ORANGER BIGARADE VIOLETTE
Citrus bicolor. Poit. et Turp.
UCUNE famille de végétaux ne présente des anomalies aussi inexplicables,
que celles que nous offre celle des Orangers. J’exposerai ces anomalies
Eye Li quand je décrirai l'orange appelée Bizarrerie. Aujourd’hui je me borne à
attirer l'attention sur la singularité de la Bigarade violette.
L'origine de cet Oranger , que l'on doit placer parmi les Bigaradiers à cause de l'acidité de son fruit, est tout-à-fait inconnue. En 1810 elle était entièrement ignorée en Italie, quoiqu'il en existät un fort pied au Jardin du Roi à Paris. Les jardiniers fleuristes de la capitale le multiplient et le vendent sous le nom d'Hermaphrodites, nom fort impropre sans doute, puisque tous les Orangers sont hermaphrodites; mais il faut croire que les jardiniers attachent au mot hermaphrodite un autre sens que celur qui lui est naturel.
Le Bigaradier violet a exactement le port et la grandeur des Bigaradiers; seulement son feuillage est d’un vert plus foncé, tous ses pétioles sont ailés, mais au mois de juin ,on est étonné de lui voir faire des pousses et des feuilles rouges d’une part, et des pousses et des feuilles vertes de l’autre part; puis des fleurs rouges sur les pousses rouges, et des fleurs blanches sur les pousses vertes, et tout cela entremêlés de manière à former le bouquet le plus agréable, et sans que l'on ait pu prévoir où sortiraient les pousses rouges ou les pousses vertes. Les fleurs ne sont ni très grandes ni très odorantes.
L’ovaire des fleurs rouges est verte comme les autres, et après la chute des pétales il se colore en violet foncé, grossit et devient un petit fruit chagriné, légèrement strié longitudinalement, et ayant un petit mamelon au sommet. Sa couleur violette n'étant pas origimelle, le fond de sa peau reste quelquefois verdâtre en quelques endroits, et même, le fruit devient tout jaune à la maturité, quand il ne tombe pas avant cette époque.
Aux fleurs blanches succèdent des fruits jaunes, très chagrinés, petits comme les violets, et sur lequels je n’ai pas remarqué les stries longitudinales, très apparentes sur les premiers ; leur peau est épaisse; leur intérieur divisé en huit loges , leur eau acide peu abondante. Je n'ai jamais vu de graines dans ce fruit.
Le climat de Paris n'étant pas celui des Orangers, il est probable que le fruit que je viens de décrire n'était pas dans toute sa perfection. Cette question pourtant pourrait être dé-
cidée aujourd'hui, car dès 1810, M. Galesia en a acheté un pied à Paris qu'il a transporté
à Savonne en Ligurie, où il doit être fort grand à présent, et sans doute multiplié dans toute Italie. Plus tard, M. Risso l’a aussi introduit à Nice. Quant aux jardiniers de Paris,
ils le cultivent toujours sous le nom d’hermaphodite, et il tient toujours un rang distingué dans leurs collections.
le CASE aie E ” D, Bocourt veup®
Poteau pat FE
ORANGE BIGARRADE CORNUE.
Aurantium corniculatum. Poit. et Turp.
e E Bigarradier à fruit cornu se distingue difficilement de celui à fruit
couronné, quand on fait abstraction de leurs fruits; ils ont la même 7 élégance dans le port, dans le feuillage; ils ont les fleurs aussi belles, aussi volumineuses, aussi suaves, et elles sont également recherchées dans les offices.
Duhamel dit que les Bigarrades cornues ont autant d’excroissances ou de cornes qu'il y avait de pétales surnuméraires dans la fleur. Cette concordance peut arriver; mais elle n’est pas une nécessité, car le fruit et les pétales n’ont pas de relation assez intime dans leur organisation, pour qu'un surcroît numérique dans les uns puisse influer sur l’autre.
Non-seulement toutes les Bigarrades cornues ne le sont pas de la même manière, mais encore aucun arbre ne produit toutes les siennes cornues; il s’en trouve toujours un certain nombre qui ne sont que bosselées, irrégulières, marquées de côtes élevées, de sillons plus ou moins profonds, d’excroissances dont le nombre et la forme varient à l'infini. Ces excroissances, quand même elles représentent des cornes, ne sont que la peau dilatée, et ne contiennent jamais ni loges ni graines; mais elles sont cause que les loges du centre deviennent quelquefois difformes, inégales, comme le représente le dessin ci-joint.
Depuis que le célèbre de Jussieu a fait connaître que les graines de certaines oranges contenaient plusieurs embryons sous une enveloppe commune, on a examiné les graines d'orange de plus près. Gœrtner a compté jusqu'à vingt embryons libres dans une graine de Pompoleum; puis il dit, en parlant des graines d'oranger en général, que l'embryon est souvent divisé en trois, cinq ou six lobes cotylédonaires. Je n'ai jamais pu vérifier cette dernière assertion.
Quant à la graine de la Bigarrade cornue, elle m'a souvent montré cinq embryons complets à deux cotylédons inégaux, entiers, emboîtés les uns dans les autres, et de manière que celui du centre était très petit. Quoique cette particularité dans les graines d'oranger ne se rattache à rien dans l'état de nos connaissances, j'ai pourtant
cru qu'il était bon de la figurer. Peut-être qu’un jour on l’expliquera, quand on ex-
pliquera aussi comment il se fait que, dans l'espèce d'oranger appelé Bizarrerie, née en 1644, il se développe tantôt une Bigarrade, tantôt un Limon, souvent un fruit moitié l’un moitié l’autre, etc.; quand on expliquera encore comment il se fait que dans le Cytisus Adami , né sous nos veux vers 1824, il naïsse tantôt une branche avec des feuilles et des fleurs de Cytise des Alpes, tantôt une branche avec des feuilles
et des fleurs de Cytise pourpre; peut-être, dis-je, on ni la pluralité d'em-
bryons sous une seule et même tunique.
EXPLICATION DES FIGURES
La coupe horizontale du fruit, qui est sans n°, montre que les cornes du fruit ont dérangé la régularité qui existe ordinäirement dans les loges d'une orange.
Les figures 6, 7, 8, 9 et 10 montrent les cinq embryons qui se trouvaient dans une graine de la Bigarrade cornue ; on voit que le plus central, n° 10, est le plus petit ou le moins parfait.
La figure 2 représente une graine entière qui a souffert quelque pression dans sa jeunesse; elle est recouverte de deux membranes, dont l’externe a son ombilic «a un peu déchiré.
Dans la figure 3, on a enlevé cette membrane externe pour montrer celle qui est interne et son cordon ombilical.
La figure 4 est la membrane interne recouvrant les cinq embryons; son cordon ombilical est très long, parce que, dans les orangers, la radicule de l'embryon étant opposée à l’'ombilic externe de la graine, ce cordon ombilical est obligé de ramper entre les deux membranes ou tuniques pour aller s’'aboucher avec la membrane in-
terne, précisément à l'endroit où se forme la radicule de l'embryon.
En D-CRLRE)- (———
14 à LS Ÿ $ à ë È & :