‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 66 sur 106 · GENRE FRAMBOISIER · texte numérisé non relu

GENRE FRAMBOISIER

E genre a les plus grands rapports avec les fraisiers, et comprend plusieurs arbrisseaux et arbustes des deux mondes, dont le caractère commun

est d’avoir :

1° Un calice profondément divisé en cinq découpures lancéolées, aiguës,

persistantes , très ouvertes.

2 Cinq pétales alternes avec les divisions du calice, et insérés à son orifice.

3° Un nombre indéterminé d’étamines ( vingt au moins } attachées au même lieu que les pétales , dont les filets, élargis à la base, sont atténués en alène au sommet, et terminés chacun par une anthère ovale à deux loges.

4° Un ovaire libre, composé de plusieurs petits péricarpes munis chacun d'un style latéral , simple, de la hauteur des étamines , terminé par un stigmate obtus.

5° Une baie composée, ovale, supportée par un carpophore, formée d'autant de petites baies qu'il y avait d’ovules dans la fleur. Chacune de ces petites baies se distingue par un mamelon au centre duquelse trouve une petite graine dure, chagrinée, et qui a la forme d’un haricot.

La principale différence générique qu'il ÿ a entre les framboisiers et le fraisier, c’est que les premiers ont les graines renfermées dans la pulpe du fruit, et que les dernières les ont attachées à nu sur le fruit.

Il croît des framboisiers dans presque toutes les parties du monde. Des soixante-dix ou quatre-vingts espèces relatées dans les répertoires des botanistes, nous ne cultivons guère que le framboisier du Mont-Ida, Rubus idœus, et ses variétés au nombre de trois ou quatre. Les Anglais , plus curieux que nous , en cultivent vingt-deux variétés. Ce sont des arbrisseaux à racine vivace , tracantes , à tiges simples , hautes d’un à deux mètres, armées d'aiguillons élargis à la base, et ornées de feuilles trifoliées.

Culture. La multiplication du framboisier par graines est négligée en France, quoique ce moyen puisse faire obtenir de nouvelles variétés ; mais on le propage aisément et promptement par les drageons qui s'élèvent abondamment de ses racines traçantes. Dans l'automne ou au printemps on arrache ces drageons, on les rabat à deux ou trois pieds et on les plante en quinconce dans une terre bien labourée et ameublie à 1 ou 2 metres (3 à 6 pieds) de distance; pour avoir des buissons bientôt formés comme ceux cultivés en plein champ aux environs

de Paris , il faut planter ensemble trois de ces drageons.

Quoique le frambroisier aime mieux une bonne terre qu'une médiocre’, on le relègue presque toujours dans cette dernière, même dans une mauvaise; le coin le moins évident d’un jardin; l'exposition au septentrion ou aucun fruit ne mürit sont ordinairement occupés par le framboisier, qui s’en accommode fort bien, donne beaucoup de fruits , mais moins

savoureux qu'à une meilleure exposition.

À la fin de l'hiver, on coupe rase terre toutes les tiges qui ont porté fruit, et qui alors :

sont desséchées, et on raccourcit l'extrémité des tiges nouvelles afin de les forcer à se ramifier et à produire une plus abondante récolte l'été suivant , et quand tout le bois mort est enlevé, on donne un labour à la houe fourchue.

Cependant, si l'on cultive le flamboisier des Alpes, qui produit deux fois par an, il ne faudrait pas supprimer les tiges qui ont commencé à donner du fruit à l'automne , parce qu'elles en donneront encore l'été suivant : on les reconnait en ce qu’elles ne sont pas mortes.

Le framboisier par ses nombreux drageons épuise bientôt la terre , et il faut le changer de place au bout de six ans si on veut que son fruit ne rapetisse pas.

Usage. Les feuilles du framboisier sont détersives et astringentes. Elles peuvent être substituées à celles de ronce pour les gargarismes dans les maux de gorge ou de gencives. On a vanté les fleurs infusées dans l’eau pour les érysipèles et l’inflammation des yeux, mais cette propriété leur est aujourd’hui contestée.

Le fruit se sert sur les tables seul ou plus souvent mêlé avec des fraises auxquelles 1l com-

munique son parfum ; on en fait des compotes . des pâtes, d'excellentes confitures qui se : Ï 2 2 22

conservent très bien , mais qui sont difficiles à faire. Il entre dans les confitures et la gélée de groseille; son jus cristallisé est très commode en voyage pour avoir sur-le-champ une liqueur agréable et rafraîchissante. On fait aussi avec la framboise, la groseille et du vinaigre,

un sirop excellent en été pour calmer la soif, et utile dans les fièvres putrides et bilieuses.

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FRAMBOISIER A FRUIF ROUGE.

Rubus Idœus. Poit. et Turp.

| L ne faut pas croire que le frambroisier ne se trouve que sur le Mont-Ida , ainsi / que l'indique son nom latin, puisqu'il se développe partout où l’on vient d’abattre | une forêt , que le lieu soit haut ou bas , à moins qu’on ne s’en rapporte au té-

moignage de Suidas, qui assure que tous les lieux d’où l’on apercevait une grande

Le framboisier, depuis long-temps cultivé, a produit plusieurs variétés dont les fruits sont plus gros que ceux que l'on trouve dans les elairières des bois, et la

planche ci-jointe représente une de ses variétés perfectionnées. Ses racines sont

nombreuses, tracent au loin sous terre, et produisent à chaque printemps un grand nombre de tiges quimeurent et se dessèchent lesecond hiver, après avoir rapporté

du fruit une seule fois; de sorte que cette espèce devrait être considérée plutôt

comme une plante vivace que comme un arbrisseau.

Ses tiges, ordinairement simples, assez droites, hautes de quatre à cinq pieds, armées d'un grand nombre d’aiguillons, sont d’une nature plus herbacée que ligneuse, couvertes d’une écorce cendrée , et ordinairement lavées de rouge du côté du soleil. |

Les feuilles naissent alternes et pétiolées; les inférieures sont composées de cinq foholes, et les supérieures de trois, toutes ovales et acuminées, vertes en dessus et blanchâtres en dessous, et leur pétiole est aiguillonné.

De chaque aisselle des feuilles supérieures naissent deux boutons ; l'un plus gros, comprimé , composé d’écailles aiguës , doit produire une branche à fruit; l'autre placé derrière le premier , immédiatement sous le pétiole, est beaucoup plus petit , et ne doit produire qu’une feuille.

Au printemps les boutons supérieurs des tiges se développent en petites branches portant des fleurs terminales et axillaires, disposées en panicules, dont les divisions et sousdivisions sont munies d'écailles lancéolées. Ces fleurs sont d’un blanc sale et ont très peu d'apparence ; leurs pétales sont étroits et tombent promptement après la fécondation. Les divisions du calice varient au nombre de cinq à huit, et se réfléchissent en arrière au temps

de la maturité du fruit, qui arrive en juin.

Le fruit ,appelé framboise, formé de l'agrégation de plusieurs petites baies monospermes

est rouge , d’une forme ovale arrondie, supporté par un trophosperme centrale duquel il se détache dans la maturité.

Tout le monde aime le parfum délicat et agréable de la framboise, lorsqu'elle est cueillie et mangée à propos; un peu trop müre, elle est insipide et sujette aux vers. Quelquefois

les punaises des bois lui communiquent leur odeur infecte.

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