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DES MALADIES ET DES ENNEMIS DES ARBRES FRUITIERS

Les végétaux, comme les animaux, passent par différens âges, éprouvent des langueurs, des maladies, et sont exposés aux attaques de divers ennemis. Les principales maladies des arbres fruitiers sont le blanc, la fumagine, la brülure, le rouge, la gale, les varices, les chancres, les ulcères, la gomme, etc. Leurs plus redoutables ennemis sont les vers blancs, les pucerons, les fourmis , les hannetons, les chenilles, les tigres, les punaises, les lisettes, les limaçons, les loirs, etc.

ARTICLE PREMIER. — Des maladies les plus graves et de leurs caractères.

Avant et depuis Duhamel, plusieurs auteurs ont parlé des maladies des arbres et des moyens de les guérir. Forsyth, jardinier du roi d'Angleterre, s’en est spécialement occupé, et a fait connaître plusieurs traitemens dont on vante l'efficacité, et qui lui ont valu une marque flatteuse de reconnaissance de la part de son gouvernement. En France, M. Lelieur, ancien administrateur des parcs et jardins impériaux, peu satisfait des moyens curatifs indiqués ou employés jusqu’à présent, s’est livré à des recherches et à des expériences dont les résultats l’ont convaincu que plusieurs maladies sont incurables, et que ce serait en vain que l’on voudrait guérir un arbre du blanc, de la gomme, du rouge, de la gale et de la brülure.

Les faits et les résultats que M. Lelieur cite pour appuyer sa doctrine nous sont parfaitement connus, et nous craignons que cet habile observateur n’ait que trop raison. Si nous n’adoptons pas ici sa division des maladies en simples et en graves, c’est-à-dire en celles qui peuvent se guérir et en celles qui sont incurables, ce n’est pas qu’au fond nous ne pensions à-peu-près comme lui, mais c’est qu’il nous serait trop pénible de renoncer entièrement à l'espoir de rendre la santé à des arbres qu’il nous importe souvent beaucoup de conserver. Ainsi nous croyons que M. Lelieur a raison, et nous désirons sincèrement qu'il ait tort.

1° Le Blanc peut être considéré comme une maladie propre au pêcher, quoiqu’on l’observe quel-

quefois sur l’abricotier et sur le pommier. C’est sur les pêchers qu'il cause des ravages effrayans; il les attaque tous, et plus particulièrement les espèces qui n’ont pas de glandes aux pétioles de leurs feuilles, telles que les Hadeleines. T1 se manifeste par une transsudation blanche, poudreuse, qui recouvre les jeunes feuilles et le sommet encore tendre des rameaux, et qui, descendant peu-à-peu, va jusque vers la moitié de la longueur des bourgeons, et ne paraît s’arrêter que quand il trouve le bois et les feuilles trop durs. Les fruits même en sont atteints et tombent long-temps avant l’époque de leur maturité. Le bourgeon attaqué du blanc ne s’allonge plus, il se gonfle par place, devient raboteux, galeux, et transsude avec abondance cette matière blanche, un peu grasse et fétide qui porte la contagion avec elle et communique la maladie aux pêchers sains qu’elle touche; les feuilles deviennent toutes blanches, se cloquent et se contournent de toute manière, s’épaississent, et leur surface devient galeuse comme le bourgeon.

La nature, l’origine, la cause, et surtout le remède à cette cruelle maladie ne sont pas encore bien connus, malgré toutes les recherches et les expériences faites par de très habiles observateurs, et le prix proposé depuis long-temps par la Société d'agriculture du département de la Seine. M. Lelieur la range parmi les maladies incurables, et assure que si on prend des greffes sur un arbre qui en soit attaqué, tous ceux qui en proviendront seront sujets au blanc. Cependant, depuis que cet auteur a écrit son livre, il lui est arrivé de faire établir un chaperon de 24 centim. de saillie sur un mur contre lequel était un pécher atteint jusqu'alors du blanc chaque année, et qui ensuite n’en a plus été incommodé. Ce fait semblerait prouver que le blanc est occasionné par un passage subit du chaud au froid, qui, en arrétant le mouvement de la sève dans l'extrémité des branches, la corrompt et lui donne un principe contagieux.

Comme c’est un fait certain quele blanc se communique par attouchement etmême parapproche, il faut, dès qu’on l’aperçoit au sommet d’un rameau, couper bien vite ce rameauà 8 ou 10 cent. environ au-dessous de l'endroit attaqué , et le brüler ou l’éloigner avec soin. Nous avons quelquefois arrêté le mal avec cette seule précaution. Quelquefois aussi il s’obstinait à reparaitre sur d’autres rameaux que nous supprimions également de suite, préférant une petite irrégularité que cette suppression apportait dans notre arbre’, au désordre effrayant qu’il produit lorsqu'on le laisse agir librement.

