‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 49 sur 106 · MULTIPLICATION ET CULTURE DE LA VIGNE DANS LES JARDINS · texte numérisé non relu

MULTIPLICATION ET CULTURE DE LA VIGNE DANS LES JARDINS

Sens. Il y a quelques curieux qui sèment des pepins de raisin dans le but d'en obtenir une ou plusieurs variétés meilleures que celles que nous possédons; mais quoique la nature ne réponde que bien rarement à leur espérance, c’est un goût qui mérite d'être encouragé. Si le semis est mal cultivé, on n’en obtient des grappes qu'après sept ou huit ans; mais si après

deux ans de semis, on relève le plant, qu’on le replante en bonne terre, en bonne exposi-

tion, suffisimment espacé, et qu'on le taille convenablement, il peut montrer sa première grappe à l’âge de cinq ans. Alors seulement on connaît le résultat de son expérience.

Marcotte. Xci on ne cherche pas à obtenir du nouveau, on veut seulement multiplier une espèce dont le mérite est reconnu. Pour cela, au commencement du printemps ou à l’automne, on fait une fossette en bateau dans la terre au pied d’une Vigne, on abaisse et on couche dans le fond de cette fossette une branche de la Vigne, on l’y fixe au moyen d’un crochet si elle oppose de la résistance, on la recouvre de 4 ou 5 pouces de terre sur une longueur de deux ou trois nœuds, et on relève verticalement l'extrémité non enterrée que l’on taille de suite, ou dans la saison convenable, à la hauteur qui doit répondre au but que l’on se propose. Si la marcotte est faite avec du bois de la dernière pousse, il convient de la tailler à un ou deux yeux au dessus de terre; si elle est faite avec du bois de deux ans, on lui taillera son jeune bois à la manière accoutumée pour ne pas la priver des grappes qu'elle doit produire. En un an une marcotte de Vigne est suffisamment enracinée pour être sevrée, levée et plantée à demeure, en observant cependant que le bois d’un an s’enracine plus promptement que le bois de deux ans.

S1 on était pressé de jouir, on pourrait, dès le commencement de juillet, marcotter un rameau de l’année avec la précaution et les soins connus des bons jardiniers, et il serait enraciné à l'automne.

Bouture. Pour faire une bouture de vigne, on prend, à l'automne ou dés le premier printemps, un rameau ou sarment de la dernière pousse; on le détache avec son talon, on lui supprime la partie supérieure et la moins müre, on le réduit par ce moyen à une longueur de quinze pouces à trois pieds, selon sa force, on le couche dans une fossette comme une marcotte et de manière que son extrémité supérieure reprenne à-peu-près la direction verticale, et qu'il y ait un œil ou deux hors de terre quand le restant de la bouture en sera recouvert de l'épaisseur de quatre à six pouces.

Quelques arrosemens et un paillis pendant l'été sont favorables et quelquefois indispensables à l’enracinement d’une bouture. Elle ne pousse jamais que fort peu de bois la première année, et il est avantageux, si elle n’a pas été faite à demeure, de ne la relever qu'après la seconde année pour la mettre en place.

Ge que je viens de dire pour une marcotte , pour une bouture, doit s'entendre comme si je parlais d’un mille.

Greffe. Il vaut mieux quelquefois greffer un pied de Vigne vigoureux pour en changer l'espèce que de l'arracher et en planter un autre; c’est par le moyen de la greffe en fente pratiquée sur un cep près de terre, ou dans la terre même, que l’on change ainsi des pièces entières de Vignes, et on conseille, pour assurer le succès, de recouvrir de terre la greffe ellemême en partie. Il arrive en effet par ce moyen que si la greffe ne reprend pas, elle forme une bouture qui s’enracine, et que l’on a deux chances de réussite au lieu d’une seule. Mais dans les jardins on greffe aussi la Vigne loin de terre, et souvent à une hauteur de 10 à 12 pieds, où la fraîcheur du sol n’a plus aucune influence ; cette greffe s'exécute aussi en

