‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 31 sur 106 · OLIVIER CULTIVÉ · texte numérisé non relu

OLIVIER CULTIVÉ

Olea sativa. Poit, et Turp.

CSS ENRE de plantes de la famille des jasminées, comprenant plusieurs |'arbres exotiques, toujours verts, et plusieurs variétés indigènes, à feuilles opposées, entières, ponctuées, à fleurs terminales et latérales, ) /£] et ayant pour caractère COMMUN :

1° Un calice très petit à quatre dents ;

2° Une corolle monopétale à tube court, et dont le limbe est divisé en 4 lobes ovales et ouverts. |

3° Deux étamines courtes, opposées, insérées au tube de la corolle, et dont les anthères sont grosses, cordiformes et biloculaires ;

4° Un ovaire libre, ovale, biloculaire à loges dispermes, surmonté d’un style court que termine un grand stigmate conique et bilobé. 5° Un drupe charnu, ovale ou oblong, contenant un noyau osseux, allongé en navette, biloculaire , ou le plus souvent uniloculaire par avortement. 6° Une graine allongée comme le noyau, composée d’un grand embryon entouré d'un

périsperme recouvert d’une mince membrane.

HISTOIRE, USAGE ET CULTURE

Selon la fable, l'Olivier est un présent de Minerve; il est l'attribut du génie uni à la sagesse et le consolant symbole de la paix. Selon l'histoire des temps héroïques, c'est Aristée qui le premier planta l'Olivier dans Athènes et probablement dans la Grèce ;d’après l'histoire ancienne, il n’était pas connu en Italie sous le règne de Tarquin, et les Romains ne l’auraient connu qu'après avoir fait la conquête de la Grèce; depuis lors il s'est répandu dans tout l’Archipel, en Afrique, en Italie, en Espagne et dans la partie méridionale de l’Europe jusqu'au 44° degré de latitude nord. Plus loin, le froid le fait périr.

Si l'existence de l’Olivier en Europe est impérieusement subordonnée à la température des localités; si l'on ne doit l'abondance de son produit qu'à l'abri des hautes montagnes dans les contrées de la France où sa culture est établie, il est loin d’être aussi délicat sur la nature du terrain. Tous les sols en général, excepté les marécageux, conviennent à l'O-

livier ; il végète avec plus de vigueur et atteint une plus grande élévation dans les terrains

substantieux , mais ses fruits ont moins de saveur et de finesse. Dans les terrains maigres, caillouteux où marneux, ses développemens sont moindres, ses fruits plus rares et plus petits, mais ils sont plus délicats ; l'huile qu'ils produisent est aussi plus douce et d’une conservation plus assurée. La qualité se trouve rarement avec l'abondance.

Il y à une soixantaine d’années, les plus beaux Oliviers de la Provence existaient dans la partie que traverse la route d'Arles à Aix. Un grand canal d'irrigation, connu sous le nom de canal Boisgelin, ayant été exécuté, on en profita pour arroser les Oliviers. Cette tentative eut des succès étonnans; dans le seul territoire d’Istres, les récoltes quintuplèrent. En 1787, où les Oliviers avaient été presque tous arrosés, le produit en huile excéda de 300,000 francs celui d’une année commune, quoique l'huile fût d’une qualité inférieure à celle des années qui avaient précédé l'irrigation.

De tels succès ne furent pas de longue durée. Le terrible hiver de 1789 survint; il ne resta pas un seul Olivier de tous ceux qui avaient été arrosés; ils périrent tous jusque dans leurs racines. Les Oliviers de la Provence ne sont plus arrosés depuis cette fatale époque.

L'Olivier vit très long-temps , sinon par son tronc et par ses branches, du moins par sa souche, et produit de fortes racines qui se conservent en terre pendant des siècles. Le funeste hiver de 1709 donna occasion de remarquer cette particularité, Plusieurs propriétaires vendirent alors de ces racines pour plus que valait leur fonds.

Il n’est point d’arbre en Europe qui se multiplie plus facilement que l'Olivier. On le propage par la voie des rejetons, par boutures, par racines, par la suppression de la tige et par la greffe. On peut aussi le multiplier de graines, mais ce moyen, qui produit des individus plus forts, ne produit pas toujours de bons fruits. On préfère greffer tous les individus provenant de semis.

La meilleure manière de récolter les olives serait de les cueillir à la main; mais on se contente souvent de les abattre avec des perches et de les recevoir sur des toiles tendues sous les arbres. Cette méthode, plus expéditive, ne doit s’'employer que pour les olives dont on veut faire de l’huile, encore ne faut-il pas tarder de les porter au pressoir, parce qu'étant pour la plupart meurtries, la qualité de l'huile s'en ressenirait infailliblement. ;

Le revenu le plus sûr que l’on puisse se promettre de l'Olivier, est sans contredit celui de l'huile qu’on retire de ses fruits, soit pour la préparation des comestibles ou des médicamens, soit pour brûler ou pour la fabrication du savon, ou enfin pour servir dans quelques arts utiles. Celle qu'on destine pour la table ou les médicamens est au rang des huiles fines; mais tous les Oliviers et tous les terrains ne produisent pas d'huile fine ; puis les soins et la promptitude apportés dans la fabrication contribuent puissamment à la qualité de l'huile. L’Aurle vierge est exprimée sans l'intermédiaire de l'eau bouillante; celle qu'on retire par ce dernier moyen est d’une moindre valeur, et d'autant plus inférieure à la première, que le détritus des olives a été plus arrosé

d’eau bouillante , et qu'il a été plus de fois soumis à l'action de la presse.

Le bois de l’Olivier est très bon à brüler; sa dureté est inégale, mais il est bien veiné. Les ébénistes, les tabletiers le recherchent pour l'employer en placage; les tourneurs faisaient autrefois des boîtes avec les racines de cet arbre, dans lesquelles on mettait du tabac d'Espagne; on les appelait okhuella; elles étaient fort légères et offraient de jolis hasards.

L'Olivier et ses fruits sont attaqués par beaucoup d'insectes. La larve du hanneton commun mange ses racines; une espèce de scarabée se nourrit de son aubier, se fixe sur ses branches et les fait quelquefois périr; une sorte de kermès qui se multiplie prodigieusement s'attache aux feuilles, aux tendres rameaux de cet arbre qu'il amaigrit et quil épuise; une espèce de psille suce les nouvelles productions des branches, et enduit les pédoncules des fleurs d’une matière visqueuse qui nuit à leur développement; une chenille mineuse détruit le centre des bourgeons, donne lieu à des excroissances funestes à la végétation; l'intérieur de l’olive est dévoré par la larve d’une mouche. Tous ces ennemis sont connus, mais il n’en est pas de même, à beaucoup près, des moyens de les détruire : tous ceux proposés et employés n’ont pas eu le succès qu'on en attendait, ou ne sont que des palliatifs.

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