2 La Cloque a du rapport avec le blanc, en ce que les feuilles s’épaississent et se contournent de même; mais il n’y a pas de transsudation : d’ailleurs elle attaque beaucoup plus d'espèces d'arbres que le blanc, et ses effets sont bien moins funestes. Elle est souvent simplement locale sur les péchers; les feuilles d’une seule branche ou d’un rameau se crispent, se contournent, prennent de l'épaisseur, et changent leur vert foncé en un vert jaunâtre et marbré ; le rameau, cessant de s’allonger, rabougrit et se courbe souvent en crosse; bientôt les pucerons et les fourmis viennent se loger dans tous les replis de ses feuilles, et augmentent la difformité par leurs piqüres et leur malpropreté. C'est pourquoi on supprime les feuilles et les branches cloquées, autant pour en débarrasser l'arbre

qu’elles déparent, que dans l'espoir qu'il en repoussera d’autres saines et bien fraîches. Quand on s'aperçoit du mal dès son origine, il suffit quelquefois de pincer l'extrémité du bourgeon, et de supprimer. les feuilles qui en paraissent atteintes, pour en arrêter le cours. Au reste, la cloque est loin de produire le désordre du blanc, et elle ne s’obstine pas à reparaître aussi souvent que lui. On l'attribue à un courant d’air qui porte avec lui des principes délétères, et à une alternative subite de chaud et de froid.

3° La Rouille se manifeste par des taches rousses, saillantes, graveleuses, sur les feuilles et sur les bourgeons des arbres, pendant l'été. Elle corrode l’endroit du bourgeon qu’elle attaque, détruit le parenchyme des feuilles , dont elle ralentit ou suspend les fonctions, ce qui cause un développement prématuré dans les boutons, d’où résulte la stérilité pour l’année suivante. On attribue cette maladie aux pluies froides qui surviennent quelquefois dans l'été, et à la fraîcheur des nuits auxquelles succède un soleil ardent pendant le jour.

4° Le Rouge, selon M. Lelieur, est un état de langueur qui s’annonce par une teinte plus rouge sur les péchers qui en sont atteints, et qui les fait bientôt périr lorsque la couleur devient plus vive. Un pécher attaqué du rouge peut cependant vivre et donner du fruit pendant plusieurs années; mais comme son mal est incurable, il périt enfin, et quelquefois subitement. M. Lelieur ne partage pas

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l'opinion des cultivateurs de Montreuil, qui pensent que le rouge n’attaque que les pêchers greffés sur des amandiers à coque tendre; il croit que la dureté de la coque de l’amande n’y fait rien, et des observations multipliées lui ont donné la conviction qu’un pêcher a le rouge toutes les fois que le sujet sur lequel on le greffe est venu d’une amande, gommeuse dans sa coque ou dans son brou.

be La Suie est une maladie que M. de Combes décrit ainsi : « Toutes les branches de l'arbre, les feuilles et les fruits même deviennent noirs et gluans ; c’est une espèce de lèpre contagieuse qui se communique à tout ce qui l’environne, et si l’on n’a pas soin, aussitôt qu’un arbre en est attaqué, de le faire arracher et de faire enduire de chaux le mur, qui, pour ainsi dire, contracte le mal, et qui noircit aussi bien que l'arbre, tous les plants de votre espalier périssent les uns après les autres. Je ne saurais dire d’où cette contagion tire son principe; l’opinion vulgaire, que c’est la punaise, ne me paraît pas probable, ou, si elle y a quelque part, il y a quelque autre cause mêlée, soït quelque mauvais brouillard qui s'attache à un endroit plutôt qu'à un autre, soit un air de vent corrompu, soit quelque mauvaise disposition dans le corps de l'arbre, soit enfin un coup de soleil après le brouillard. Quelle qu’en soit la cause, le mal est certain; et comme il est sans remède, il faut se contenter d’en arrêter les progrès en sacrifiant promptement le malade. » Duhamel, qui rapporte ce passage, ajoute : « Cette maladie n’est point particulière au pêcher; la vigne, le prunier, l’abricotier, et même le pommier, n’en sont point exempts. Je l’ai vue naître sur une branche de vigne en espalier, au midi; en deux mois elle s’étendit beaucoup d’un côté sur la vigne, et de l’autre elle parcourut trois mailles du treillage et atteignit l'extrémité d’une branche de pêcher. Alors je Parrêtai en coupant les branches de vigne et de pêcher qui étaient attaquées, et donnant deux couches de couleur à l’huile sur les mailles du treillage infectées , elle n’a point reparu dans cet espalier. »

