POIRE RO\ ILE D’HIV ER
Pyrus regalis. Poit. et Turp.
SSURÉMENT cette Poire ne manque pas de mérite, mais en possède-t-elle assez pour soutenir dignement la lourde responsabilité attachée à l’adjectif royale y par lequel on a voulu la mettre au-dessus de ses congénères ? Je ne le pense pas. La flatterie ou l’intérêt aura , selon l’usage , trouvé son compte à mentir tant soit peu, et la vérification , arrivant toujours trop tard pour remédier aux choses établies à tort et à travers , aura mieux aimé garder le silence que de s’exposer aux conséquences d’un procès où mille intérêts divers auraient plaidé contre le bon sens et contre la logique. Dans l’état actuel de la Pomologie, si une Poire mérite le titre de Royale c’est certainement le Beurré , Poire divine , dont l’origine est on ne sait de combien plus ancienne que limprimerie, et qui, dès sa naissance, à laquelle ont présidé sans doute toutes les fées bienveillantes, s’est montrée avec des qualités inconnues jusqu’alors, et que depuis nulle autre n’a complètement atteintes. A propos de qualités (dans les fruits s’entend) , je dois consigner ici l’opinion courante de quelques Pomologues célèbres concernant la durée du mérite des fruits.
Selon ces Pomologues, beaucoup de fruits de nos jardins étaient autrefois meilleurs qu’aujourd’hui. D’autres disent la même chose de tout ce qui est sublunaire, et d’autres disent le contraire, tant il est vrai que <tAd disputandam hominibus terrain dédit De ns. » Quant à moi, je m’en tiens aux fruits et dis : Les bons fruits de nos jardins n’étant pas des espèces naturelles, mais bien le produit du hasard, d’une cause accidentelle, de l’industrie de l’homme, ne doivent pas avoir , en effet, une vie aussi tenace, aussi invariable et aussi prolongée que celles des espèces sorties immédiatement des mains de la nature ; ils doivent se détériorer plus vite : mais qui peut mesurer la marche de cette détérioration dans le goût et la saveur des fruits? Qui peut même décrire avec précision le goût et la saveur? Qui peut transmettre avec une précision mathématique les sensations qu’il éprouve en dégustant un fruit? Et quand même il le pourrait, pourrait-il faire que ceux qui viendront un siècle, deux siècles après lui, sentissent absolument comme lui? Quand le goût ou le besoin de l’observation et de la comparaison vient à l’homme , il a déjà parcouru la moitié ou les trois quarts de sa carrière ; les plus heureux n’ont jamais pu suivre une observation de cette nature plus de a5 ans; or il est évident qu’en un aussi court espace, ils n ont pu constater aucune différence survenue dans un fruit , puisque plusieurs siècles n en
apportent pas d’appréciable par le langage ni par le calcul. Ainsi, quand un Pomologue dit que nos fruits sont détériorés, il ne faut pas plus prendre ses paroles à la lettre que celles de celui qui dit: le, monde finira ; tous deux sont dans la probabilité, mais voilà tout .... Non ce n’est pas tout , j’ai encore quelques mots à dire.
Le Poirier royal d’hiver est un arbre très vigoureux qu’il faut greffer sur franc plutôt que sur coignassier : on le dirige en quenouille ou en espalier; mais il n’est pas très docile sous la main du jaidmier, et il faut de lart pour le soumettre a une belle forme artificielle. Il a meme laii un peu sauvage en ce que plusieurs des yeux de ses jeunes rameaux se développent et s allongent end autres rameaux des la première année de leur naissance. Ses
feuilles, de petites dimensions en raison de sa vigueur, sont remarquables en ce qu’elles sont du petit nombre de celles qui prennent une couleur de lie de vin dans l’automne. Sa fleur n’offre rien d’extraordinaire.
Quant au fruit, il est toujours gros, ainsi que le représente la figure ci-jointe, mais il varie un peu dans sa forme et surtout dans sa couleur qui , en espalier , peut devenir d’un beau rouge du côté frappé par le soleil; alors il est plus beau, ce qui, joint à sa grosseur, a pu lui valoir le titre de royal qu’il porte. L’échantillon dessiné ci-contre ayant été cueilli sur une quenouille en plein vent , n’avait pas le fard que Duhamel et d’autres auteurs lui attribuent comme constant.
