‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 96 sur 106 · RATE · texte numérisé non relu

RATE

FRAISIER DU CHIEL

Fragaria Chilensis. Poit, « Turp.

OICI un Fraisier dont l’histoire pourrait former un volume, et sur lequel | le traité des arbres fruitiers de MM. Poïteau et Turpin, contient des dé-

\ tails intéressans auxquels je renvoie pour suppléer au peu qu'il n'est

possible d'en dire ici.

Ainsi que son nom l'indique, ce Fraisier est d’origine américaine; 1l fut découvert près de la Conception au pied des Cordilières, par un officier de marine, nommé Frezier, qui l’a apporté en France et déposé à Brest en 1712. Il s'y est en quelque sorte naturalisé, ou du moins très multiplié, et c’est de cette ville que depuis lors on le tire de tous les endroits de la France, où on ne sait pas le conserver plus de deux à trois ans. C'est qu’en effet il est plus délicat que tous les autres Fraisiers; il lui faut absolument une terre particulière et des soins assidus, sans lesquels il périt promptement.

Ce Fraisier est dioïique, c’est-à-dire que les fleurs femelles se trouvent sur certains individus , et les fleurs mâles sur d’autres individus. M. Frezier n’a apporté que des individus femelles en France; et d’après l'opinion reçue, basée sur un grand nombre d'expériences, qu'il faut le concours des fleurs mâles et des fleurs femelles pour obtenir des fruits, on a pris l'habitude à Brest de planter des Fraisiers de Caroline ou des Caprons, parmi les Fraisiers du Chili, pour qu'une fécondation adultérine pût du moins s’opérer en place d’une fécondation légitime, et on en obtient, dans ce pays favorisé, plus de fruits que partout ailleurs.

Le Fraisier du Chili abonde en caractères qui le font facilement reconnaître parmi tous les autres. Sa souche est grosse et courte; ses feuilles sont peu nombreuses, courtes, plus épaisses, plus soyeuses et plus blanchätres que dans ses congénères; leurs trois folioles sont aussi plus arrondies.

Les hampes ou tiges floriferes sont d’une grosseur remarquable, et les fleurs qu’elles portent beaucoup plus larges que dans aucun autre Fraisier, ont ordinairement de 6 à 10 pétales au lieu de 5 qui est le nombre normal; les étamines sont courtes, informes, et paraissent ne pas contenir de pollen dans leurs anthères.

Le fruit est la plus grosse de toutes les Fraises ; à Brest, sa grosseur se compare à celle d'un œuf de poule, et à Paris on en obtient quelquefois du même volume; dans sa forme normale, il est figuré en cone obtus très élargi à la base; mais il varie souvent et devient

ovale, aplati et même lobé; sa surface est toujours luisante, d’un blanc jaunâtre dans l'ombre et lavé de vermillon du côté du soleil; ses graines qui, botaniquement parlant, sont des fruits, se trouvent placés dans d’assez grandes alvéoles: elles sont nombreuses, grosses et de couleur puce.

Quand on ouvre une de ces Fraises, on lui trouve la chair ferme, blanche du côté de l'ombre et légèrement teinte de vermillon du côté où cette couleur domine à la surface. Toujours il y a un vide au centre.

Si maintenant je recueille mes souvenirs pour apprécier les qualités de la Fraise du Chili, je dirai d’abord qu’à Paris comme à Brest, elle mürit à la fin de juin; que dans les années pluvieuses elle est sans saveur, et que quand la saison est favorable, elle a un parfum agréable; que tantôt je lui ai trouvé la chair trop sèche, et que tantôt elle était humectée au point convenable.

Au résumé, le mérite dela Fraise du Chili consiste dans sa grosseur extraordinaire. C’est un fruit admirable pour les tables somptueuses, mais nullement convenable pour les marchés où la petite fortune s approvisionne. |

Quant à la culture du Fraisier du Chili, elle est peu répandue aux environs de Paris, à cause de la difficulté de le conserver. Pour y parvenir, il faut le placer à bonne exposition inclinée au midi, en terre argilo-siliceuse, légère, qui laisse l’eau s'infiltrer et s'échapper aisément. Je l'ai vu réussir parfaitement aussi en terre de bruyère, tandis qu'il ne vivait pas deux ans en terre calcaire.

Parmi les caractères particuliers à ce Fraisier, en voici encore deux que javais oublié de rappeler : l’un est qu'il perd ses feuilles pendant l'hiver, l’autre est que, tandis que tous ses congénères inclinent leurs fruits vers la terre au temps de leur maturité, 1l relève les siens

verticalement.

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Posteur Pit #

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