‹ Pomologie française (volume 3)Chapitre 53 sur 100 · CRASSANE · texte numérisé non relu

CRASSANE

POIRE

Pyrus crastina. Poit. etTurp

E ne puis partager I opinion de ceux qui, parce que la Crassane se rapproche des Bergamottes par la forme, 1 appelle Bergamotte-Crassane. La Crassane a [une saveur sui generis qu’on ne rencontre ni dans les Bergamottes ni dans aucune autre poire, et son arbre a des caractères très différens de ceux que portent les poires appelées Bergamottes.

Selon Duhamel, ce Poirier se greffe mieux sur franc que sur coignassier : 'il aime un bon terrain un peu frais. C’est un arbre d’assez bonne vigueur, qu on doit planter en espalier et en contre-espalier; il ne se prête pas du tout à la forme pyramidale, parce que ses rameaux s’étendent trop horizontalement et d’une manière diffuse.

Ses bourgeons sont longs, effilés, diffus, d’un vert jaune, quelquefois rougeâtres, ponctués, géniculés ; leurs yeux sont ovales, comprimés, obtus.

Les feuilles sont de moyenne grandeur , ovales , les unes émoussées , les autres terminées en pointe ; toutes d’un beau vert , assez planes , bordées de petites dents arrondies. Le bouton à fruit est de moyenne grosseur, ovale, un peu allongé, obtus, brun ; ses écailles extérieures sont la plupart fondues au sommet, et les intermédiaires obovales ciliées au sommet.

Ce bouton donne naissance à sept ou huit fleurs, belles, bien ouvertes, larges de 45 millimètres (20 lignes), portées sur des pédoncules ordinairement fort longs, rarement courts, presque glabres.

Le fruit varie beaucoup en grosseur, mais peu dans sa forme ; il est généralement arrondi, quelquefois un peu turbiné, quelquefois aussi aplati en dessus lorsqu’il est très gros; son diamètre varie de 60 à 90 millimètres, et sa hauteur est un peu plus considérable; plus le fruit est gros, moins la queue est longue, de sorte que cette queue varie de 27 à 54 millim. (1 à 2 pouces). L’œil est petit, placé dans un léger enfoncement régulier.

La peau reste verte à toutes les expositions, mais elle se couvre plus ou moins de points et de taches roussâtres.

La chair est fondante, beurrée, et ne mollit jamais.

L’eau est sucrée, très abondante, parfumée, relevée d’une petite âpreté qui ne déplaît pas lorsqu’elle n’est pas trop forte, ce qui, dit Duhamel, dépend du terrain.

Selon Duhamel, ce fruit n’a quelquefois que quatre loges, et ses pépins seraient renflés et bien nourris; moi, au contraire, j’ai toujours trouvé les pépins mal conformés, et la plupart manquant d’amande.

La Crassane mûrit en novembre. C’est une excellente poire lorsqu’elle est parfaite ; mais ou ne la trouve pas toujours telle. Duhamel dit qu elle aime un bon terrain un peu frais; mais le potager de Versailles réunit ces deux qualités, et pourtant les Crassanes n’y sont pas très bonnes.

Pyrus femoriformis . Poit. et Ttirp.

E franc seul, dit Calvel, convient à cet arbre, qui végète languissamment sur coignassier. Il lui faut le plein vent. Il se met difficilement à fruit en espalier et en buisson , et, ajoute-t-il avec raison, c est un de ceux dont on abrège le plus la durée par une taille courte. Il a le port diffus de l'épargne, mais il est plus faible dans toutes ses parties.

Ses bourgeons se dirigent vaguement; ils sont d’un vert bronzé, géniculés, tiquetés de points ronds; leurs yeux inférieurs se développent souvent en dards.

Les feuilles varient beaucoup de forme et de grandeur : les unes sont très grandes, ovales, acuminées; les autres sont petites, rétrécies en pointe aux deux bouts: toutes sont d un beau vert et très luisantes.

Le bouton à fruit est de moyenne grosseur, oblong, peu serré, très brun, roux, ordinairement un peu velu dans sa partie supérieure.

Les fleurs naissent en bouquet composé de sept à huit, larges de Zjo millimètres (18 lignes), ouvertes en soucoupe , bien régulières, portées sur de longs pédoncules, ordinairement munis de bractées filiformes et blanchâtres.

Le fruit est beau, bien fait, allongé en cône du côté de la queue, arrondi du côté de la tête , et ayant l’œil placé à fleur : ce fruit est haut de 68 millimètres (3o lignes) , pendu à une queue rousse, longue de /\o millimètres (18 lignes).

La peau est d’un vert jaune dans l’ombre , tiquetée de points roux, et lavée de rouge rembruni du côté du soleil. On remarque beaucoup de petits points jaunes sur ce rouge.

La chair est demi-beurrée, assez grossière.

Son eau est abondante, sucrée, un peu musquée.

Ses pépins sont de moyenne grandeur et pointus.

Cette Poire mûrit à la fin de juillet.

POIRE DÉLICE D’AKDENPONT.

P y rus Arderiponti. Poit. et Turp.

EPÜIS le commencement de ce siècle, la pomologie s est enrichie de beaucoup de poires inconnues au temps de Duhamel. La plupart ont été obtenues en Belgique, dans le Brabant, et successivement introduites au centre de la France, où leur nomenclature belge n’a pas toujours été respectée; on leur a souvent donne d autres noms ou par spéculation ou pour s éviter la peine de remonter à la source.

Le Délice d’Ardenpont a été obtenu de graines, par M. d’Ardenpont, amateur et propriétaire dans les environs de Bruxelles, dès le commencement de ce siècle; car dès 1808, mon ami, M. Noisette, en a reçu deux arbres de M. Suytus, pépiniériste à Bruxelles, qui tenait l’espèce de M. d’Ardenpont même. Ces arbres ont été plantés avec soin et l’année suivante ils ont fructifié.

Les rameaux , les boutons à bois et les feuilles ont de très grands rapports avec ceux du Doyenné.

Les boutons a fruit sont gros, ovales, coniques, d’un roux clair et très anguleux.

Chaque bouton donne naissance à sept ou huit fleurs, d’un beau blanc, larges de 34 à 36 millimètres (i5 à 16 lignes), creusées en soucoupe; les pétales sont ovales , concaves , la plupart entiers, quelques-uns seulement échancrés ou chiffonnés au sommet; les filets des étamines s allongent beaucoup apres 1 émission du pollen, se rejettent ensuite en arrière; les styles restent plus courts que les étamines.

Le fruit varie peu de forme et de grosseur; il ressemble à une coloquinte très renflée, haute de 8 centimètres (3 pouces), sur presque autant de diamètre vers la tête. L’œil est placé dans un faible enfoncement, uni et régulier; les divisions calicinales sont larges et courtes, conniventes, et le couvrent entièrement. La queue, assez bien nourrie, longue de 34 millimètres (i5 lignes), est plus grosse aux extrémités qu’au milieu.

La peau est un peu épaisse, lisse, d’un vert clair et passe au jaune dans la maturité; elle est marquée d’un grand nombre de petits points bruns et en espalier, et le côté du soleil prend une teinte rouge.

La chair est blanche, fine et aux trois quarts fondante.

L’eau est douce, sucrée, très abondante.

Ce fruit mûrit dans la première quinzaine de novembre.

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