BON CHRÉTIEN D’ÉTÉ MUSQUÉ
Pyrus pompeiana moucha ta. Poit. et Turp.
IA Quintinye et tous les auteurs qui sont venus depuis, ont eu soin de nous prévenir que le Bon Chrétien d’été musqué ne réussit pas sur coignassier, et qu’il faut nécessairement le greffer sur franc. Calvel assure de plus qu’il ne s’accommode pas de tous les terrains et de toutes les expositions, ce qui est très croyable.
Ce Bon Chrétien est un arbre de bonne vigueur, bien droit, à rameaux assez ouverts et formant une belle quenouille; ses bourgeons, assez rougeâtres, sont tiquetés, anguleux et géniculés.
Les feuilles sont petites, ovales, un peu tourmentées, très arquées en arrière, d’un beau vert en dessus : les unes entières en leur bord, les autres légèrement et inégalement dentées; celles qui sont ainsi dentées sont de plus bordées d’un léger duvet.
Le bouton à fruit est petit, ovale ou oblong, très brun, légèrement anguleux, et terminé en pointe obtuse.
Ce bouton donne naissance à six ou sept fleurs concaves, larges de 3o à 34 millim. (i4 à i5 lig.), portées sur des pédoncules, longs et menus, peu cotonneux et marqués de cicatrices, par la chute de plusieurs bractées. Ces fleurs sont à 5 ou 6 petales inégaux, et souvent chiffonnés; les styles, plus longs que les etamines, ont la base entourée d’un petit bourrelet plus élevé que dans la plupart des autres especes.
Le fruit est de moyenne grosseur et varie beaucoup dans sa forme ; il est le plus souvent allongé en calebasse, quelquefois raccourci et très ventru, mais on y reconnaît toujours un Bon Chrétien. Sa hauteur ordinaire est de 8 centimètres (3 pouces), et son diamètre 6 centimètres (2 pouces); sa surface est toujours un peu bosselee ou inégale, et son œil, de moyenne grandeur, est plus souvent presque à fleur que resserré entre quelques protubérances : le côté opposé à l’œil se termine dune façon obtuse , et forme quelques petites côtes entre lesquelles s’insère la queue , qui es grosse, verdâtre, bosselée, et longue de 3 centimèt. (1 pouce).
La peau est jaune , tiquetée de petits points gris, et fouettée de rouge du côté du soleil.
La chair est blanche, grenue, cassante, parsemée de points verts, et un peu pierreuse autour des loges.
Son eau est abondante, toujours musquée, mais peu sucrée.
Les pépins sont bruns ou fauves, extrêmement courts.
Cette poire commence à mûrir à la fin d’août et dans le commencement de septembre. C est, pour moi, un fruit médiocre : on lui reproche de se crevasser au soleil à une exposition chaude, La Quintinye en faisait pourtant assez de cas, et la croyait digne d entrer la soixante- quinzième dans une plantation de 5oo poiriers. Le Berriays conseille de laisser à la taille toutes les petites branches entières sur ce poirier, parce que les boutons à fruit se forment mieux aux extrémités de ces petites branches qu’ailleurs.
POIRE
BON-CHRÉTIEN DESPAGNE.
Pyrus Hispanica , Poit.etTurp.
ERLET a dit : a La poire de Bon-Chrétien d Espagne est grosse, longue, très belle, d’un rouge de vermillon , dont la chair est très délicate , tendre et pleine d’eau. »
Rien n’est plus vrai que la première partie de cette description, mais je prends des réserves contre la seconde. Voyons à présent La Quintinye, ce juge sévère, chargé de fournir de fruits la table de Louis XIV. ||bOn ne sera peut-être pas fâché de trouver ici un échantillon du style de ce fondateur et directeur du jardin fruitier potager du grand roi. D’abord, je rappelle B116 ^ a Quintinye n’aimait pas les poires cassantes , et qu’en conséquence il ne donne au Bon-Chrétien d’Espagne que la deux cent soixante-sixième place dans son jardin. Après donc avoir placé cette poire au deux cent soixante-sixième rang, il dit:
« Le Bon-Chrétien d Espagne est presque de toutes les poires, celle qui m’a autant embarrassée; peu s en faut que je naye honte de le dire, je me suis naturellement trouvé enclin à l’estimer d’abord par sa figure, on ne s’en sçauroit quasi défendre. C’est une grande poire, grosse, longue, et bien faite en pyramide, ressemblant tout-à-fait, par là, à un très beau Bon-Chrétien d’hiver , d’ou lui est venu le beau nom quelle porte; elle a d’un côté un beau rouge éclatant tout piqueté de petits points noirs, et de l’autre côté elle est blanche jaunâtre. Sa chair est la plus cassante de toutes celles que je connois, elle a d’ordinaire une eau douce , sucrée , et assez bonne quand elle est venue dans un bon fonds, et qu elle est dans sa parfaite maturité qui arrive communément depuis la my- novembre jusqu a la mydécembre , et va quelquefois jusqu’en janvier. C’est par toutes ces qualités-là que pendant deux ou trois ans, j’avois conçu une grande estime pour elle : mais outre que dans cette saison nous avons toutes nos principales poires tendres et fondantes, et que depuis plus de vingt ans j ay toujours trouvé à celle-làla chair si rude, si grossière et si pierreuse, et particulièrement dans les terroirs, et les années un peu humides, qu’enfin malgré ma première inclination il a fallu se résoudre à lui refuser entrée dans beaucoup de jardins, et ainsi je suis d’avis
qu’on se contente d’en souffrir au moins quelques arbres dans ceux, où le nombre des buissons passe deux cent cinquante, et où le fonds est passablement bou : toujours a-t-elle cet avantage, quelle paye de bonne mine dans l’ornement des pyramides.»
On voit que La Quintinye n était pas tendre pour les poires cassantes ; son jugement est bien fondé, mais il me semble un peu trop sévère. Quant à Merlet, il était tout-à-fait dans l’erreur en attribuant au Bon-Chrétien d’Espagne une chair très délicate et tendre.
A présent, voyons le jugement que Duhamel a porté du Bon-Chrétien d Espagne environ quatre-vingts ans après La Quintiny e.
La forme, la grosseur et la couleur sont toujours les mêmes. « Sa chair, dit -il, est blanche, semée de quelques points verdâtres, sèche, dure, cassante, ou tendre et pleine d’eau , suivant les années et les terrains. Ce fruit veut une terre douce, légère, sèche.
« Son eau est douce, sucrée et d’assez bon goût, lorsque l’arbre est planté dans un bon terrain, à une bonne exposition , et que le fruit a acquis une parfaite maturité.
« Cette poire mûrit en novembre et décembre. On peut en faire plus de cas que La Quintinye. Au moins, elle est une des plus belles, et très bonne en compote; et lorsqu elle est
bien conditionnée , elle peut se manger crue. »
Depuis Duhamel cette poire n’a pas changé , et je n’ai rien à ajouter à ce qu’il en a dit.