DE < MAI MONTEE
Pyrus Caumontel. Poir. et Turp.
OICI enfin une excellente Poire dont la naissance et le lieu de son origine ont été remarqués. Merlet, qui a fait imprimer son livre en 1694, dit quelle était venue depuis peu d’années sur un sauvageon à Chaumontel , près Luzarches , et « qu’il en a mangé sortant de son sauvageon vers la Pentecôte.» La Quintinye, dont le livre a été imprimé en 1690, n’en parle pas.
Duhamel a fait imprimer son traité des arbres fruitiers en 178a, et dit que le premier Poirier Beurré de Chaumontel existait encore à Chaumontel même, dans la même place ou il était venu de pépin, il y avait environ cent ans; que son tronc avait dix-sept pieds neuf pouces depuis terre jusqu’aux premières branches ; que ce tronc avait trois pieds huit pouces et demi de circonférence pris du sol , et trois pieds deux pouces à la naissance des branches; qu’il était creux ainsi que les grosses branches, mais d’une vieillesse encore vigoureuse et féconde; enfin que le seigneur du lieu et possesseur de ce Poirier venait de lui en envoyer des Poires qu’il a fait dessiner et graver.
Je rappelle d’abord que Chaumontel se trouve dans le département de l’Oise, et je propose d’enregistrer comme constant, que le Poirier qui porte le nom de cet endroit est né vers l’an 1 690 , d’un pépin dont 1 espece n avait pas ete remarquée.
Cette affaire ainsi réglée, j’ai à dire actuellement que cet arbre a, dans son aspect et ses détails, beaucoup de rapports avec le Poirier de Beurré proprement dit; que son fruit est également beurré , et que, comme la nature leur a donné beaucoup de ressemblance r nos prédécesseurs auraient dû faire comme elle , et dire Beurré de Chaumontel au heu de Bezy de Chaumontel; Æezy est un mot patois que l’Académie passe sous silence, que Napoléon Landais définit mal , et que j’aurai occasion d’expliquer plus tard. Au reste, le bon sens se fait jour peu-à-peu, et l’usage se répand de plus en plus de dire Beurré de Chaumontel en parlant de cette Poire.
Le Poirier de Chaumontel est de moyenne force et assez fertile ; on le greffe avec succès sur franc et sur coignassier. Soumis à la taille et palissé contre un mur, ses fruits deviennent plus gros et plus colorés.
En général , la Poire de Beurré de Chaumontel varie considérablement dans sa forme, sa grosseur , sa saveur et son époque de maturité. Elle est toujours allongée y ventrue
obtuse aux deux bouts, haute de trois à quatre pouces; j’en ai vu qui avaient même cinq pouces de hauteur et pesaient vingt-huit onces; mais ce cas est rare.
La peau d abord d un vert grisâtre, tavelée de gris et piquetée de points roux , passe ensuite au jaune et se lave en rouge plus ou moins vif du côté du soleil.
La chair est demi beurrée, très bonne, très fondante dans les terres douces et substantielles , mais quelquefois un peu pierreuse dans les terres moins convenables.
Son eau est sucrée , relevée, délicieuse.
La plupart de ses pépins avortent, et même le fruit n’a souvent que quatre loges.
L’époque de la maturité de cette excellente Poire varie beaucoup. Il s’en conserve ordinairement jusqu’à la fin de février , mais quelquefois on n’en a plus dès janvier. S’il est vrai que Merlet en ait mangé vers la Pentecôte , cela ne se voit plus aujourd’hui.
POIRE BEZY D’HERY.
Pyrus Heryana. Poit. etTurp.
ET arbre est d’une petite stature , très rameux , diffus , souvent tortueux; il a l’air d’un sauvageon languissant.
Ses bourgeons sont petits, sensiblement géniculés, d’un fauve rougeâtre, mais munis d’un coton blanc poudreux; ils ont les yeux gros, coniques, médiocrement écartés.
Les feuilles sont ovales en cœur, planes, la plupart convexes, acuminées, longues de 68 à 80 millim. ( 2 pouces et demi à 3 pouces ) , cotonneuses en dessous et en dessus, presque toujours d’un vert jaunâtre : les plus petites sont entières en leur bord, les plus grandes sont inégalement dentées.
Le bouton est ovale, de moyenne grosseur, un peu conique, d’un brun clair, anguleux et glabre: il donne naissance à dix ou douze fleurs, larges de 3i millimètres (i4 lignes), portées sur des pédoncules menus , sensiblement cotonneux, longs de 18 à 27 millim. (8 à 12 lignes): ces fleurs ont les pétales distans, onguiculés, plissés ou chiffonnés dans la partie supérieure : les styles sont glabres et leur base est entourée d’un mamelon assez élevé.
Le fruit est de moyenne grosseur, très régulier, comme turbiné, mais rétréci aux deux extrémités, de sorte que le ventre se trouve au milieu de la longueur; il a de 68 à 80 millim. (2 pouces et demi à 3 pouces) de diamètre; son œil est ouvert, conserve les étamines desséchées et se trouve logé dans un petit enfoncement: la queue est menue et fort longue.
La peau est fine, lisse, nue, et devient d’un jaune pâle presque blanc dans la maturité.
La chair est blanche, cassante sans pierres; elle laisse un peu de marc dans la bouche.
Son eau est abondante, sucrée, mais pas assez relevée; beaucoup de pépins avortent; ceux qui persistent sont longs, bruns, comprimés d’un côté.
La maturité de ce fruit arrive en novembre et décembre; son mérite est équivoque et peut être contesté.
Selon la Bretonnerie, Bezy , en breton, veut dire sauvageon; de sorte que Bezy d’hery veut dire sauvageon trouvé dans la forêt d’Hery en Bretagne.