fente, soit sur de vieux bois, soit sur un sarment de l’année en mars et avril avec un rameau

coupé dès l'automne ou en hiver. Si on greffe sur un sarment de l’année, il est avantageux de couper ce sarment juste au-dessus, d’un œil, de fendre cet œil en même temps que le sarment, et d’enfoncer la greffe de manière que son œil inférieur soit un peu plus bas que celui du sarment, qui, quoique fendu en deux , aura encore la force de faire monter la sève qui doit opérer la soudure de la greffe. |

Plantation. Quoiqu’on trouve quelquefois assezbon du raisin venu en cépée et en contrespalier dans les jardins , il n’y a pourtant que celui qui a joui de la protection immédiate d’un mur qui soit décidément bon sous le climat de Paris, c’est-à-dire celui venu en espalier le long d’un mur à l’exposition du midi, du levant et du couchant. Mais cette position sine qu& non ne suffit pas encore quand la culture est négligée, ou basée sur de mauvais principes. Je ne connais qu’une bonne méthode de cultiver la Vigne en espalier ; c'est celle pratiquée à Thomery et à Fontainebleau , et je ne puis assez m’étonner de voir qu’elle n’est imitée dans aucun jardin de Paris, et que je ne pourrais nommer qu'un seul propriétaire qui exige queson jardinier la mette en pratique, tandis que depuis que M. le comte Lelieur et moi l'avons fait connaître, les Anglais et les Américains ont fondé des prix pour la faire établir chez eux. Cette méthode différant de toutes les autres par la plantation et par la taille, je vais l'exposer le plus clairement qu'il me sera possible en expliquant ses deux parties, la plantation et la taille.

Quand on veut former un espalier de Vigne à la manière de Thomery, il faut d’abord que la plate-bande qui règne au pied du mur sur lequel on se propose de l’établir, ait au moins 5 pieds de largeur, et quelle soit composée de la meilleure terre possible , abondamment pourvue de substance nutritive dans une épaisseur de 3 pieds , et que le sous-sol soit propice à l'écoulement des eaux surabondantes , ou qu'on y supplée par des pierrées. Cette terre ne devra pas être argileuse, mais normale’, perméable, richement engraïssée avec du fumier de vache; plus sableuse, la Vigne y ferait beaucoup de chevelu et peu de grosses racines. Des gazons de prairies réunis en gros tas, décomposés pendant deux ans et ensuite mélangés avec du fumier de vache, forment une terre parfaite pour la Vigne.

Tandis que d’une part on dispose ainsi la plate-bande, de l’autre on se pourvoit de la quantité nécessaire de marcottes enracinées longues de 3 à 4 pieds, ou de crossettes de même longueur ; les premières coûtent plus cher, mais elles ont l’avantage de faire gagner 1 an ou 2 de végétation. Cependant le plus important est de puiser à bonne source afin de w’être pas trompé sur l'espèce.

Le moment de planter étant arrivé, on fait ouvrir des tranchées à travers la plate-bande et perpendiculaires au mur, à 20 pouces l’une de l’autre de centre à centre, larges d’un pied, profondes de 12 pouces, longues de 4 pieds et touchant au mur par un bout; on étend dans le fond de chaque tranchée3 pouces d'épaisseur de fumier de vache consommé, et par dessus15 ou18 lignes de bonne terre douce bien divisée; un jardinier habilleles marcottes; on en couche une dans chaque tranchée, de manière que la tête se relève verticalement à 3 pouces du mur et porte au moins un œil au-dessus du niveau du sol; on étend bien les racines, on

couvre toute la partie couchée, de 2 ou 3 trois pouces de terre fine, et enfin on étend encore

3 ou 4 pouces de fumier de vache dans la tranchée, et on la recouvre de 2 pouces de terre.

