‹ Pomologie française (volume 3)Chapitre 77 sur 100 · POIRE D’AMOUR · texte numérisé non relu

POIRE D’AMOUR

Pyrus maxima. Poit. et Turp.

E ne chercherai pas à justifier la justesse de ce nom, mais je dois constater qu’il a été employé par Merlet comme synonyme de Poire de Trésor. Le peu de mots qu’il dit des caractères de la Poire ne suffit pas pour la faire reconnaître parfaitement. La Quintinye a cité la Poire d’Amour, mais ne l’a pas décrite, et il ne lui a adjoint aucun synonyme. Vint ensuite Duhamel qui, ayant adopté l’opinion de Merlet, a donné les noms Trésor et Amour comme synonymes , et fait une bonne description de la Poire à laquelle d applique ces deux noms. Enfin arrive Le Berriays qui dit que c’était à tort que l’on rapportait ces deux noms à une seule Poire, et pour le prouver il décrit fort clairement une Poire d’Amour , et non moins clairement une Poire de Trésor très différente de la première.

Les choses en étaient là quand le magnifique traite des arbres fruitiers de MM. Poiteau et Turpin a paru. On y a suivi la manière de voir de Le Berriays, et c’est dans ce grand ouvrage que la Poire d’Amoura été figurée pour la première fois.

Malgré les bonnes descriptions de Duhamel et de Le Berriays, malgré la description non moins bonne et la figure du traité ci-dessus désigné, en 1 828 , un pépiniériste , peu au courant de la nomenclature des fruits ,a répandu dans le commerce la Poire d’Amour sous le nouveau nom de Poire d’Horticulture, en l’annonçant, par erreur sans doute, comme un fruit nouveau qu’il venait d’obtenir d’un semis dans son établissement.

A l’inspection de la figure ci-jointe , on voit que la Poire d’Amour est un fruit extraordinaire pour sa grosseur, très curieux , et très facile à distinguer de toutes les autres Poires. L’arbre qui la porte appartient au groupe des Bons-Chrétiens par tous ses caractères extérieurs, surtout par ses bourgeons cendrés, fortement gémculés, anguleux, et paraissant même quelquefois comme ridés. Il est fort, vigoureux , et doit être greffé sur franc ; son feuillage est petit en raison de sa force ; ses boutons à fruit sont très gros, et ils donnent naissance à des fleurs qui atteignent jusqu’à vingt lignes de diamètre.

Le fruit figuré ci-contre , est un des plus gros que nous ayons obtenus ; il a six pouces de hauteur sur quatre pouces de diamètre à l’endroit le plus renflé; on le rencontre communément, moins haut avec un ventre moins proéminent; toujours sa périphérie est bosselée, cannelée, tantôt simplement piquetée de gros points

roux, et tantôt tavelée en couleur brune ou fauve. En mûrissant la peau passe au jaune.

La chair est blanche, tendre, cassante, exempte de pierres, et presque fondante lorsqu’elle est bien mûre.

Son eau est abondante , douce et sucrée.

La maturité de ce beau fruit commence en novembre et finit a la fin de janvier ; cependant Duhamel dit qu il commence a mûrir en décembre et qu’on en conserve jusqu’en mars. Ce n est pas une Poire fine, a la vérité, et les personnes très difficiles ne la mangent pas crue, mais tout le monde la trouve excellente cuite d’une manière ou d’une autre.

La Poire d Amour est rare, parce que les fleurs de son arbre, quoique toujours assez abondantes, sont souvent détruites par les intempéries du printemps quand l’arbre, soit en quenouille, soit en buisson, n’est pas abrité; il faut sous le climat de Paris, le planter en espalier le long d’un mur pour en obtenir des fruits avec certitude.

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