Sa chair est d’un blanc jaunâtre , demi fondante, quoique assez pierreuse dans toutes ses parties. Duhamel l’a trouvée demi beurrée et sans pierres: probablement que la nature du terrain a déterminé ces différences avantageuses.
If eau est abondante, agréable et très sucrée.
Cette Poire mûrit de novembre en février. Elle est bonne crue et cuite. Duhamel fait observer quelle est meilleure en plein vent qu’en espalier, et que plusieurs personnes la confondent avec le Muscat Lalleman , qui en diffère principalement en ce que sa chair est musquée.
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ELON Merlet, écrivain du dix-septième siècle, le poirier dont il est ici question aurait été trouvé à letat sauvage sur le bord de la petite rivière de la Fare, dans la paroisse de Saint-Germain, près le Lude, mais cet auteur ne dit pas en quelle année. La Quintinye, contemporain de Merlet , parle des Poires Crassane , Saint-Germain et Marquise comme de trois Poires nouvelles (instruction pour les jardins. Vol. i, pag. 3o8) , de sorte qu’on pourrait fixer leur origine au seizième siècle. Quant au Saint-Germain, Merlet nous apprend que de son temps quelques-uns le nommaient Inconnue la Fare , tandis que d’autres soutenaient que ce dernier nom désignait une Poire différente, opinion que Merlet n’était pas éloigné de partager.
Aujourd’hui et depuis long-temps, le nom Inconnue la Fare n’est plus qu’un synonyme de Saint-Germain ; mais on reconnaît que le Saint-Germain n’est pas toujours le même partout , ou qu’il varie selon la terre, le lieu et l’exposition. Nous en connaissons une variété à fruit très gros, très beau, qui n’a jamais aucune saveur et que l’on devrait expulser des jardins , tandis que la bonne variété ne peut pas être trop multipliée.
Le Poirier Saint-Germain est un des plus beaux arbres fruitiers par son port pyramidal et sa vigoureuse végétation ; il fructifie abondamment et résiste l’un des mieux aux intempéries des saisons. On le greffe avec un égal succès sur franc et sur coignassier, et, entre des mains habiles, il produit le plus bel espalier contre un mur et la plus belle quenouille en plein vent. Il est tellement caractérisé qu’on le reconnaît facilement entre cent autres Poiriers, d’abord, par ses jeunes rameaux qui forment un angle très aigu avec la tige, lesquels sont très lisses et géniculés d’une certaine manière, ensuite par ses feuilles qui sont étroites, d’un beau vert luisant, arquées en arrière, un peu creusées en gouttière, longues de trois à quatre pouces, et portées sur un pétiole blanchâtre.
Les fleurs, toujours nombreuses, n’offrent pas de caractère saillant dans leur structure.
Le fruit n’a de rapport dans sa forme et dans sa couleur qu’avec la Virgouleuse et la Louise-Bonne ; il est de bonne grosseur , allongé , ventru , ayant la forme
normale, appelée Poire , pendue à une queue toujours courbe ; sa peau constamment verte sur l’arbre et ne jaunissant qu’au fruitier, est piquetée de points gris roussâtres et souvent tachée ou marbrée de cette même couleur. Quant à la périphérie, elle est souvent inégale ou bosselée.
La chair est blanche, très beurrée, fondante sans être très fine, assaisonnée d’une eau très abondante, excellente lorsqu’elle na que 1 acide nécessaire pour faire valoir le parfum qui lui est particulier.
La maturité commence en novembre et se prolonge jusqu en avril. Jamais ce fruit ne mollit , mais dans l’arrière-saison il perd de sa qualité comme plusieurs auti es.
Quand un Saint-Germain est parfait, c’est certainement un excellent fruit, et sa très longue garde ajoute encore à son mérite. Il partage seul avec le Bon-Chrétien d’hiver la gloire de paraître en nature cinq ou six mois sur les tables somptueuses, et on le prépare de différentes manières dans les offices; mais 1 arbre est difficile sur le terrain. Dans les lieux secs et arides, dans la terre qui ne fournit pas assez de sucs à sa végétation, cette Poire reste petite, devient pierreuse, se tache, et les endroits tachés sont amers. Il lui faut une bonne terre substantielle , plus humide que sèche, et malgré cela le caractère de ce fruit, qui est d avoir une forte couche granuleuse sous la peau et des pierres autour des loges, ne disparaît jamais entièrement; mais ce petit défaut est bien racheté par ses autres qualités; aussi plante-t-on toujours plus de Saint-Germains dans un jardin bien administré que de toute autre sorte de Poires.
