ORANGE DE MALTE
Citrus aurantium melilense. Poit. et Turp.
ES fruitières-orangères de Paris vendent, sous le nom d'orange de Malte,
toutes celles qui ont la chair rouge, et sous celui d'orange de Portugal
toutes celles qui ont la chair jaune: ensuite elles considèrent, avec raison,
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celles dont la peau est mince, unie et luisante comme les meilleures; de sorte que, selon ces fruitières, on ne nous enverrait à Paris que deux espèces d’oranges. Cependant en y regardant de plus près, on distingue aisément dans leur étalage, l'orange de la Chine, l'orange de Nice, l'orange de Gênes et plusieurs autres moins caractérisées. |
Si d’un autre côté nous consultons l’ÆHéstoire naturelle des orangers par MM. Risso et Poiteau, nous y verrons plusieurs oranges à chair rouge qui diffèrent beaucoup de l'orange de Malte. Si nous visitons les établissemens des jardiniers fleuristes de Paris, tous nous diront qu'ils cultivent deux orangers de Portugal, l’un qui produit des fruits à chair jaune, et l’autre des fruits à chair rouge; enfin si nous examinons le magnifique espalier d’orangers de M. Fion, à Paris, nous y voyons des orangers de Portugal (dits Portugais) qui portent en même temps des oranges à chair jaune et des oranges à chair rouge, des oranges rondes et des oranges oblongues. Nous y avons même vu.en février 1830, sur l’un de ces Portugais, une orange dont le quart était Cédrat, comme dans la Bizarrerte.
C'est vers la fin de décembre qu’on recoit à Paris des oranges du Portugal, d'Espagne, du Piémont et d'Italie, et'il s'en trouve, venant de tous ces pays, à peau mince et à peau épaisse, à chair jaune et à chair rouge.
Je m'abstiendrai d'entrer dans les détails de toutes ces oranges dont les caractères me paraissent peu constans, et renvoie à l'ouvrage cité plus haut, où on les trouvera décrites et figurées avec soin. Je ferai pourtant observer que M. Gallesio dit que l'orange à chair rouge n’a que peu de pepins et qu'ils sont chétifs; cependant l'orange rouge figurée iei en avait plus que la jaune, et ils étaient tous très bien constitués; il s'en est trouvé plusieurs qui avaient quatre ou cinq embryons parfaits sous la même enveloppe, chose peu connue et très curieuse autrefois, mais que la physiologie explique clairement aujourd’hui. Ce phénomène se rencontre cependant plus fréquemment dans les orangers que dans toute autre famille de plantes.
Quand en cueillant les oranges, en novembre et décembre, on en laisse quelques-unes
sur l'arbre, elles ne tombent pas, et il se passe quelque chose de singulier. Au printemps
l'arbre entre en sève, le suc des oranges disparaît et elles ne sont plus mangeables; mais quand la végétation se ralentit ou cesse, elles se remplissent de jus et sont alors meilleures que la première fois. Les physiologistes expliquent cela par la nécessité où sont les fluides de se mettre en équilibre pendant la végétation.
Dans les colonies, on cultive aussi des oranges à peau mince et à peau épaisse, mais on n'attend pas pour les cueillir qu’elles soient jaunes comme celles qu’on nous vend à Paris ; on les cueille dès qu'elles commencent à prendre une légère teinte jaunâtre ; alors elles sont
parfaites et infiniment meilleures que toutes celles qui se vendent ici.