‹ Pomologie française (volume 3)Chapitre 69 sur 100 · POIRE MARTIN-SEC · texte numérisé non relu

POIRE MARTIN-SEC

Pyrus fuscata. Poit. et Turp.

OIRIER d’une taille moyenne et d’un aspect un peu rustique , causé par la couleur très brune de son écorce , et par la rigidité de ses rameaux qui ont la plupart une direction horizontale , et qui forment avec la tige un angle de 90 degrés.

Il a les bourgeons d’une médiocre grosseur, légèrement géniculés , an- Ç* guleux * menus vers l’extrémité , rougeâtres et marqués d’une petite quantité de gros points gris ; les supports ou consoles sont assez saillans et soutiennent des boutons coniques, aigus, peu écartés du bourgeon.

Les feuilles sont les unes ovales, les autres oblongues, acuminées au sommet, rétrécies à la base, d’un beau vert en dessus, finement dentées, longues de 3 pouces (81 millimètres); la nervure médiane est presque toujours munie d’un léger duvet en dessous, et semble bien la continuité du pétiole qui a a pouces (54 millimètres ) de longueur. Les stipules se détachent et tombent toutes de très bonne

heure.

Les boutons à fruits, ovales, obtus, velus au sommet, donnent ordinairement naissance à six fleurs chaque, qui sont larges de 18 lignes (4i millimètres), un peu concaves, portées sur des pédoncules menus et cotonneux; les pétales sont grands, arrondis , inégaux, plissés, creusés en cuiller avec un onglet très large et des nervures très saillantes en dessus ; les filets, un peu divergens et de moitié plus courts que les pétales, sont terminés par des anthères d’un rouge pale; au centre de la fleur se trouvent cinq styles nus, plus longs que les étamines.

Le fruit varie considérablement de forme , de grosseur et de couleur ; quelquefois il est turbiné ou imite une bergamotte; assez souvent il prend la forme dune calebasse, et acquiert 3 à 4 pouces (81 à 108 millimètres) de longueur. En plein vent et au soleil, il est d’un rouge assez foncé mais terne , marqué de beaucoup de points cendrés , qui se distinguent d’autant mieux que la poire est plus rouge; à l’ombre 9 sa couleur dominante est isabelle sur un fond jaune qui s’aperçoit de place en place. En outre, ces points et ces taches sont couverts d’une espèce de poussière cendrée qui obscurcit la vivacité des couleurs du fruit.

L’œil est ouvert, non fermé comme le dit Duhamel , légèrement enfoncé entre quelques

bosses peu élevées. La queue, plantée sur une pointe arrondie, est épaisse à ses deux extrémités, rougeâtre, assez grosse , et longue de 12 à 18 lignes (27 à 4i millimètres).

La peau est rude au toucher.

La chair est cassante, grossière, quelquefois un peu pierreuse.

L’eau est sucrée, parfumée et très agréable.

Cette poire mûrit en novembre, décembre et janvier. Sa chair ne m’a jamais semblé aussi fine que le dit Duhamel ; aussi la mange-t-on peu dans les hautes classes de la société, tandis quelle est la plus estimée pour faire le raisiné.

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Pyrus Caïeu loua. Poit. et Tnrp.

E Messire-Jean est à la tête des Poires cassantes, comme le Beurré est à la tête des Poires fondantes, avec cette différence que le mérite du Beurré est incontestable, tandis que le mérite du Messire-Jean est contesté par quelquesuns. Cela tient au goût, et mon intention n’est point d’argumenter sur les goûts , je ne veux ici que présenter l’état de la question.

D’abord Merlet dit qu’il y a trois Messire-Jean: le blanc, le doré et le gris; que le blanc est le plus hâtif, le plus tendre et le moins sucre, que le doré a le suc plus relevé et n’est pas aussi sujet à la pierre que le gris ; enfin que le gris est plus tardif , se garde plus long-temps , et que son eau est très sucrée et extraordinaire .

Quant au Messire-Jean blanc, Merlet l’attribue à une maladie de 1 arbre; aussfparmi ses successeurs , La Quintinye est le seul qui en parle; mais, continue Merlet , le Messire-Jean est un des meilleurs et des plus anciens fruits, quon ne peut avoir en trop grande quantité , se mangeant pendant tout l’automne, qui est le temps quon est le plus à la campagne. Voilà un assez bel éloge. Écoutons maintenant La Quintinye: les Poires cassantes, dit-il , en parlant du Messire-Jean, qui étaient autrefois en si grande vogue dans tous les jardins, sont bien éloignées de se voir aujourd’hui en faveur; on ne fait plus guère cas du Messire-Jean, et s’il paraît sur les bonnes tables, ce n’est pas pour n’en plus revenir. Aussi La Quintinye ne place-t-il le Messire-Jean qu’au dix-septieme rang , et ne le répète-t-il que six fois dans une plantation de six cents Poiriers.