Ni de Combes ni Duhamel n’ont bien connu la nature de cette maladie, qui n’est autre chose qu’une petite plante cryptogame qui se développe d’abord sur les feuilles, et gagne, en se multipliant rapidement , les rameaux et les fruits. Nous l'avons nous-mêmes étudiée au microscope, en avons les premiers reconnu, figuré et publié les caractères botaniques dans les Annales de la Société d’horticulture de Paris, t. xir, p. 202, et dans un mémoire lu à l’Académie royale des sciences, sous le nom de fumagine de l’oranger et du pécher. Voici un extrait de ce que nous en disions alors :

6° La Fumagine (Fumago, Pers.) n’est pas une maladie organique, et nous n’en parlerions pas si elle ne causait pas souvent de plus grands dommages aux végétaux qu’une vraie maladie. C’est une plante parasite , microscopique, noirâtre, qui a l'apparence de la suie, et qui se multiplie avec une vitesse et une abondance prodigieuses. Elle a d’abord été remarquée sur les orangers, et désignée sous le nom de noir par les jardiniers. Elle s'établit d’abord sur la page supérieure des feuilles, sy multiplie jusqu’à les rendre entièrement noires, s'étend ensuite sur la page inférieure, sur les rameaux et sur les fruits, intercepte l’absorption et la transpiration, et nuit ainsi à la santé et au produit des arbres sur lesquels elle s'établit. L’humidité et un air stagnant favorisent sa multiplication. Les péchers, l’abricotier, la vigne et l'olivier en sont quelquefois infestés, et leurs fruits en deviennent immangeables. Dans les petites cultures on s’en débarrasse en frottant les feuilles et les rameaux des arbres avec une éponge imbibée d’eau; mais ce moyen, le seul que nous puissions indiquer, n’est guère praticable dans les grandes cultures.

7° « La Brälure, dit M. Lelieur, est une maladie commune à tous les arbres à fruits, maïs plus particulièrement aux arbres à fruits à pepins. Elle se manifeste à l'extrémité des pousses de l’année, qui deviennent plus ou moins noires, ou simplement se dégarnissent de leurs feuilles plus tôt ou plus tard , selon le degré de la maladie. Souvent le mal n’est visible que sur certaines parties seulement d’un arbre, et, à moins d’avoir l’œil très exercé, à peine les distinguerait-on des autres, tant elles paraissent saines. La végétation d’un arbre attaqué de brülure est d’une grande inégalité dans toutes ses parties : aussi les fruits s’en ressentent beaucoup. Le moyen le plus assuré de reconnaitre si un individu en est attaqué, consisterait dans l'examen de ses fruits : dans l'arbre sain, ils ont tous la forme et la couleur relatives à leur espèce ; les fruits de arbre vicié, sont, au contraire, inégaux, remplis de cavités, et couverts de taches grises qui deviennent noires à mesure que le fruit approche de l’époque de maturité; les fruits fondans deviennent amers, les fruits cassans se gercent et se crevassent. On remarque assez généralement que les productions d’un arbre atteint par la brülure se

colorent fortement; la moelle même de l'arbre est noire ou altérée, son bois est spongieux et de couleur jaunâtre; il perd les feuilles des extrémités avant celles du bas. On s’assurerait encore du bon ou mauvais état d’un individu par l'inspection de la pousse des rameaux de l'année; si l’arbre est sain, ils sont garnis de feuilles bien conformées et assez égales dans toute leur étendue, mais si le rameau se grille à l'extrémité, concluez-en qu’il est malade; si la pousse sé dépouille des feuilles de l’extrémité, qu’elle noircisse et meure, l’arbre est alors plus éminemment attaqué. Ces observations sur les degrés de la maladie sont d'autant plus importantes quela taille annuelle ou le rapprochement des arbres en déguisent momentanément les symptômes. La maladie de la brûlure, qui est absolument incurable, reparait tous les ans sur les individus qui en sont frappés; elle se communique par-voie de greffe et de semis : l'arbre atteint peut vivre long-temps avec la maladie. »

8° La Gomme est une extravasion du suc propre dans les arbres à fruits à noyau. Ce suc, d’abord liquide ou coulant, obstrue les passages de la sève dans les endroits où il s’amasse, et y cause des altérations souvent très graves et même mortelles. Il est moins dangereux quand il s'échappe au dehors, où il se condense en larmes qui forment souvent des masses assez considérables de gomme dont la médecine fait usage. Gette gomme sort d’un arbre sans aucune cause apparente, en se faisant elle-même un passage, ou elle sort par une plaie. Si dans ces deux cas elle n’est pas abondante, l'arbre n’en souffre pas; si elle s'obstine à reparaitre, alors elle devient une maladie qui peut faire mourir l'arbre tôt ou tard, selon la théorie de M. Lelieur. Cependant nous avons vu des pêchers couverts de gomme, pour avoir été mal taillés pendant plusieurs années par un jardinier ignorant, et qui se sont parfaitement rétablis en passant dans des mains plus habiles. Ces pêchers ont refait du bois neuf très beau, etne rendent plus de gomme dans aucune de leurs parties.

