POIRE CARDINALE
Pynis cardinalis. Poit.et Turp.
E préfère le nom Cardinale imposé à cette poire plutôt que celui d’ A mirai que lui donne le catalogue du Luxembourg, d’abord parce que la Poire d’ Admirai de Merlet est plus plate que longue, caractère qui ne va pas à celle-ci, et que le premier peint bien la couleur rouge dont ce fruit est toujours orné. S’il était possible que les noms exprimassent toujours l’un des caractères des fruits auxquels on les applique, il en résulterait une grande facilité pour les reconnaître; mais je désespère qu’on puisse jamais trouver de tels noms pour tous les fruits.
L’arbre qui produit cette poire est de moyenne force, assez régulier, couvert j d’une écorce grise et luisante , et dont les rameaux sont médiocrement ouverts. ml Les bourgeons sont de moyenne grosseur, rougeâtres, génieulés, marqués de / ) points gris, les uns ronds , les autres allongés.
Les feuilles sont la plupart oblongues, quelques-unes ovales, toutes bien étoffées, arrondies à la base, et terminées supérieurement en pointe plus ou moins longue, d’un beau vert en dessus, un peu pulvérulentes en dessous, longues de 3 à 4 pouces (9 a 12 cem timètres), bordées de dents très peu sensibles.
Les boutons à fruit sont de médiocre grosseur, ovale avec une courte pointe , un peu anguleux , bruns et glabres.
Chacun d’eux donne naissance à 6 ou 8 fleurs planes larges de i5 lignes (34 millimètres) portées sur de longs pédoncules pubeseens; ces fleurs ont les styles glabres et beaucoup plus longs que les étamines.
Je ne connais aucune poire qui ait une forme plus constante et un coloris plus brillant que celle-ci: elle a quelque rapport avec le Bon Chrétien d’Espagne, mais elle est moins grosse, plus régulière et d’un rouge plus vif du côté du soleil; sa queue, longue de i5 à 18 lignes (3 à f\ centimètres), est épaissie aux deux extrémités. L’œil est assez grand, ouvert presque à fleur, rougeâtre dans son intérieur, ainsi que la base persistante des étamines.
La peau se lave du plus beau rouge du côté du soleil, et dans la maturité elle jaunit du côté de l’ombre ; elle a beaucoup de points qui se détachent en brun sur le jaune et en gris cendré sur le rouge.
La chair est blanche, demi cassante, d’un grain gros et peu serré, mais assez fondante.
L’eau est abondante , sucrée et agréable.
Cette belle poire, qui mérite d’être moins rare, se conserve jusqu’en mars. Si sa chair avait le grain plus fin elle serait parfaite.
POIRE DE CATILLAC
Pyrus castigatrix. Poit. et Turp.
ROBABLEMENT parce que Louis XIV n’aimait pas le Catillac, La Quintinye le relègue sans façon parmi les mauvaises poires ; mais s’il nous fallait rejeter tout ce qui n’est pas du goût des rois, je ne sais ce que le peuple pourrait manger. Qu’une bouche royale n’aime pas le Catillac, je le conçois, mais c’est une exception, et La Quintinye a eu grand tort de mettre l’exception en place de la règle.
Le Catillac n’est pas un fruit fin , j’en conviens; ordinairement on ne le mange pas cru, j’en conviens encore, mais cuit sous la cendre, à l’étouffée, au four ou en compote, il ne le cède qu’à peu de poires pour la saveur et le parfum; et si La Quintinye avait eu l’adresse d’en préparer de cette manière pour son puissant maître, le Catillac aurait certainement été jugé digne d’une meilleure place. Il est vrai que le jugement de La Quintinye n’est guère connu du peuple, que ce bon peuple se moque à-peu-près de ce que la nature ne sanctionne pas, et qu’il continue d’aimer le Catillac cuit au four.
Le poirier qui produit ce beau et gros fruit est un des plus vigoureux; sa hauteur n’est jamais considérable, parce que ses rameaux s’étendent horizontalement, et que le poids de leurs fruits les entraîne le plus souvent vers la terre. Il est naturellement assez florifère; mais comme ses fruits deviennent très gros, on conçoit que chaque fleur ne peut pas produire le sien.
Les feuilles sont grandes, épaisses, planes, ovales, arrondies ou même quelquefois échangées à la base, terminées supérieurement en pointe courte, d’un vert foncé en dessus, glauques et pulvérulentes en dessous , et portées sur de gros pétioles longs de i à 4 pouces (27 à 108 millimètres).
Les boutons à fleurs sont très gros, ovales, ventrus, anguleux; chacun d’eux donne naissance à 10 ou 12 fleurs concaves, larges de 2 pouces (54 millimètres), portées sur de gros pédoncules cotonneux , ainsi que les ovaires.
Le fruit est très ventru, rétréci en cône court et tronqué du côté de la queue, quelquefois un peu bosselé à la surface, assez variable dans sa grosseur en raison de l’âge de l’arbre qui le porte, la nature et l’exposition du sol où il croît: en général, son diamètre est de 3 à 4 pouces (81 à 108 millimètres).
La peau, d’abord d’un vert grisâtre, se colore en rouge de cinabre du côté frappé par
les rayons du soleil, et toute sa surface se marque de points roux nombreux et quelquefois de taches irrégulières de la même couleur : dans la maturité, le côté de fombre devient jaune.
La chair est blanche, à grains gros, un peu pierreuse vers le centre, âpre et laissant du marc dans la bouche si on veut la manger crue.
Son eau est bonne et assez abondante.
Cette poire mûrit de novembre en avril, et pendant cinq mois d’hiver elle offre une précieuse ressource pour faire des compotes qui prennent par la cuisson une belle couleur rouge, recherchée par les officiers de la bouche; car il faut bien noter que quelque bonne que soit une poire, si elle ne rougit pas en compote, ces messieurs ne l’estiment pas.