Je suppose que La Quintinye a bien exprimé le goût de son temps, et j’ajoute que ce goût peut bien être encore le même aujourd’hui; mais je ne puis m’empecher de faire remarquer qu’un Messire-Jean, bien conditionné, a dans son eau et dans sa saveur des qualités de premier ordre que nulle autre Poire ne possède, et que ces qualités rachètent au centuple le léger défaut de sa chair cassante, si c’est un défaut, et des quelques pierres

qu’elle peut contenir.

Les auteurs qui ont succédé à La Quintinye ne parlant pas du goût de leur temps, je les passe sous silence.

Le Poirier de Messire-Jean donne de plus beaux et de meilleurs fruits en terrain un peu humide qu’en terrain sec, et se greffe sur franc et sur coignassier; il est dune petite

stature, touffu, dun aspect sombre, son feuillage n ayant pas le vert gai de celui de beaucoup d’autres Poiriers , et les yeux inférieurs de ses bourgeons se développant la plupart en dards divergens dans l’année de leur naissance.

Sa fleur, large de io lignes, a les pétales arrondis, onguiculés, et ses styles, un peu velus, ont la base entourée d’un petit cône tronqué qui s’élève du fond du calice.

Le fruit est quelquefois plus gros et plus arrondi que celui représenté dans la planche ci-jointe; mais sa peau est toujours rude, d’abord d’un vert grisâtre, ponctuée et maculée

de roux, et prenant ensuite une teinte jaune sale qui, favorisée par le soleil , a valu à ce fruit l’épithète de doré.

Sa chair est blanche, cassante, plus ou moins pierreuse autour des loges, et contient une eau abondante, sucree, d un goût relevé, délicieuse.

Cette Poire mûrit vers la mi-octobre et ne se conserve pas long-temps. Merlet s’est trompé en disant qu’on en mange pendant tout l’automne.

Le Messire-Jean elle Martin-sec sont les Poires les plus estimées pour faire le raisiné.

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Pyrus Moschata Regalis . Poit. et Tnrp.

ANT que l’école des arbres fruitiers du Jardin-des-Plantes a été assez considérable, c’est-à-dire, jusqu’en 1839, cette espèce y a été cultivée sous ce nom; mais il est aisé de voir qu elle n’est pas celle que Duhamel désignait par le nom de Muscat Royal. Elle ne va à aucune des descriptions ^ données Par ^es auteurs* Ses bourgeons, ses boutons, ses fleurs et ses feuilles, la Ÿ' rapprochent du poirier appelé suprême , tandis que ses fruits ont beaucoup d’analogie avec ceux du Blanquet à longue queue.

C est un arbre vigoureux, que 1 on doit greffer de préférence sur coignassier ; sa tige s’élève droit, et ses rameaux s’étendent horizontalement. Je les ai toujours vus se couvrir d’un grand nombre de fleurs au printemps; et dans l’été il leur succédait peu de fruits.

Les bourgeons sont gros et courts, d’un fauve rougeâtre, un peu géniculés.

Les feuilles sont grandes, bien étoffées, fermes, planes ou légèrement concaves, d’un vert tendre et quelquefois roussâtre, luisantes en dessus, un peu cotonneuses en dessous; parmi ces feuilles on en voit d’ovales, de cordiformes et d’oblongues. Le pétiole a deux petites glandes à la base.

Le bouton à fruit est gros, ventru, anguleux, terminé en pointe courte; ses écailles extérieures sont velues en dehors sur l’arête dorsale seulement, ce qui offre un caractère assez particulier.

Il sort de ce bouton six ou huit fleurs presque aussi grandes que celles de l’Epargne, mais beaucoup moins chiffonnées, assez ouvertes, et dont les styles sont beaucoup plus longs que les étamines.

Le fruit varie très peu en grosseur, et nullement dans sa forme, qui est celle d’une perle; les plus gros nont que 5 centimètres (2 pouces) de hauteur, et 45 millimètres (20 lignes) de diamètre a 1 endroit le plus renflé; l’oeil est tout-à-fait saillant et contient beaucoup d’étamines desséchées.

La peau, d abord du vert tendre et couverte d’une légère poudre blanche, passe

ensuite au jaune faible; mais on remarque alors sur ce jaune beaucoup de petits points verts.

La chair est demi-fondante, assez blanche, un peu pierreuse.

L’eau est abondante, sucrée et musquée.

Les pépins sont petits, bruns, souvent avortés.

La maturité de cette poire arrive vers la fin de juillet. Elle a plus de saveur que le Petit Muscat et que les Blanquets.

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