POIRE SAINT-LÉZAIN.
Pyrus lezania. Poiî. et Turp.
UTREFOIS on écrivait Saint-Lézin, aujourd’hui on écrit Saint-Lézain : je ne sais si c’est la mode ou la raison qui a prévalu. Bien plus, il y a quelques années qu’on nous a donné comme nouveauté une Poire sous le nom de Monsieur le Curé , ou tout uniment Curé. Après avoir examiné sa forme , sa grosseur et l’avoir dégustée, j’ai reconnu qu’elle n’était autre chose que notre ancien Saint-Lézain ; ensuite on a encore introduit dans nos cultures une Poire Belle de Berry. Vérification faite de cette dernière, elle s’est trouvée être aussi notre vieux Saint-Lézain. Ces deux nouveaux noms n’en restent pas moins dans la nomenclature marchande, ce qui, avec beaucoup d’autres doubles ou triples emplois, ne laisse pas que d’apporter de la confusion dans la connaissance des fruits.
Le poirier Saint-Lézain est un des plus forts et des plus vigoureux poiriers que nous connaissions ; il surpasse en grandeur le Catillac auquel il ressemble beaucoup par l’aspect et la grandeur de ses feuilles. Sa tige s’élève verticalement, mais ses rameaux sont un peu lâches et diffus.
Les bourgeons sont forts, lisses et géniculés, cendrés à la base, ordinairement rougeâtres et anguleux au sommet, marqués de gros points gris assez nombreux; les yeux, très petits en comparaison de toutes les parties de l’arbre , sont obtus, comprimés, comme écrasés entre le pétiole et le bourgeon.
Les feuilles sont généralement fort grandes, d’un beau vert luisant; celles du bas des bourgeons sont arrondies , longues et larges de 4 pouces ( 1 2 centimètres) ; les supérieures sont ovales, acuminées, moins grandes que les inférieures; elles ont le pétiole gros, long de 1 à 2 pouces ( 3 à 6 centimètres), aplati en dessus, muni de pointes noires ainsi que la nervure principale.
Le bouton à fruit est gros , ovale , obtus, irrégulier, d’un beau roux et dont les écailles sont ordinairement fendues au sommet.
Chaque bouton donne naissance à six fleurs portées sur de gros pédoncules cotonneux, longs d’un pouce (3 centimètres). Elles sont assez ouvertes , larges de 20 à 25 lignes ( 4 a 5 centimètres), ayant les divisions du calice roulés en dessous , et d’une couleur rousse
en dessus; les pétales sont grands, ovales, concaves, et les étamines divergentes; les styles sont nus, à peine plus hauts que les étamines.
Le fruit est constamment fort gros, fort allongé, mais très variable dans sa forme; il y en a qui s’allongent en pyramide renversée, d’autres qui restent obtus du côté de la queue , comme celui représenté ici.
La peau est d’un vert jaunâtre ou blanchâtre au temps 'de la maturité, tiquetée de beaucoup de points bruns; quelquefois la partie qui tient à la queue est entièrement brune.
La chair est tendre et se blettit très promptement ; elles a des pierres autour des loges.
L’eau est légèrement sucrée et peu abondante.
Les pépins avortent la plupart; ceux qui persistent sont maigres et longs de 4 À 5 lignes (io millimètres).
Cette Poire, que Duhamel n’a pas jugé à propos de décrire, mûrit en novembre et se conserve à peine jusqu’à la fin de décembre. Elle devient pâteuse en très peu de temps et sans saveur. Sa beauté est son principal mérite.
Il est probable que le Saint-Lézin de Merlet n’est pas notre Poire, car il la fait manger en mars et avril; d’ailleurs le peu de qualité qu’il donne à sa Poire, la difficulté de la conserver, conviennent parfaitement à la nôtre.