On doit donc faire le moins de plaies possible aux arbres à fruits à noyau, surtout au pêcher, et supprimer sur-le-champ la branche qui devient gommeuse sans cause apparente, car le mal pourrait descendre et gagner le corps de l'arbre. Quant à la gomme qui suinte d’une plaie, elle est moins dangereuse ; en nettoyant cette plaie jusqu’au vif, et en la couvrant d’onguent de Saint-Fiacre, on la guérit fréquemment.

Quand une branche de pêcher n’a pas toujours bien végété, son écorce devient si dure qu’elle ne peut plus se dilater pour faire place au grossissement du bois, et la sève, n'ayant plus son cours bre, rend les pousses supérieures gommeuses. Alors on fait deux ou trois incisions longitudinales tout le long des écorces dures; la sève reprend son cours plus librement , et la gomme disparait.

9° Les Ulcères sont des plaies plus ou moins grandes qui rendent de la sanie ou une eau corrompue. Ils peuvent être causés par l’action ou le choc de corps étrangers, ou par le vice de quelques organes ou fluides intérieurs. Quand un ulcère se manifeste sur une branche, il faut la retrancher de suiteà quelques centimètres au-dessous de la plaie; s’il se déclaresur letronc, il faut, avec un instrument tranchant, nettoyer l’endroit jusqu’au vif, et recouvrir la plaie avec l’onguent de Saint-Fiacre. ou avec la composition de M. Forsyth. Mais si cet ulcère est déjà grand sur le tronc, il peut être incurable; et même, selon M. Souchet, tout ulcère, petit ou grand, causé par un vice intérieur, est incurable : quand on a suppriméune plaie d’un côté, ils’en déclare une de l’autre.

ro° Les Chancres sont des plaies qui ne paraissent différer des ulcères qu’en ce qu’elles ne rendent pas de sanie; ils se développent dans les mêmes circonstances , causent les mêmes ravages et se traitent de même.

11° La Gale est une maladie qui attaque la peau des arbres et qui les ronge. « Par les effets de cette maladie, dit M. Lelieur, la peau des arbres, au lieu d’être lisse et rebondie, devient raboteuse et noirâtre, pleine de rides, de creux et de petites croûtes qui s’écaillent. La gale attaque d’abord le tronc de l'arbre, ensuite les grosses branches, et gagne insensiblement le jeune bois, plus ou moins avant, selon la force du mal. Les pluies, les gelées, les frimas, les insectes, qui s’introduisent par les gerçures, oecasionnent en our eun préjudice notable aux arbres. Les fruits d’un arbre galeux ressemblent en tout à ceux d’un arbre atteint de brülure.

« La maladie de la gale n’est pas incompatible avec celle de la brûlure; on les voit souvent attaquer ensemble un même arbre. Les effets de la gale ne sont pas accidentels, ils sont constans sur l’individu qui en est attaqué. Cette maladie se communique parles greffes et le semis; par cette raison nous

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la classons parmi les maladies incurables. Un sujet PTE donne son vice à la greffe, quoique saine. L'arbre attaqué de la gale peut vivre long-temps : c’est précisément en cela qu'il nuit le plus aux propriétaires, ne produisant que de mauvais fruits et peu de bois.

12° La Goutte. Sous ce nom nous signalons aux observateurs une maladie que nous avons remarquée sur quelques jeunes poiriers de Saint-Germain et autres, taillés en quenouille, au Jardin des plantes. Elle se manifeste sous forme de boursouflures, de bosses irrégulières et d’engorgemens sur les rameaux de deux à quatre ans. Le bois conserve la dureté ordinaire dans ces endroits, maisil a des veines ou des marbrures blanches qu'on ne remarque pas ailleurs. L’écorce garde son luisant et sa couleur, mais elle est beaucoup plus épaisse et bien plus parenchymateuse que dans les endroits sains. S’il était permis de risquer une hypothèse, nous dirions que les parties blanches du bois sont viciées, qu’elles gênent le mouvement de la sève dans son cours, et que voilà pourquoi cette sève, en se portant plus. d’un côté que de l’autre, cause les inégalités que nous voyons à la surface des branches.