Après cette opération la plate-bande se trouve relevée, inégale; mais on l’égalise en laissant cependant la place des tranchées un peu plus creuse, afin d'y mettre un paillis et de pouvoir arroser au besoin.

Les crossettes se plantent de la même manière en mettant un peu plus de fumier de vache dessous et dessus pour favoriser la radification.

A Thomery, on prend encore plus de soin et on fait plus de dépenses pour planter que je n’en indique ici, mais je crois que les cultivateurs de ce pays vont jusqu'au superflu, et qu'il suffit de faire ce que je viens de dire pour obtenir un succès complet.

D'après cette méthode les pieds de Vigne sont à 20 pouces l’un de l'autre, et cette distance paraît beaucoup trop petite à certaines personnes; mais comme tout le monde convient qu'on cultive mieux la Vigne à Thomery que partont ailleurs, qu’on y récolte sur un espace donné une plus grande quantité de plus beau et de meilleur raisin qu'ailleurs, que Thomery n’est pas plus favorisé par sa position ni par son sol que les communes des environs où le raisin de table n’est ni aussi abondant ni aussi bon, il faut pourtant bien convenir que cette méthode est la plus parfaite. |

Mur. La distance de 20 pouces entre chaque pied de Vigne est calculée de manière à ce que l’espalier ait 5 cordons , à ce que le mur ait 8 pieds de hauteur, et qu’il soit couvert d’un chaperon saillant de 8 à 9 pouces. Cette large saillie du chaperon modère la végétation des cordons supérieurs de la Vigne et protège le raisin contre les pluies et une partie des intempéries atmosphériques.

Treillage. La première ligne horizontale de lattes du treillage doit être à 9 pouces du sol, et les autres également à 9 pouces de distance jusqu’auprès du chaperon; les lattes verticales; destinées seulement à consolider les premières, peuvent être à 2 pieds l’une de l’autre ; de sorte qu'un treillage à la Thomery a les mailles plus grandes et coûte moins cher que les treillages ordinaires. Je ne dis rien des crochets, de la couture ni de la peinture qui se font à Thomery comme ailleurs.

Formation de cordons. Un mur haut de 8 pieds doit recevoir 5 cordons de Vigne à 18 pouces l’un de l’autre. Le premier cordon se place, sur la plus basse ligne du treillage et les autres sur la 3° 5° 7° et 9° lignes. Chaque pied de vigne élevé sur un seul brin jusqu'à la hauteur qui lui est destinée, se partage là en deux bras pour former le cordon. D'après la distance de 20 pouces qu'il y a entre chaque plant, un bras n’a jamais et ne peut avoir que 4 pieds de long ; d’où il résulte que chaque Vigne ayant deux bras, elle fournit 8 pieds de cordon; que les yeux dela Vigne étant à 6 pouces au plus l’un de l’autre, ils fournissent 16 coursons sur un cordon long de 8 pieds; qu’au moyen de la taille 16 coursons développent, terme moyen, 30 rameaux et chaque rameau 2 grappes, ilen résulte qu'une surface de 8 pieds en carré d’espalier à la Thomery se couvre de 320 grappes de raisin, quantité qu'on n'obtient par aucune autre méthode.

Afin de faciliter l'intelligence de ce que je viens de dire très brièvement, je joins ici une

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planche qui en apprend plus que le plus long discours. On y voit que les brins de Vigne sont de 5 hauteurs différentes et progressives comme A. B. C. D. E.; qu'après ces 5 hauteurs la même progression recommence, afin que le mur soit toujours bien garni et que les 5 cordons se continuent régulièrement. Cette planche montre aussi un cas particulier, indépendant de la méthode, et qui mérite une explication.

