A FRUIT BLANC
liibes racemosa , Fructn albo. Poir. et Turp.
’EST au sujet de cette Groseille surtout que je sens le besoin de prier le lecteur bienveillant de ne pas disputer des goûts et des couleurs , question interminable, dont je sais quelque chose. D’abord je rappelle que les jardiniers, observateurs et doués de quelque perspicacité, reconnaissent souvent à l’inspection d’un végétal si sa fleur, si son fruit seront rouges ou blancs. Une certaine pâleur répandue sur toutes les parties de celui qui doit produire des fruits blancs est un indice qui ne trompe pas l’œil exercé. Ainsi le Groseiller qui m’occupe a l’épiderme plus pâle que celui qui porte des Groseilles rouges ; ses fleurs sont d’un blanc sale et n’ont rien du rouge qui distingue celles de son congénère à fruit rouge. Il en est de même chez les Fraisiers , les Framboisiers, les Cerisiers, les Figuiers, les Epines, et partout où un genre contient des variétés les unes à fruit rouge et les autres à fruit blanc.
Quant à l’opinion que la pâleur est un indice de faiblesse dans l’individu qui en est affecté, quelques exemples paraissent l’appuyer , et quelques autres l’infirmer.
Relativement au goût ou plutôt à la saveur des fruits , la question est plus sérieuse ; la science s’en est mêlée. Le grand Linné, à qui rien de ce qui concerne les végétaux n’a échappé, nous a laissé à ce sujet un jugement formulé avec un laconisme lucide que, depuis lui, personne n’a pu retrouver. Selon ce célèbre naturaliste, telle couleur sur un fruit indique telle saveur dans sa chair ; voici comme il a formulé son jugement : Color pallidus insipidum, vindis crudum , luteus amarum, ruber acidum , albus dulce, niger ingratum indicat; et il s’appuie sur de nombreux exemples irrécusables.
Personne ne respecte plus que moi le profond savoir du botaniste suédois; j’honore sa mémoire et suis prêt à la défendre envers et contre tous; mais le praticien voit quelquefois plus loin que le savant , puis il n’y a pas de loi sans exception. L’Abricot est jaune, donc il est amer, selon Linné; cependant, en Grèce et dans l’Asie, on compare l’Abricot aune boule de miel; à Paris même, on ne le trouve pas du tout amer. Le soleil de Stockholm n’est pas le soleil de Constantinople, ni d’Ispahan; et quand, sous l’équateur, je lisais les ouvrages des savans d’Europe, il fallait quelquefois que mon respect intervînt pour empêcher ma bouche de sourire.
Que conclure de tout ceci? C’est que les livres ne sont guère bons que pour les peuples chez lesquels ils sont faits . Cela n’est pas même encore vrai, car on m’écrit de la Normandie
que, dans le Calvados, on n'aime pas, on ne mange pas les Groseilles blanches , parce quelles sont trop acides, et qu’on y aime, qu’on y mange les Groseilles rouges, parce quelles sont plus douces, tandis qu’à Paris , on affaiblit l’acidité des Groseilles rouges avec des Groseilles blanches. Je pourrais citer encore beaucoup d’exemples semblables, mais il me semble qu’en voilà assez pour bien mériter de celui qui a dit le premier qu’il ne faut pas disputer des goûts et des couleurs.
Rentrons sur notre terrain et parlons plus sérieusement. On cultive moins , on vend beaucoup moins de Groseilles blanches que de Groseilles rouges à Paris, et cependant, il y a peu de différence entre elles par rapport à la qualité. Il serait possible que les cultivateurs se fussent aperçus que le Groseiller à fruit blanc ne charge pas toujours autant que celui à fruit rouge, et que, comme les Groseilles se vendent à la livre, ils se fussent attachés de préférence à celui qui en rapporte le plus. D’un autre côté, les Groseilles blanches se conservent moins long-temps sur pied ; leur peau roussit et elles ne plaisent plus autant ; seconde raison pour en restreindre la multiplication, car, avant tout, il faut que le cultivateur s’attache à produire ce qui se vend le mieux.
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GROSEILLE 4 GRAPPE CARNÉE.
Ribes carneum . Poit. et Turp.
N distingue cette variété par son fruit d’un rouge pâle ou couleur de chair. Elle est beaucoup moins cultivée que la blanche et la rouge, parce qu’elle est moins fertile et d’une qualité inférieure. On ne la rencontre que chez les curieux et dans les collections, où on lui donne la même culture qu’aux autres.
Les auteurs et les jardiniers parlent d’une Groseille perlée qu'on n’a jamais pu me montrer, et que j’ai cherchée en vain dans une infinité de collections. Je reste persuadé que cette Groseille, dite perlée, n’est autre chose que la Groseille blanche bien cultivée et dans un certain état de maturité.