Le plus âgé et le plus malade de ces arbres a la tige galeuse, inégale, plus grosse dans des endroits supérieurs que dans d’autres inférieurs, et point ronde du tout à la circonférence. Il pousse assez de bois, qui devient aussi galeux dès l’âge de quatre à cinq ans, et qui alors semble diminuer au lieu de croître; car ses branches formées sont la plupart plus petites à la base que dans la partie supérieure; ses feuilles sont toujours jaunes, et ses fruits toujours petits, pierreux, tachés et mauvais. Nous croyons cette maladie incurable.

13° Les Loupes. Les excroissances locales connues sous les noms de loupe, bosses, tumeurs, etc., sont dues à la déviation de la sève. Elles défigurent et affaiblissent l'arbre en lui enlevant une partie de sa nourriture; mais elles ne le font pas ordinairement périr, à moins qu’elles ne dégénèrent en ulcères. La piqüre d’un insecte sur une jeune branche suffit pour y produire quelquefois une loupe assez considérable. Une blessure, le retranchement simultané de plusieurs petites branches placées les unes auprès des autres, causent le même effet en obligeant la sève à s’ouvrir une infinité de routes tortueuses pour venir guérir et couvrir toutes ces plaies.

Les loupes sont très Fecherebs des tourneurs et des ébénistes, parce qu ’elles offrent intérieurement des couleurs, des dessins et des accidens agréables à la vue, et qu’elles sont d’un bois infiniment plus serré et plus dur que celui des autres parties de l’arbre.

14° Les Broussins. On appelle broussin un amas de petites branches qui croit tout-à-coup sur un arbre, et qui a l’aspect d’un nid de pie ou d’un fagot. Il est produit par une jeune branche qui, au lieu de s’allonger comme les autres, se divise à l'infini et forme une espèce de tête de Méduse. Ce phénomène n’est pas contagieux et ne fait pas souffrir l'arbre. Son apparition est peut-être due aux piqüres de quelques insectes et à la présence de quelques-uns de leurs acides. Si on greffait des brins de ces broussins, peut-être conserveraient-ils leur caractère accidentel, et formeraient-ils des pygmées de leur espèce.

15° Les Coups de soleil. Quand le soleil darde ses rayons entre deux nuages sur un arbre planté le long d’un mur au midi, il le dessèche et le brüle, en tout ou en partie, quelquefois en moins de cinq minutes. On voit au potager de Versailles un espalier de prunier à haute tige, planté par M. Souchet, dont tous les arbres ont eu la tige brûlée par devant du haut en bas, d’un coup de soleil, dans la troisième année de leur plantation. Ils ont failli mourir tous de cet accident; cependant, comme ils étaient bien vigoureux et dans une terre excellente, le côté du mur a suffi au passage d’une quantité de sève suffisante , sinon pour faire croître la tête de l’arbre, du moins pour l'empêcher de mourir; mais comme toute la sève, pompée par les racines, ne pouvait trouver passage dans cette moitié de tige restée vivante, elle a fait éruption au bas de la tige, en développant plusieurs bourgeons vigoureux que M. Souchet a soigneusement conservés , dans la crainte que le haut ne pût se raccommoder. Cependant la bonté du terrain, l’âge et la bonne constitution des arbres ont tout réparé : les têtes ont repris leur vigueur, et forment maintenant le plus bel espalier du potager. D'après cet exemple, on doit mettre une volige ou de la longue paille au-devant des jeunes tiges qu’on plante le long d’un mur, au midi; car si elles n’y sont pas toujours brülées, elles y sont presque toujours desséchées d’une manière nuisible.

16° Les Engelures. Excepté le noyer, les arbres fruitiers qui ne sont pas soumis à la taille gèlent rarement sous notre climat; on taille même le pommier et le poirier dès l'automne sans inconvénient, mais l’abricotier et le pêcher ne veulent être taillés que quand on n’a plus de fortes gelées à craindre.

17° La Jaunisse. Tous les arbres très malades ou près de mourir sont jaunes, maïs tous les arbres jaunes ne sont pas toujours malades, la maigreur, la faiblesse, le ton jaunâtre des feuilles d’un arbre disparaissent en lui donnant une nourriture convenable lorsqu'il n’est pas vicié. Nous nous rappelons avec une sorte de honte que, dans notre jeunesse, nous avons laissé languir des arbres soit en vase, soit en pleine terre, parce que nous les supposions attaqués d’une maladie qui nous était inconnue, tandis que ces arbres n’éprouvaient réellement d'autre mal que celui de la faim. Nous leur donnâmes enfin de la terre neuve bien appropriée, et ils reverdirent et poussérent vigoureusement.

