‹ Pomologie françaiseChapitre 12 sur 122 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

DES DIFFÉRENTES FORMES QUE L’ON DONNE AUX ARBRES PAR LE MOYEN DE LA TAILLE.

On donnait autrefois aux arbres fruitiers des formes singulières ou fantastiques, qu'on ne voit plus aujourd’hui. Cependant on en imagine encore d’autres plus ou moins ingénieuses, tantôt pour occuper un espace donné, tantôt pour essayer ou montrer la docilité d’un arbre, ou mettre en évidence l'adresse de la maïn qui le conduit. A. Thouin décrit, dans son Cours de culture, une vingtaine de formes que l’on donne ou que l’on peut donner aux arbres fruitiers, et il en est plusieurs qu’il blâme avec raison. Notré opinion étant que la meilleure forme est celle qui fait que l'arbre remplit le mieux la place qu’elle occupe, nous ne relaterons ici que neuf des formes que ce savant professeur a indiquées dans son ouvrage.

1° Taille en quenouille. Elle remplace actuellement, dans les jardins fruitiers et potagers bien tenus, les vases on gobelets, que l’on rencontre encore dans quelques vieux jardins. Nous ne la

décrirons pas, parce que tout le monde la connaît; mais nous dirons que bien des jardiniers forment mal les quenouilles, en leur laissant une confusion de branches, qui empêche l’air et la lumière de pénétrer dans leur intérieur; ce qui nuit à la production du fruit, à sa qualité et à sa beauté.

La quenouille est une forme à laquelle peu d’arbres se prétent parfaitement; certaines variétés de poiriers y ont fort bonne grâce, d’autres ne s’y assujettissent qu'avec difficulté. Le pommier offre encore moins de variétés que le poirier propres à faire une belle quenouille; le prunier en a très peu, et l’abricotier pas du tout. Cependant on fait des quenouilles de tous ces arbres; mais très peu ont la régularité et la symétrie que les règles prescrivent pour cette forme.

La différence futile par laquelle on veut distinguer la pyramide de la quenouille, ne vaut pas la peine qu’on s’en occupe.

20 Taille en buisson. Celle-ci ne s'applique qu'aux pommiers greffés sur paradis. Elle consiste à former ces petits arbres en buisson arrondi, vide ou un peu évasé au centre, afin que l'air et la lumière puissent y circuler. On plante ordinairement ces buissons, alternativement avec les quenouilles, dans les plates-bandes des jardins potagers, et on en fait aussi des massifs sous le nom de Normandie : ce sont eux qui produisent les plus grosses pommes.

3 Taille en éventail. Le nom de cette sorte de taille indique assez la forme de l'arbre qui y est soumis. On l’emploie aux arbres en espalier et en contre-espalier, auxquels on donne deux surfaces planes, et dont les branches conservées se dirigent à droite et à gauche, comme les rayons d’un éventail. Pour former un éventail plein, on rabat la greffe d’un jeune arbre à 16 ou 20 centim. de longueur, et parmi les pousses nouvelles qui en proviennent, on n’en conserve que trois ou cinq, les plus belles et les mieux placées, que l’on palisse en divergeant, et qui se ramifient ensuite pour remplir les vides à mesure qu’elles s’éloignent du centre. Le cerisier, le prunier, le poirier et le pommier, se soumettent facilement à cette forme ; l’abricotier y va mal, et le pêcher s’y refuse bien vite, quoiqu'il se laisse conduire docilement sous d’autres formes moins naturelles. La taille en éventail est la plus ancienne; celles qui suivent n’en sont que des modifications.

