POIRE DE
Pyrus fttgax . Poit. et Turp.
E Doyenné est un de nos plus vieux fruits, et Lun de ceux que nous avons toujours en haute estime, malgré le peu de temps que durent ses précieuses qualités. On ne pourrait en effet concevoir rien de meilleur qu’un Doyenné pris à son véritable point de maturité; mais cet état parfait ne dure qu’un jour ou deux: avant, il a moins de saveur qu’un navet; après , il est cotonneux, sans eau et insipide; mais, pris à point, c’est un fruit divin.
Cependant il se trouve des hommes très recommandables d’ailleurs, qui soutiennent que nos vieux fruits sont loin d’être aussi bons qu’ils étaient autrefois , et qu’ils se détériorent de plus en plus au fur et à mesure qu’ils deviennent plus vieux. Cela peut être vrai en général, par la raison que tout ce qui a eu un commencement doit avoir une fin; mais nous ne vivons pas assez long- temps pour mesurer une partie de cette détérioration, si elle a lieu; et conséquemment nous n’avons aucune base, aucune preuve pour assurer que les fruits étaient autrefois meilleurs qu aujourd’hui.
Quant à moi, j’ai une opinion différente qui me porte à penser que les fruits ne dégénèrent pas d’une manière sensible pour nos sens, et qu’ils doivent être considérés autrement que ne les considérait M. Kinght, le principal des auteurs qui ont écrit sur la décadence des fruits. Voici comme j’argumente.
Les êtres animés ont besoin d’un certain temps pour acquérir tout leur développement physique et intellectuel ; or, tout ce qui a commencé à croître doit décroître et finir, c’est la loi de nature; mais ce qui naît tout-à-coup avec la grosseur, la forme et les qualités qui distinguent une espèce , ne paraît pas assujetti à la même loi ; l’individu meurt, mais l’espèce ne meurt pas.
Je sais bien que mes confrères les botanistes me diront que les fruits dont je parle ne sont que des variétés et non des espèces; mais j’ai mille bonnes raisons à leur opposer pour prouver que la distinction systématique qu’ils font entre l’espèce et la variété, est journellement désavouée par la nature, aux yeux de laquelle les différences chimiques sont aussi puissantes que les différences physiques. Nos bons fruits, il est vrai , ne se reproduisent pas de graine, mais nous les perpétuons indéfiniment par le moyen de la greffe qui, quoiqu’on
en dise, a des yeux qui ressemblent assez à une graine, et que greffer, c’est en quelque sorte semer.
Quoi qu’il en soit , le poirier de Doyenné avait déjà reçu plusieurs noms du temps de Merlet et de La Quintinye, tels que Beurré blanc, Beurré' à courte queue, Poire de neige, Bonne ente, Saint-Michel , et d après le catalogue delà société horticulturale de Londres, publié en i83i, il avait alors reçu a3 noms différens. C’est un arbre extrêmement fertile et qui se met promptement à fruit ; il est d’une moyenne taille, forme une belle tige de plein vent si on le greffe sur franc, et se soumet aisément aux diverses formes qu’on veut lui donner. D’ailleurs cet arbre se reconnaît avec la plus grande facilité à son port, son bois, ses feuilles, ses fleurs et son fruit, qui cependant varie un peu dans sa forme et dans la grosseur. Celui qui est figuré ci-contre est un peu plus long que d’habitude; il a la couleur quel air lui donne, et non la blancheur qu’il contracte dans la fruiterie. On le voit quelquefois lavé de rouge d’un côté, et ce n’est pas toujours le soleil qui lui donne cette couleur.
La chair est très blanche , beurré fondante, excellente prise à point , car elle passe vite.
L’eau est sucrée, douce, mais souvent acidulée et relevée d’un fumet très agréable.
Cette poire mûrit du 1 5 septembre au 1 5 octobre. Elle est excellente prise à point , mais ce point est si court qu’on la mange rarement dans son état de perfection. Aussi, La Quintinye, qui se prétendait grand appréciateur de fruits, ne donne que la place au Doyenné dans une plantation de 5oo poiriers, et dans ce nombre, le Doyenné s’y trouve 6 fois, le Beurré, 19 fois et le Bon Chrétien d’hiver 39 fois.
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