‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 36 sur 106 · ORANGER BIZARRERIE · texte numérisé non relu

ORANGER BIZARRERIE

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Citrus bigena. Poit, et Turp,

4 sur Frs la science du botaniste s’est exercée; non Je me trompe: les

les du les trie ne peuvent pas dire que la Bizarrerie n’est pas É leur compétence, et cependant ils n’ont rien écrit ad hoc pour expliquer comment il se fait que deux natures différentes peuvent exister dans un seul et même individu. Bien plus, l'une de ces deux natures disparaît pendant quelque temps, puis reparaît pour disparaître encore. On conçoit bien d’après cela pourquoi le nom de Bizarrerie a été imposé à l’oranger qui se joue ainsi de la science des hommes.

J'ai dit qu’il n'avait encore été écrit rien de sérieux pour expliquer ce phénomène, mais en attendant que quelqu'un lève le voile qui le couvre, chacun en raisonne selon sa portée: les uns, et c’est le plus grand nombre, disent «c'est un jeu de la nature». Alexandre ne dénouait pas mieux le nœud Gordien ; les autres, se plaçant au sommet de la science et s’aidant de tous les systèmes établis, disent, écoutez bien, cher lecteur : « La plus petite partie d’un végétal peut reproduire le même végétal ; une parcelle de pollen d’un végétal tombant sur le stigmate d’un autre végétal, peut s’y développer, y croître sans changer de nature, et vivre en bonne intelligence avec les productions de la plante qui l'a reçue dans son sein, lui donne l'hospitalité et lui sert de territoire ». Voilà en peu de mots où en sont les plus forts génies en botanique. Reste à prouver maintenant que les choses se passent ainsi. Le microscope, qui journellement nous découvre, nous explique ce qui était mystère pour le vulgaire, reste impuissant pour expliquer celui-ci ;' et je crois que nous serons encore long-temps sans savoir comment la Bizarrerie a pu se former.

Mais si la nature nous cache encore les moyens qu'elle a employés pour former la Bizarrerie , elle a permis que le résultat en füt connu, dès 1644. A cette époque un jardinier de Florence avait greffé plusieurs orangers de semence; la greffe de l’un de ces arbres

mourut sans que le jardinier s’en aperçüt; le sauvageon repoussa du pied, et les pousses

étaient la Bizarrerie. Le jardinier fit mystère de cette origine, et tout le monde crut qu’elle était due à un mélange de deux scions différens que ce jardinier avait su greffer ensemble, jusqu’à ce que Pierre Nota, médecin de Florence, parvint à obtenir du jardinier l’aveu de la vraie origine de cet arbre, et en publia l'histoire.

Des Bizarreries furent présentées à l’Académie des sciences de Paris en 1711 et en 1712. Alors on les appelait hermaphrodites, dénomination impropre, puisque tous les orangers sont hermaphrodites. Aujourd’hui même, les fleuristes de Paris vendent encore la Bizarrerie et la Bigarade violette sous le nom d’hermaphrodite. Ferrari la décrit sous le nom d'Æurantium callosum.

La Bizarrerie est un oranger qui porte à-la-fois des Bigarades, des Limons, des Cédrats de Florence et des fruits mélangés. Elle était à peine connue à Paris en 1810. L'arbre a le port du bigaradier ; mais une partie de ses feuilles sont tourmentées, étroites, et l’on remarque que ces feuilles tourmentées appartiennent aux rameaux qui doivent produire des fleurs rougeâtres, des Limons ou des fruits mélanges de Bigarade et de Cédrat, tandis que les feuilles bien conformées appartiennent à des rameaux qui ne produisent que des fleurs blanches auxquelles succèdent des Bigarades ou des Oranges douces.

Le fruit est encore plus capricieux que l'arbre: on en voit qui présentent une bigarade en forme delimon, d’autres mêlés d'orange et de limon ; d’autres qui ont l'écorce d'orange et la chair de cédrat ; d’autres sont tantôt ronds, tantôt mamelonnés au sommet. Cet arbre porte aussi des cédrats de plusieurs formes, dont quelques-uns participént de l'orange; on voit enfin des fruits dont la disposition extérieure et intérieure présente quatre portions à-peu-près égales en croix, dont deux de cédrat et deux d'orange, et à côté de ceux-ci d’autres fruits sans le moindre mélange.

Ce curieux végétal a des dispositions à s'emporter et à redevenir simple; mais par la taille on en favorise les parties faibles en supprimant les plus fortes; sans ce soin, il pourrait arriver que celui qui aurait acheté une Bizarrerie, n'aurait plus après quelques années qu'un

Limonier ou un Bigaradier.

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