ARTICLE IE — Des ennemis des arbres.

1° Le l’er blanc. Parmi tous les vers et larves qui attaquent les arbres dans leurs racines et dans leur tronc, nous ne signalons que le ver blanc ou larve du hanneton, dont on parlait à peine du temps de Duhamel, et qui aujourd’hui est multiplié au point qu’il détruit des pépinières presque entièrement, et cause des dégâts épouvantables à l'horticulture et à l’agriculture dans un grand rayon au tour de Paris. Des prix, des encouragemens ont été proposés pour sa destruction; mais aucun moyen efficace n’a encore été trouvé, et on est réduit à attendre que le gouvernement fasse une loi qui oblige à hannetonner, au moins pendant un certain nombre d'années, sur tous les points de la France où les hannetons paraissent.

2° « Le Puceron, dit Duhamel, passe pour un des plus redoutables ennemis du pêcher. Cet insecte vivipare se multiplie presque en naissant, et sa fécondité est prodigieuse. En détruisant les premiers pucerons qui paraissent sur un arbre, on détruit des générations très promptes et très nombreuses qu’il est très difficile d’exterminer. Cependant on en fait périr beaucoup si on prend les feuilles qui en sont attaquées entre deux éponges imbibées d’une forte décoction de tabac (du tabac en poudre jeté sur le puceron blanc le tue dans un instant), ou d’eau de chaux vive, ou d’une dissolution de savon dans l’eau (toutes les matières oléagineuses sont pernicieuses aux insectes, mais elles nuisent, dit-on, aux arbres, dont apparemment elles bouchent les pores), de suie de cheminée, de sauge, d’hyssope, d'absinthe et autres plantes très fortes et amères, bouillies dans l'eau commune jusqu’à réduction de moitié; ou bien on ôte les feuilles et les sommités des pousses et on les jette dans l’eau ou dans le feu. Quelques jardiniers blâment ce retranchement, qui occasionne la naissance de beaucoup de branches faibles. »

Depuis Duhamel, divers auteurs ont indiqué un grand nombre de recettes pour détruire les pucerons. Roger-Schabol conseille un lavage terreux, Rosier un lavage d’eau pure dans laquelle on aurait mêlé de l’essence de terébenthine, M. Forsyth conseille d’arroser avec une eau savonneuse mêlée d'urine et de bouse de vache, etc.; mais de tous les procédés, le plus simple, comme le plus infaillible, est une fumigation de tabac au moyen d’un soufflet imaginé par M. Charpentier, mécanicien aux Gobelins. Depuis ce temps, on s’en sert avec une satisfaction toujours croissante dans les serres du Muséum d'histoire naturelle, et les expériences faites avec cet instrument, en 1810, sur des pêchers en espalier, dans la pépinière du Luxembourg, ont été couronnées du plus grand succès : les pucerons ont été détruits sur-le-champ. C'est un soufflet à-peu-près de même forme et de mêmes dimensions qu'un soufflet de cheminée, mais dont le tuyau n’a que 6 ou 8 centim. de longueur. On adapte à ce tuyau, au moyen d’un autre court tuyau, une espèce de cassolette à-peu-près grande comme un verre à boire et figurée de même, garnie en dedans d’une petite grille sur laquelle on posera du charbon enflammé jusqu’à en emplir les deux tiers de la cassolette. Cette grille sert à maintenir une masse d’air au fond de la cassolette, et à empêcher le charbon de descendre dans le soufflet par le trou qui communique dans le fond , et par où Pair doit arriver. On a uneautre pièce, figurée exac-

tement en pipe dont le tuyau aurait 15 ou 20 centim. de long, et dont le corps, de même diamètre la cassolette sur laquelle il doit s'emboïter en forme de couvercle, est environ d’un tiers plus haut qu’elle. Le tuyau de cette pipe peut avoir 20 ou 25 millim. de diamètre; mais son orifice doit être res-

serré et n'avoir que 5 millim. Il faut aussi une petite grille à l'endroit qui sépare le tuyau du corps de . la pipe, afin qu’en soufflant le tabac ne soit pas poussé dans le tuyau. Quand le tout est préparé, on

adapte la cassolette au bout du soufflet, et on l’emplit aux trois quarts de charbon enflammé; de l’autre côté on emplit la pipe de tabac à fumer, on la renverse et on l’adapte sur la cassolette, dont le feu allume le tabac dans l'instant. On prend le soufflet, on approche le tuyau de la pipeà 10, 8, 5, et même 2 centim. de l'endroit où sont les pucerons ; on souffle, la fumée s'échappe avec force et enveloppe les pucerons qu’elle tue sur-le-champ, sans nuire en aucune manière aux plantes les plus délicates.

