dans leur composition: on en trouve de simples, de conjuguées, de ternées, de bijuguées et d’ailées à cinq folioles. Ces folioles sont ovales, oblongues , quelquefois arrondies, toujours entières, glabres, coriaces, à nervures latéraies perpendiculaires sur la nervure médiane qui est plus saillante en dessus qu’endessous, contrairement à la loi générale; leur pétiole est aplati et comme membraneux sur les bords.

Les fleurs naissent à l'extrémité des rameaux et dans les aisselles des feuilles supérieures tombées à l'automne précédent; elles paraissent d’abord sous forme de gros boutons écailleux, qui se développent bientôt en panicules plus ou moins rameuse, et l’ensemble de ces panicules forme au bout de chaque rameau florifère, un gros bouquet jaunâtre sur l’individu mâle, et verdâtre sur l'individu femelle. Ces fleurs sont ordinairement développées au 15 mai à Paris.

Les fruits viennent aussi conséquemment par bouquets : ils sont à-peu-près de la forme

et de la grosseur d’une petite olive, jaunâtres, ponctués de blanc vers l’époque de la maturité, et lavés de rouge du côté du soleil. Onles ouvre facilement en les pressant seulement entre deux doigts pour en tirer l’'amande qui est très verte, et que l’on nomme particulièrement Pistache. Elle est un peu huileuse, nourrissante et très agréable au goût; on la mange ordinairement comme la noisette, mais elle est bien plus délicate et plus parfumée. On en compose des crêmes glacées, on en fait une dragée en la couvrant de sucre, et un diablotin en la couvrant de chocolat; elle est recommandée pour adoucir la toux et fortifier l'estomac.

Toutes les parties du Pistachier, excepté l'embryon, répandent de la térébenthine et en développent l'odeur.

L’obliquité du fruit du Pistachier m'avait porté à soupconner un avortement dans la fleur, où je présumais, par analogie, qu’on aurait pu trouver trois ovaires; mais mes recherches à cet égard furent infructueuses. Cependant Duhamel dit positivement que, si on examine attentivement les Pistaches, on aperçoit presque toujours auprès du gros fruit deux autres petits fruits avortés. Je n’ai rien à dire de l’assertion de Duhamel; mais je rappellerai que, quand il y a avortement dans le nombre des carpelles d’un fruit, il en résulte toujours une irrégularité dans le style commun : ainsi dans la pêche, la prune, il y a avortement presque constant, indiqué par l'obliquité du fruit et prouvé par l’imperfection du style et du stigma; mais dans la Pistache, on ne peut supposer d’avortement puisqu'elle est terminée par trois stigmates bien conformés. Il faut chercher la cause de sa légère obliquité dans sa structure interne, dans la place qu'occupe son gros et singulier podosperme.

Le Pistachier végète vigoureusement sous notre climat si on le plante le long d'un mur bien exposé. Vers la fin du dix-huitième siècle, on en voyait deux pieds au Jardin-du-roi à Paris, qui ont vécu une soixantaine d'années. Thouin assure qu'on ne les couvrait jamais. On n’en a pas obtenu de fruit, parce qu’ils se sont trouvés tous deux mâles, et chose incroyable, on ne s’est pas avisé d’en rendre un femelle par la greffe.

Si done on voulait faire un espalier de Pistachier, il faudrait en planter au moins six ou huit provenus de graines, car sur le nombre, il s’en trouverait des deux sexes ; et quand ils auraient fleuri et que le sexe de chacun d’eux serait connu, on pourrait en les replantant mettre un mâle entre deux femelles, ou les greffer les uns sur les autres de manière à les rendre monoïques.

Jusque sous la restauration on a vu dans la Pépinière du Roule des Pistachiers donner chaque année des fruits. On en a vu aussi dans la pépinière du Luxembourg; aujourd'hui, il n’y en a plus nulle part à Paris.

Il suffit de secouer un rameau chargé de fleurs mâles au-dessus d’un Pistachier femelle en fleur pour faire nouer les fruits et en obtenir une récolte.

Duhamel rapporte qu’il y avait dans un jardin de Paris un Pistachier femelle qui fleurissait chaque année et ne fructifiait jamais. Un printemps il fit apporter contre cet arbre un autre Pistachier mâle, en caisse, et la même année le pied femelle a produit des fruits en

abondance. Le mâle ayant été retiré, l’autre n’a plus donné de fruits.

Après une expérience aussi décisive, il est bien étonnant que Duhamel, ne füt-ce que par

humanité, n’ait pas pensé à greffer une petite branche de son Pistachier mâle sur ce pauvre

Pistachier femelle.

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