Les différentes parties des végétaux sont jusqu’à un certain point indépendantesles unes des autres; l’une peut végéter et croître, tandis que l’autre reste dans l’inaction, en raison de la température ambiante. Si pendant l'hiver on introduit l’une des branches d’un arbre dans une serre chaude, elle y pousse et fleurit, tandis que les autres branches restées dehors ne donnent aucun signe de végétation. Ce fait étant bien connu, on plante un arbre au pied d’un mur à l'exposition du nord, afin que ses racines ne manquent pas d'humidité ; on fait un trou au mur à la hauteur convenable, on y fait passer la tête du jeune arbre, et elle vient s'épanouir au soleil, jouir de toute son influence et produire des fruits plus savoureux et plus précoces que si elle fût restée au nord. C'est un fait de cette nature que la planche ci-jointe représente en Y. Le pied de vigne dont on ne voit quele cordon a été planté de l’autre côté du mur à la place marquée X. Quandilfut devenu assez grand, on a percé le mur, afin que ses deux bras vinssent figurer au 5° cordon, du côté du soleil, et que son fruit y acquit la qualité qu’il n’aurait jamais pu obtenir au nord.

La nature de cet ouvrage ne me permet pas d'expliquer les détails de culture nécessaires pour ameneér la plantation exposée plus haut à former un espalier tel que le représente le dessin ci-joint, et qui a été fait d’après nature à Thomery même; mais la vue de ce dessin suffira à un jardinier intelligent pour lui faire devinér les moyens d'établir un pareil espalier. Une seule difficulté pourrait l'arrêter , et je vais dire comment il faut la vaincre.

La Vigne ayant les rameaux alternes, on ne conçoit pas d'abord comment on peut la forcer à en produire deux bourgeons opposés pour lui former deux bras exactement à la même hauteur; mais les boutons à bois de la Vigne étant accompagnés d’un autre bouton plus petit, que les uns appellent sous-æil, et que Duhamel nomme bouton de faux-boës, on conserve la pousse de ce dernier bouton au lieu de la supprimer selon l'usage, et on l’étend horizontalement d’un côté, tandis qu’on étend la pousse du gros-bouton horizontalement de l’autre côté: par ce moyen on a deux bras qui partent du même point et forment une ligne droite ; la pousse du bouton de faux-bois est plus faible pendant un an ou deux ; mais l'équilibre s'établit ensuite de lui-même ou à l’aide de l'intelligence du jardinier.

Taille, palissage, effeuillaison. Je dirai peu de chose sur la taille, parce que je suppose que j'ai affaire à un jardinier habile, et qu'une longue dissertation serait inutile pour les autres. Je ferai observer seulement qu'il faut nécessairement faire développer tous les yeux à bois qui se trouvent sur les cordons, et que le moyen d'y parvenir est de tailler court; que le bourgeon terminal doit être attaché horizontalement et les autres verticalement; que ces derniers doivent être taillés en courson à la taille suivante, tandis qu’on taillera le terminal à 2 ou 3 yeux et qu'on le dirigera horizontalement ; qu'il faudra au moins 3 ans et peut-

être 5 ans pour qu'un bras soit amené à la longueur de 4 pieds; que, parvenu à cette lon-

sueur, son bourgeon terminal doit être taillé en courson comme les autres ; et qu'enfin entre les mains d'un bon jardinier, un courson de 10 ans ne doit pas avoir plus de 1 pouce de longueur.

Quant au palissage, il s'effectue avec facilité, puisque le treillage offre entre chaque cordon une ligne de lattes pour y attacher les jeunes bourgeons. Tous les bourgeons conservés sont arrêtés à la hauteur du cordon qui passe au-dessus deux, et on les pince toutes les fois qu'ils veulent s'élever davantage.

L’effeuillage consiste à supprimer ou plutôt à écarter quelques feuilles auprès des grappes quand le raisin commence à mürir, afin de lui faire prendre de la couleur et d'augmenter sa qualité; mais cette opération ne peut être bien faite que par une personne qui entend la physiologie végétale. Presque partout on effeuille à outrance et sans discernement pour exposer les grappes au soleil , et il en résulte que le raisin durcit, ne grossit plus et ne peut acquérir toute sa saveur. Pour parvenir à bien effeuiller, il faut aller prendre une lecon de M. Brassin à la treille royale de Fontainebleau.

