‹ Pomologie françaiseChapitre 10 sur 122 · DE LA PLANTATION DES ARBRES FRUITIERS · texte numérisé non relu

DE LA PLANTATION DES ARBRES FRUITIERS

ARTICLE PREMIER. — Préparation du terrain.

Lorsqu'on se dispose à planter, on se trouve nécessairement dans l’un des quatre cas suivans : 1° ou l’on veut remplacer des arbres morts ou usés; 2° ou l’on veut planter un terrain neuf; 3° ou la terre est bonne ; 4° ou enfin elle est mauvaise.

Premier cas. Pour peu qu'un arbre ait vécu dans un endroit, il faut absolument en renouveler la terre, si on veut lui donner un successeur de la même espèce ou du même genre : ce renouvellement n’est pas autant de rigueur quand le remplaçant est d’un genre très différent de l’autre; il suffit alors d’une partie de terre neuve mêlée à l’ancienne. Mais s’il s’agit de mettre un poirier à la place d’un poirier , on doit creuser la place jusqu'à r mètre 30 centimètres de profondeur sur 2 mètres de largeur, et remplir le trou avec une terre neuve appropriée à l'espèce d'arbre. Il vaudrait encore mieux, si, par exemple, on voulait replanter un espalier ou la plate-bande d’un carré de potager, ouvrir une tranchée tout du long, de même profondeur et largeur que le trou dont nous venons de parler, en jeter la terre dehors, le dessus d’un côté et celle du fond de l’autre ; faire cette tranchée l'automne, afin que l’hiver en mürisse bien le fond; au printemps, mêler un tiers de terre neuve avec la meilleure de la tranchée, et la remplir avec ce mélange. Il suffira ensuite de faire des petits trous de 65 centimètres carrés, dans lesquels on mettra suffisamment de terre neuve et bien meuble, pour asseoir et entourer les racines des arbres.

Deuxième et troisième cas. Si lon voulait planter où il n’y avait pas d’arbre, du moins depuis long-temps , des trous de 1 mètre carré suffiraient dans une terre ordinaire. En remplissant les trous, on mettrait la terre de dessus dans le fond pour asseoir les racines, et on en conserverait un peu pour les recouvrir; celle du fond servirait à combler le trou. |

Quatrième cas. Si cependant, à 4o ou 48 centimètres de profondeur, on trouvait le tuf, il ne faudrait pas pour cela faire le trou plus profond, mais il conviendrait de le faire beaucoup plus large et recouvrir ce tuf par de la bonne terre. Il vaudrait même mieux ne donner que 30 centimètres de profondeur au trou et 2 métres ou 2 mètres 60 centimètres de largeur , que de lui en donner 1 mètre 30 centimètres en tous sens; car, dans le dernier cas, les racines se trouveraient comme encaissées, et quand elles auraient consommé leur nourriture, elles ne pourraient pas en aller chercher d’autre; tandis que dans un trou peu profond, maïs très large, elles peuvent s’étendre beaucoup, en sortir même et glisser près de la superficie du sol, où la terre est ordinairement la meilleure. *

Si, au lieu de tuf, on trouvait de la glaise, il faudrait bien se garder de l'entamer, car l'eau séjournerait dans le trou et pourrirait les racines de l’arbre en peu de temps : il faut au contraire couvrir cette glaise de 20 à 27 centim. de bonne terre , sur laquelle on asseyera les racines; et si l’arbre ne paraissait pas assez enterré, on le butterait, et on recouvrirait la butte de gazon renversé. C'est également ainsi qu’il faut planter un terrain dans lequel on trouve l’eau à moins de 65 centim. de

profondeur.

ARTICLE HE. — Choix des arbres et manière de les lever de la pépinière.

Tous les arbres d’une pépinière ne poussent pas également bien; il y a des vices et des qualités individuels que le pépiniériste peut rarement modifier, et dont la cause nous est le plus souvent inconnue. Il faut donc nécessairement choisir parmi les arbres d’un méme âge, de même espèce, et greffés sur le même sujet : on doit préférer ceux qui sont les plus vigoureux, les mieux faits et qui ont l’écorce la plus lisse. Tout arbre naïn qui n’est pas assez fort pour être mis en place au bout d’un an de greffe, est à dédaigner ; et celui qui, greffé près de terre, a mis plus de quatre ans pour former sa tige et sa tête, n’est pas d’une belle venue , il faut le rejeter. Les arbres greffés en tête peuvent, ainsi que les nains, être mis en place après leur première pousse. Les quenouilles doivent être bien garnies de branches de bas en haut, et avoir de trois à cinq ans de greffe.