4 Taille à la Montreuil (PL. TE, fig. 4). Celle-ci tire son nom d’une commune près Paris, où elle est depuis long-temps la plus généralement employée dans la conduite des pêchers, dont les fruits font la richesse de ce pays. Elle diffère de la précédente, en ce qu’au lieu d’établir l'arbre d’abord sur trois où cinq branches, on l’établit sur deux, qui prennent le nom de membres, et sur lesquels membres on sait faire développer, en dessus et en dessous, et aux distances convenables, des branches secondaires et tertiaires pour remplir tous les vides. Le comble de l’art, dans cette taille, est de savoir faire allonger les branches inférieures autant que les supérieures, et de modérer la vigueur de celles-ci, au point qu’elles emplissent le centre de l’arbre sans confusion, et ne consomment pas la sève nécessaire aux branches inférieures moins favorablement placées. Enfin, il faut que le jardinier fasse ses efforts pour obtenir un carré plein, sans quoi le but de cette taille n’est pas atteint.

5° Taille Le Berriays ou carrée. La reconnaissance nous porte à donner ce nom à une forme qui se trouve gravée dans le Traité des jardins, ou le nouveau De La Quintinye, par Le Berriays; troisième édition, 1789, vol. r, table XI, parce qu’elle nous semble supérieure à toutes les formes connues pour former des surfaces carrées, bien pleines, en espalier , avec peu de peine. Par un singulier hasard, vingt-cinq ans après, M. Malot, fils, cultivateur de pêchers à Montreuil, sans avoir jamais lu Le Berriays ni aucun auteur, peu satisfait de la forme un peu routinière que l’on donne invariablement au pêcher à Montreuil, en a imaginé une qu’il a appliquée à un long espalier nouvellement planté, et cette forme se trouve être absolument la même que celle de Le Berriays. Les arbres de M. Malot avaient douze ans de plantation, quand la Société royale d’horticulture de Paris a nommé une commission pour aller les visiter, et, d’après le rapport qui lui en a été fait, elle a décerné une médaille à M. Malot, dans sa séance publique et solennelle du 27 mai 1832. Tous ces arbres , plantés à 9 mètres lun de l’autre, se touchaient, et comme chacun d'eux avait une surface entièrement carrée , il ne restait aucun vide sur le mur; ce qui est la plus grande perfection sous le rapport de l’art, du coup-d’œil et de la production.

6° Taille en palmette (PI. IT, fig. 1). On appelle aussi celle-ci Taille à la Forsyth, parce que

Forsyth, jardinier du roi d'Angleterre, l’a décrite et figurée dans un Traité de la culture des arbres fruitiers, qu'il a publié en 1802, et qu’on avait crue être de son invention; mais on a reconnu qu’elle était pratiquée en France bien long-temps avant que Forsyth n'écrivit. Elle est fort simple et consiste à laisser à l’arbre sa tige verticale, en la taillant cependant chaque année à la longueur de 20 à 30 centimètres, afin de forcer les yeux latéraux à se développer en branches, et à palisser ces branches horizontalement. Tous les arbres fruitiers se soumettent aisément à cette forme, que Du Petit-Thouars a modifiée pour le pêcher, en laissant une plus grande distance entre les branches latérales, et en ne leur laissant des branches à fruit qu'au côté supérieur.

7 Taille Fanon (PI. I, fig. 2). Celle-ci porte le nom de son inventeur. Elle est peu pratiquée, et la figure que nous en donnons suffit pour montrer qu'elle est plutôt de fantaisie que de nécessité. |

8 Tuille en candélabre (PI. I, fig. 3). On donne cette forme à des arbres plantés contre un mur d'appui, ou qui n’a pas assez de hauteur pour les autres formes; ou bien, on l’applique à des contre-espaliers que l’on veut tenir fort bas.

0° Taille de la vigne à la Thomery. Presque partout la vigne en espalier est fort mal Bi et il y a des places vides dans des endroits et une confusion de grappes dans d’autres. Depuis bien long-temps, le seul village de Thomery et Fontainebleau sont en possession d’une méthode qu’on ne pratique pas ailleurs, et qui nous paraît parfaite, en ce que le mur est complétement couvert avec une régularité admirable, et que les grappes sont toujours bien placées. Il serait trop long de décrire ici cette méthode, qui devrait être l’unique das tous les jardins bien tenus; mais, pour y suppléer, nous renvoyons à l’article J’igne et à l'excellente figure qu’en a donnée M. Lelieur

dans sa Pomone française.

Page 1