Après ces généralités , il convient de revenir à la terre qui doit nourrir la Vigne et entretenir sa fertilité.

Quoique la plate-bande de l'espalier soit une excellente terre et puissamment engraissée, elle s’épuiserait pourtant si de temps en temps on n’y mettait un nouvel engrais. Les habitans de Thomery fument leurs espaliers tous les trois ans: on suivait le même usage à la treille royale de Fontainebleau, mais M. Brassin a cru reconnaitre que le fumier nuisait à la qualité d’un raisin , et il n'emploie plus de fumier à l’état frais : il accumule en tas des curures de fossé, d’étang, des herbages, des feuilles, du terreau, et fait mürir le tout ensemble pendant deux et trois ans avant de l'enterrer dans la plate-bande de la treille, L'idée que le fumier non consommé nuit à la qualité du raisin n’est pas nouvelle; elle est fondée sur deux raisons.

D'abord, il est de fait que le raisin est meilleur sur une Vigne faible que sur une Vigne très vigoureuse ; et comme le fumier tend à augmenter la vigueur de la Vigne, on juge qu'il doit diminuer la qualité de son raisin. Ensuite on a confondu le fumier avec les balayures et les immondices des rues de Paris, qui amoncelées en dépôts sous le nom impropre de gadoue, s'échauffent, fermentent, répandent une odeur infecte, et dont on se sert cependant pour fumer les Vignes des environs de la capitale , lesquelles Vignes donnent en effet des récoltes abondantes, mais dont la mauvaise qualité de leur raisin est attribuée à l'excès et à la nature de cet engrais. On va même jusqu’à dire, en se basant sur quelques passages historiques, que le raisin des environs de Paris produisait autrefois un vin beaucoup meilleur que celui d'aujourd'hui , et que c’est l’usage immodéré des engrais qui l'a fait dégénérer..

Je laisse là la vigne des champs et reviens à mon sujet en disant qu'il faut qu'une Vigne d’espalier pousse convenablement et pendant long-temps; que pour l'entretenir en bon état il lui faut un engrais quelconque, et qu'on peut sans inconvénient lui donner tous les trois

ans du fumier gras presque réduit en terreau.

L'engrais est nécessaire, indispensable pour la Vigne qui végète dans une terre nue. exposée à l'évaporation, à la sécheresse et à toutes les influences atmosphériques; mais l’engrais est moins nécessaire, inutile peut-être quand la terre, déjà bonne par elle-même ou par l'art, est couverte de manière à ne rien perdre par l'évaporation. Ainsi, à Thomery même , tandis qu'on fume les espaliers des jardins tous les trois ans, on a d’autres espaliers dans les cours qu’on ne fume jamais, puisque ces cours sont pavées jusqu'aux murs, et cependant les espaliers des cours croissent, vivent et produisent comme ceux des jardins. Cet exemple n’est ni nouveau ni le seul à citer, et quand les lois et les besoins de la végétation seront mieux connus, il pourra bien arriver que l'on conseillera de couvrir la terre de dalles de pierre dans certaines cultures.

