BON-CHRÉTIEN D’HIVER
Pyrus Pompeyana. Poit. et Turp.
E fruit (après les Pommes d’or du jardin des Hespérides, s’entend) est celui sur lequel les érudits se sont le plus exercés. Les uns font remonter son origine jusqu’aux Romains, et croient le reconnaître dans le V olemum ouïe Crustimium de ce peuple conquérant; d’autres, plus modestes , disent que nous le devons à saint François-de-Paule, qui l’aurait apporté de la Calabre en France, sous Louis XI; enfin d’autres encore disent que c’est saint Martin, évêque de Tours, qui l’a trouvé. Nous laissons au lecteur le plaisir de rechercher laquelle de ces trois versions est la plus probable.
Quoi qu’il en soit, le Bon-Chrétien d’hiver tient une place distinguée dans les jardins, et sa réputation, basée sur son volume et sa longue garde, est encore loin de s’affaiblir.
La Quintinye , fondateur et directeur du jardin potager de Louis XIV, à Versailles; a, dans une audience solennelle, fait venir toutes les Poires devant lui, leur a fait exposer leur mérite respectif, leur prétention à la prééminence: les deux plus redoutables champions étaient le Beurré et le Bon-Chrétien , le combat a été long entre eux ; ils se sont porté et paré de furieuses bottes, mais enfin le Beurré, sans s’avouer vaincu, a cédé, et le juge La Quintinye a proclamé le Bon-Chrétien la première des Poires.
Mais la postérité , toujours épilogueuse, n’a pas ratifié complètement le jugement de La Quintinye; elle a même cru voir que le juge avait agi dans son propre intérêt, en ce que, étant obligé par sa place , à fournir des compotes à la table du grand roi pendant l hiver , aucune Poire n’était capable de lui en donner aussi long-temps que le Bon-Chrétien d’hiver.
Cela est vrai, le Bon-Chrétien a encore un autre avantage; c’est qu’il ne pourrit pas, et peut paraître sur les tables somptueuses pendant quatre mois sans s’altérer en aucune manière, et conservant toujours sa beauté.
Le Bon-Chrétien est ce qu’on appelle, avec raison, un fruit d’hiver, il ne mûrit jamais
sur l’arbre dans notre climat, et même, pour l’obtenir tel que notre dessin le représente, il faut le cultiver contre un mur à l’exposition la plus chaude. Quoique sa forme, sa grosseur surtout varient un peu , on le reconnaît toujours à sa longue queue, à sa dépression vers les deux tiers de sa hauteur, et au pointillé de sa peau, qui rougit très rarement au soleil , et prend un beau jaune dans la fruiterie.
On ne cueille ce fruit qu’à la veille des gelées , parce qu’il grossit encore dans l’arrièresaison, et on ne doit commencer à le mettre en consommation qu’au mois de janvier; si on en a une certaine quantité, on pourra en manger jusqu’en juin.
Sa chair est blanche, ferme, cassante, d’un grain plus ou moins gros, fondant difficilement dans la bouche, mais imprégné d’une eau abondante sucrée, parfumée et souvent vineuse.
Si ce fruit avait la chair fine et fondante , ce serait la Poire la plus délicieuse , mais il rachète ce défaut par sa longue garde, et par la ressource qu’il procure aux offices lorsqu’il est apprêté et cuit de différentes manières.