POIRE D’ABONDANCE
Pyrus ferax. Poit. et Turp.
APRÈS la tradition , une personne saisie d’admiration à la vue de cet arbre chargé d’une prodigieuse quantité de fruits, s’étant écriée: Ah mon Dieu! on l’a aussitôt désigné par cette exclamation. Mais plusieurs amateurs éclairés frappés de l’inconvenance d’une exclamation dans la nomenclature des fruits ont proposé de nommer ce fruit Poire d’ abondance , qui exprime parfaitement la grande fertilité de l’espèce.
D’après Duhamel, la Poire d’amour s’appellerait aussi Ah mon Dieu dans quelques provinces, non à cause de sa quantité, mais à cause de sa grosseur qui est vraiment extraordinaire.
L’arbre qui produit la Poire d’abondance est de moyenne grandeur, assez droit; ses rameaux se soutiennent bien dans leur jeunesse, mais ils deviennent inclinés ou pendans par le poids du fruit dont ils sont abondamment chargés tous les ans.
Les bourgeons suivent la direction verticale; ils sont anguleux, d’un brun roux, un peu poudreux, marqués de points allongés d’un blanc gris, les boutons à bois sont appliqués contre le bourgeon.
Les feuilles sont ovales-oblongues , terminées en pointe , un peu creusées en gouttière, à peine denticulées, d’un vert gai et luisant en dessus, longues de 2 à 3 pouces (6 à 9 centimètres), portées par des pétioles menus aussi longs quelles et munis à la base de deux stipules filiformes ou de deux petites glandes.
Les boutons à fruit sont gros, coniques, allongés; chacun d’eux donne naissance à six ou huit fleurs pédonculées , de moyenne grandeur, qui ne s’épanouissent pas entièrement, mais à-peu-près à moitié fermées comme celle de la Madeleine et de l’Epargne; elles ont le pédoncule cotonneux, long d’un pouce ( 3 centimètres); les pétales ovales, onguiculés, ordinairement plissés et ondulés , surtout à la base, non concaves quoiqu’ils ne s’ouvrent guère; les étamines sont sur deux rangs, d’abord droites, ensuite un peu divergentes, inégales, et les styles sont plus longs que les étamines.
Le fruit est de moyenne grosseur, ventru, un peu allongé du côté de la queue qui a 12 à 1 5 lignes (3 à 4- centimètres) de longueur, charnue au sommet et plantée à fleur de
fruit entre quelques légers bourrelets. L’œil est saillant, entouré de petites bosses, et conserve dans son intérieur la base des filets des étamines qui sont devenus très rouges.
La peau est lisse, passe du vert au jaune citron du côté de l’ombre dans la maturité, lavée de rougeâtre et marquée de gros points d’un rouge plus foncé du côté du soleil.
La chair est blanche , demi cassante , peu fine et sujette à mollir.
Son eau est assez abondante, sucrée, un peu parfumée dans les terrains secs.
Ce fruit mûrit au commencement de septembre. Il n’est pas recherché pour les tables splendides , mais la petite fortune s’en accommode trè3 bien , surtout à cause de son abondance.
POIRE D AGOBERT.
Pyrus maculosa. Poil, et Turp.
N conçoit facilement que la nomenclature des fruits doit être fort arbitraire et peu sûre, puisqu’elle s’établit sans contrôle, souvent par des hommes qui n’ont jamais su qu’il a existé un La Quintinye, un Duhamel. Si le fruit qui se présente à eux n’est pas du petit nombre de ceux qu’ils connaissent, ils ne s informent pas s’il est ou n’est pas décrit dans tel ou tel auteur, ils lui donnent un nom nouveau qui est accepté de confiance par les confrères, ce qui embrouille la nomenclature, et met à la torture ceux qui n acceptent rien de confiance et ne se décident à adopter un nom que quand il cadre avec la description des auteurs classiques. Ainsi, Merlet, qui est à-peu-près le plus ancien des auteurs auxquels nous pouvons avoir Confiance, dit que « la poire d’Agobert est assez grosse, longue et rouge, qui n’est bonne que cuite, mais des meilleures.» Le seul mot longue est suffisant pour prouver que la poire à laquelle l’usage a depuis long-temps donné le nom de d’Agobert , n’est pas celle que Merlet nommait ainsi.
Duhamel décrit brièvement un fruit sous le nom de poire Gobert qui a bien à-peu-près la forme et la grosseur de celle quon vend aujourd’hui sous le nom de poire d’Agobert ; mais Duhamel disant quelle a lœil peu enfoncé et qu’elle se garde jusqu’en juin, nous voyons quelle est à cent lieues de la poire d’Agobert d’aujourd’hui. Pour retrouver actuellement la poire d Agobert de Merlet et la poire Gobert de Duhamel, il faudrait se livrer à des recherches que ne comporte pas la nature de cet ouvrage.
Le poirier d Agobert, d’aujourd’hui, est un arbre fort et vigoureux , droit, bien fait, qui se met aisément à fruit.
Les feuilles sont grandes, ovales ou oblongues , épaisses , raides, d’un vert foncé en dessus; celles des bourgeons sont bordées de dents plus grandes que celles des bourses.
Un seul bouton à fruit donne naissance à dix ou douze fleurs portées sur de gros pédoncules cotonneux, longs de \(\ a 18 millimétrés. Elles sont petites, peu ouvertes, et les cinq styles sont velus à la base.
Le fruit est gros, ovale-arrondi et très constant dans sa forme; il a 8 1 millimètres de hauteur et autant dans son plus grand diamètre transversal. La queue est grosse, longue de 3 centimètres, rougeâtre, plantée dans un petit enfoncement. Du côté opposé se trouve une ca-
vite évasée plus large et plus profonde que dans aucune autre poire, et au fond de laquelle l’œil est placé.
La peau est un peu rude au toucher , d’un jaune doré dans la maturité , couverte de taches et de points roussâtres, et quelquefois lavée de rouge plus ou moins vif du côté du soleil.
La chair est blanche demi cassante, grossière , laissant dans la bouche une grande quantité de marc.
L’eau est abondante, douce, assez agréable.
Les pépins sont de médiocre grosseur , très gonflés , pointus à la base et de couleur marron.
Cette belle, mais très médiocre poire, mûrit en octobre, novembre et décembre. La grossièreté de sa chair la fait reléguer parmi les poires à cuire, malgré la bonté de son eau.