Conservation des raisins. Lie raisin de table est une si bonne chose, qu’on a proposé ou imaginé une infinité de moyens pour le conserver le plus long-temps possible en état de maturité. À Paris, c'est seulement le chasselas que l’on tâche de conserver, et voici une partie des procédés employés à cette intention. 1° Quand le raisin est parvenu entre le tiers et la moitié de sa grosseur, on coupe, au moyen d’une paire de ciseau fin, une partie des grains les moins avancés, de manière à éclaircir la grappe, faire de la place aux grains restans, faciliter leur plus grande grosseur, prévenir la pourriture qui se met souvent dans les grappes serrées, et enfin pour que les grains ménogés jouissent mieux du soleil , de l'air, de la lumière et acquièrent plus de qualité. 2° Quand le raisin commence à muürir, on tend sur l’espalier un canevas fin qui n’intercepte que peu ou point l'air , le soleil et la lumière, mais qui empêche les mouches et les oiseaux d’en approcher. 3° Dans le même but, on enferme les grappes dans des sacs de crin, de canevas ou de papier. 4° On tarde le plus possible à cueillir le raisin, et pour cela on commence par empêcher la pluie de tomber dessus; on le couvre de fougère, de paille fine, par dessus quoi on met encore des pallassons, si on craint la gelée. Ainsi garanti, le raisin peut souvent ne se cueillir qu'a Noël ou en janvier. 5° Le raisin cueilli avec précaution et porté au logis, on scelle le bout de la queue avec un peu de cire pour empêcher l'évaporation, on le pose doucement sur de la fougère dans une chambre sèche, peu éclairée, où la température est entretenue à quelques degrés au-dessus de zéro, on le visite une fois par semaine pour ôter les grains qui se tachent ou pourrissent. 6° On pend les grappes au plancher ou à des cerceaux avec un fil attaché à leur tête ou à leur petit bout, afin que les grains s’éloignent les uns des autres et ne se pourrissent pas mutuellement. 7° On enferme les grappes dans des caisses,dans des tiroirs où elles sont rangées lit par lit sur et entre de la sciure de bois bien sèche, du son, des balles d'avoine ou de blé, et même entre de la graine de millet; enfin on emploie tous les moyens qui viennent à l'imagination; maisil paraît d'après l'expérience que ceux où le raisin est enfermé le plus hermétiquement ne sont pas les plus efficaces.

Culture forcée. La vigne est une des plantes que l'on force le plus aisément à végéter au milieu de l'hiver par le moyen d’une chaleur artificielle. En Angleterre où la culture forcée est beaucoup plus pratiquée qu'en France, on cueille, dit-on, du raisin mür dans

; . . RS AS chaque mois de l’année; à Versailles, on se contente d'en obtenir depuis mars Jusqu'à ce

que la pleine terre donne. Les Anglais piantent de la Vigne en pots pour pouvoir la chauffer avec plus de facilité; nous autres nous la chauffons sur place et de différentes manières; voici les principales : 1° De novembre à février on place des panneaux vitrés sur un espalier de Vigne, et assez éloignés de la treille par en bas pour qu'une personne puisse passer entre les panneaux et le mur; on établit dans l’intérieur un poële avec ses tuyaux, on calfeutre bien toutes les issues, et on chauffe en raison de l’époque où l’on veut obtenir du raisin mür. > On plante en ligne et bonne exposition un certain nombre de ceps de Vigne que l'on dirige en cordon ou en éventail; quand cette Vigne est en rapport, on l'entoure d'un fort réchauf de fumier neuf, et on couvre la Vigne avec des panneaux vitrés posés sur le réchauf. 3° On entoure la Vigne de grands coffres en bois ; on les couvre de panneaux, on établit un bon réchauf de fumier neuf autour du coffre, et on place un poèle dans son intérieur. 4° On plante de la Vigne tout près du mur d’une serre chaude, on en introduit la tige ou les rameaux dans la serre au moyen de trous pratiqués dans le mur ou ailleurs; enfin l'industrie horticole, aidée d’une pratique éclairée, parvient par ces moyens ou par d'au tres à forcer la Vigne à mürir son raisin plus ou moins de temps avant son époque naturelle de maturité; mais quel que soit le procédé employé, il n’y a guère de succès à espérer sans une grande intelligence et des soins assidus dela partdu jardinier.

Je me borne à ces généralités et renvoie aux ouvrages spéciaux pour les détails qu'il

auraitété trop long de développer ici.

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