3° Le Puceron lanigère, que l'on n'avait jamais vu à Paris avant 1818, est maintenant dans tous les jardins de la capitale et des environs où il y a des pommiers, sur lesquels il se multiplie avec une rapidité effrayante , et cause de grands ravages par ses piqûres, qui, produisant des exostoses très nombreuses, nuisibles au cours de la sève, font languir les branches, les mènent à la stérilité et même à la mort. On reconnaît aisément la présence de ce puceron sur un pommier, au duvet blanc et floconneux qu'il produit et dont il s’entoure; mais le moyen de le détruire complétement n’a pas encore été trouvé. L'huile lc tue bien, lorsqu'elle peut l’atteindre; mais le moyen de huiler entiérement un grand pommier? Les moyens chimiques ont été encore moins efficaces que l’huile, et nous sommes à attendre qu'une influence atmosphérique nous débarrasse de cet ennemi de nos pommiers.

4° Les Fourmis, selon de Réaumur , sont attirées par les pucerons, dont les excrémens sont sucrés. « Malgré l'autorité de ce célèbre naturaliste, dit Duhamel, je crois qu’on peut encore mettre en question lequel des pucerons ou des fourmis s’aitirent. En effet, ayant délivré un arbre des fourmis, elles se sont jetées sur un arbre voisin: dès le lendemain ses plus tendres feuilles ont commencé à se contourner; la contraction de leurs nervures a formé des enfoncemens le long de la grosse arête. Le mal à fait des progrès rapides, sans que j'aie pu, pendant cinq ou six jours, découvrir aucun puceron; enfin j'en ai aperçu quelques-uns, et en peu de temps leur nombre s’est aëcru considérablement. J'ai encore observé que les pucerons n’ont pas subsisté long-temps sur les arbres dont les fourmis ont été délogées; que, quand les fruits sont murs, les fourmis les attaquent, s'ils ont la peau trés fine, comme les pêches violettes et Les avant-pêches, ou, profitant des ouvertures faites par d’autres animaux, s’en nourrissent et abandonnent ou négligent les pucerons, qui disparaissent bientôt. Ces faits, dont j'ai été plusieurs fois témoin, me feraient imaginer que les fourmis préparent aux pucerons des établissemens dans les enfoncemens qu'elles occasionnent sur les feuilles, et peut-être de la nourriture dans une multitude de petites plaies que leurs morsures font à l’épiderme et au parenchyme des feuilles; qu’ensuite les pucerons s’y logent, et, selon M. de Réaumur, régalent les fourmis de leurs excrémens. Quoi qu’il en soit, je regarde les pucerons comme des ennemis moins dangereux que les fourmis, qui fatiguent beaucoup un arbre et le font même périr, si elles s’opiniâtrent à l’attaquer plusieurs années consécutives. Il faut les faire tomber en secouant les branches, et ensuite envelopper la tige de arbre avec de la laine ou du coton imbibé d'huile d’aspic, où d'huile d'olive, où mieux, d’huile de cade; ou bien, remplir d’eau un godet de cire formé autour de la tige , et si c’est un arbre d’espalier, le dépalisser et le tenir éloigné du treillage, ou retrancher les feuilles tendres et les extrémités des pousses; car les fourmis et les pucerons ne s’attachent point au bois formé, ni aux feuilles dures ,-ou répandre quelques gouttes d'huile de cade sur la tige et sur les endroits de l'arbre les plus fréquentés des fourmis. Quelquelois j'ai vu cette huile les chasser presque en un instant et sans retour; souvent aussi elle a été sans effet.

« Ces expédiens, et tout autre qu’on peut employer pour écarter cet insecte, procurent au moins à un arbre la délivrance de son ennemi et l’avantage de pouvoir se remettre de ses pertes; mais C’est au préjudice de son voisin, qui est aussitôt attaqué : de sorte que tous les moyens destructeurs sont préférables, comme de chercher la fourmillère, en boucher l'entrée, si elle est dans un mur, y jeter de Veau bouillante, si elle est en terre ou sous des pierres. Pendant la grande chaleur du jour placer au pied de chaque arbre un pied de bœuf à moitié écorché, une poignée de mousse, sur laquelle on répand du miel ou quelque sirop, et jeter ces appâts dans l’eau, lorsque les fourmis y sont rassemblées en grand nombre ; un vase rempli d’eau miellée , des fioles pendues aux branches et remplies à

moitié de lamèême liqueur,etc. Cette guerre exigeant moins de force que d’opiniâtreté à la poursuite des ennemis, on peut en confier le soin à un enfant, qui, s'il ne les extermine pas, du moins en diminuera beaucoup le nombre. »

5° Les Chenilles communes, les chenilles livrées et les hannetons dévorent quelquefois toutes les feuilles des arbres et attaquent le fruit même. Les détruire est le seul remède. Le savon dissous dans l'eau fait périr les chenilles. On peut en écraser ou brûler un grand nombre au Jever du soleil, lorsqu’elles sont rassemblées par pelotons sur les arbres, si on a laissé échapper quelques-uns de leurs nids pendant l’hiver, saison ou ils sont si aisés à voir et à saisir.