Lorsque, après avoir bien choisi et marqué ses arbres dans la pépinière, on veut les lever, il faut Ôter la terre qui recouvre leurs racines, non avec une bêche ni avec aucun autre outil tranchant, mais avec une sorte de houe à deux ou trois branches, afin de ne rien couper. Quand toutes les principales racines seront bien dégagées et mises à nu jusque vers leur extrémité, l'arbre s’enlévera aisément en le tirant un peu obliquement de différens côtés. Si pendant la levée il n’y a ni gelée ni hâle, les arbres peuvent rester quelques heures sur terre, sans que leurs racines en souffrent; mais dans le cas contraire, ou il faut les mettre de suite en jauge, ou les emballer dans de la longue paille, après avoir entouré leurs racines de mousse, s'ils doivent être envoyés à plusieurs journées de distance.

ARTICLE HE. —— De la distance entre les arbres.

La distance qu'on doit mettre entre chaque arbre est subordonnée: 1° aux vues de celui qui plante; 2° à la nature des arbres; 3° à la forme qu'on veut leur donner; et 4° enfin, à la qualité du terrain. Celui qui plante veut jouir le plus tôt possible, et il a raison; en conséquence il plante très près. Mais au bout de trois ou quatre années d’espérance, il commence à s’apercevoir que ces arbres se nuisent mutuellement, et que bientôt ils cesseront de lui promettre les longues jouissances qu'il s’était flatté d’en obtenir. Pour éviter ce désagrément, nous ne dirons pas comme plusieurs auteurs, plantez loin; nous dirons au contraire plantez près pour jouir promptement ; et pour jouir longtemps, plantez de façon à ce que vous puissiez supprimer successivement une partie de vos arbres sans nuire à l’ordre et à la symétrie que vous vous êtes proposée. Si, par exemple, vous vouliez planter un espalier de pêchers, et que vous disiez, ce qui est bien vrai, un beau pêcher porte ordinairement 10 ou 12 mètres d'envergure, donc il faut laisser une distance de 10 ou 12 mètres entre chaque arbre, vous raisonneriez fort mal, manqueriez de goût et n’entendriez pas vos intérêts. Vous devez mettre trois arbres dans cet espace, à condition, toutefois, de supprimer celui du milieu ou les deux latéraux, quand la place deviendra trop étroite.

= Des poiriers et pommiers bien venans, âgés de vingt ans, se trouvent très bien espacés à 12 mètres les uns des autres, dans un bon verger. Faudrait-il, quand vous plantez des arbres à peine plus gros que le pouce, que vous les missiez à 12 mètres les uns des autres’ Non; meltez-en au contraire trois dans cet espace, avec la ferme résolution d’en supprimer les deux tiers dans le courant de douze à quinze ans, et vous aurez planté pour vous et pour vos neveux.

Nous nous abstiendrons donc de déterminer la distance qu'il faut mettre entre les arbres, tant en plein vent qu’en espalier, puisque cette distance ne peut être subordonnée qu'aux vues du planteur, à la nature des arbres et à la qualité du terrain. Nous dirons seulement que, quand on plante un espalier, il faut éloigner le pied de Parbre de 18 à 20 centim. du pied du mur, en inclinant le haut de l'arbre vers ce mur.

ARTICLE IV. — De la saison et de la manitre de transplanter les arbres.

La saison de planter les arbres est depuis la chute des feuilles jusqu’à leur renouvellement, c'est-àdire depuis environ la fin d'octobre jusqu’en mars. À moins que la terre ne soit extraordinairemen t humide et froide, il est toujours plus avantageux de planter en automne que vers le printemps: et, dans tous les cas, il est toujours bon que les trous aient été faits long-temps d'avance. Peu de temps avant de planter, on remplit en partie les trous avec la meilleure terre, de façon qu’ils n’aient plus que 30 ou 38 centimètres de profondeur. On habille seulement les racines si c’est un arbre nain, et la tête et les racines si c’est un arbre tige; un homme le place au milieu du trou à la hauteur convenable et dans une direction verticale; tandis qu’il le maintient dans cette position, un autre jette doucement de la terre très meuble sur et entre les racines; en même temps, celui qui tient l'arbre le secoue légèrement avec précipitation, de bas en haut, pour que la terre s’insinue avec plus de facilité entre les racines lés plus menues : quand toutes sont couvertes, on plombe la terre en l’appuyant avec le pied pour donner de la solidité à l'arbre, ou, ce qui vaut encore mieux, on jette dessus, avec un arrosoir à pomme , un sceau d’eau; cela fait entrer plus efficacement la terre dans les interstices des racines , et on attend vingt-quatre ou quarante-huit heures pour achever de combler le trou, de crainte que la terre humide ne se durcisse en mortier.

Si on plante le long d’un mur, on conçoit bien qu’il faut mettre le pied de l’arbreà 18 ou 20 centim. du mur, diriger autant que possible les racines du côté opposé au mur, et tourner au contraire du côté du mur les plaies et les défauts de la tige. Si c'estun nain que l’on plante, il faut, au printemps, lui rabattre la tige à environ 16 centim. au-dessus de la greffe, pour lui donner de la vigueur et les moyens de se ramifier le plus bas possible. 11 ne manque pas de pousser ordinairement plusieurs branches, que l’on dirige selon la forme que l’on destine à l’arbre.

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