6° La Lisette et la petite chenille verte, qui rongent les boutons et les fleurs, et coupent le jeune bourgeon, méritent le même traitement.

7° Les Tigres sont de petits insectes ailés; mouchetés de gris, de brun, de violet,-etc., qui mangent le parenchyme des feuilles du poirier, surtout du bon chrétien d’hiver en espalier au midi. Je ne connais aucune drogue dont la force antipathique les fasse périr ou fuir. Lorsque les feuilles sont tombées, il faut les brüler et ratisser ou frotter rudement l’écorce pour enlever leur frai.

8° Les Limaçons et Limaces sont friands de fraises et de pèches. Il faut les surprendre le soir et le

matin, ou après une petite pluie, lorsqu'ils se mettent en campagne et lorsqu'ils se retirent. Une corde de crin tendue le long d’un espalier, de façon qu’elle touche partout la terre, et qu’elle fasse une révolution autour du pied de chaque arbre, est un rempart qu’ils osent rarement franchir, par la crainte d’offenser leur ventre délicat contre les poils rudes dont elle est hérissée.

La Punaise dont il s’agit ici, très différente de l’insecte connu sous ce nom, et si détesté dans les logemens, est la même que la punaise d'oranger, coccus citri. C’est un gallinsecte dont le corps est couvert d’une peau ou écaille mince et rempli d’une liqueur blanchätre, Vu par le ventre au microscope, cet insecte a six pieds et deux antennes. Pendant sa jeunesse il marche assez vite, mais bientôt il se fixe et s’attache fortement à l’écorce des arbres et aux feuilles par des filets très déliés qui naissent des bords intérieurs de son écaille. Dans cet état il prend toute sa croissance, jette ses œufs et périt ensuite. Son écaille se dessèche et se durcit, couvre ses œufs et une poussière blanche en laquelle s’est convertie la liqueur qui remplissait son corps. Ses œufs éclosent à la fin de mai et en juin, et la plupart des jeunes punaïises sont fixées au mois d’août et même plus tôt. Les fourmis suivent la punaise, et leurs excrémens noircissent les feuilles, les branches et le fruit même, et les rendent fort désagréables à la vue. Pour les détruire, on ratisse avec le dos d’un couteau, ou l’on frotte avec un linge rude ou une brosse, les branches infectées , pendant l'hiver ou au commencement du printemps, avant que les œufs soient éclos. Peut-être vaudrait-il mieux le faire dès l'automne, avant que les punaises aient jeté leurs œufs, et tremper la brosse dans de l’eau où l’on aurait délayé du fiel de bœuf. J’ai délivré des orangers de la punaise en trempant leur tête dans un baquet plein de cette eau.

10° Les Guépes font beaucoup de dégât sur les fruits. Pour en diminuer le nombre, il faut, pendant la nuit, détruire avec le fen-on l’eau bouillante tous les guépiers qu’on pourra découvrir, où mettre près des arbres un pot frotté de miel ou rempli d’eau miellée, ,

11° Les Lotrs, Rats, Souris, etc., se détruisent avec des quatre de chiffre, des ratières de toute espèce, des appâts empoisonnés placés avec les attentions que tout le monde connaît, et qui sont les armes ordinaires contre ces animaux; mais il faut en faire usage avant la maturité des fruits, autrement les appâts seraient inutiles.

12° Les Oiseaux. On les tue à coups de fusil, on les prend avec de la glu, et on les écarte avec des épouvantails.

13° La Gréle est un fléau contre lequel il n’y a pas de remède, jusqu’à ce que les paragréles répondent aux espérances de leur inventeur. Il faut rabattre au-dessous du mal les branches qui ont été frappées, quand les meurtrissures sont considérables, car elles dégénèrent très souvent en chancres.

Arroser pendant l'été la tête des arbres, même ceux en plein vent, est une très bonne pratique :en lançant l’eau contre les feuilles et le jeune bois, on fait périr beaucoup d'insectes, leur frai, ou les petits qu'ils y déposent. D'ailleurs ce lavage tient les arbres propres, ils absorbent une partie de

. Veau et croissent avec plus de vigueur.

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