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ANATOMIE VÉGÉTALE

L’anatomie végétale consiste dans les connaissances des organes élémentaires et constitutives des végétaux : c’est la première et la plus importante branche de la botanique ; c’est une sorte de pierre de touche dans la recherche et la formation des familles naturelles ; mais son étude, toute d’observation microscopique, est de la plus grande difficulté , à cause de la finesse extrême des organes élémentaires des plantes. Les anciens ont bien senti cette importance d’une part , et de l'autre cette grande difficulté. Théophraste se borne à conseiller de chercher les premiers et les principaux caractères des plantes dans leurs parties internes ; et il ne paraît pas que ce grand naturaliste ait trouvé lui-même ce qu’il conseillait de chercher. En effet, il est permis d’assurer qu’il avait toujours été impossible d'étudier l'anatomie végétale avant l'invention des microscopes. Cependant ces instrumens ne suffisent pas encore pour nous faire toujours voir parfaitement la vérité; car, outre que le meiïlleur de tous laisse encore une infinité de choses à désirer , l’état de l'esprit de l'observateur influe tellement sur le résultat de l’observation , que , si le microscope peut aider à faire découvrir la vérité, il peut aussi contribuer à égarer davantage un observateur trop systématique. C'est ainsi que les deux plus anciens et les deux plus célèbres observateurs, Malpighi et Grew, ont souvent méconnu la vérité qu’ils cherchaient, quoiqu’elle se füt montrée toute nue à leurs regards; parce qu'ils se l’étaient figurée telle qu’elle n’est pas toujours, c’est-à-dire qu'ils voulaient absolument trouver partout dans les végétaux des organes analogues à ceux des animaux. Les ouvrages de ces deux savans, publiés vers la fin du xvn° siecle, ont joui pendant long-temps d’une grande. célébrité, et peuvent encore aujourd’hui être utiles à ceux qui, possédant des connaissances plus positives , se trouvent à l'abri d'adopter de confiance une: fausse théorie.

Après Grew et Malpighi, il s’écoula près d’un siècle sans qu’il se rencontrât un observateur assez habile ou assez courageux , pour répéter, confirmer ou critiquer leurs expériences. On crut ces deux savans sur parole, jusqu’au temps des Haller et des Duhamel , qui ajoutèrent leurs propres expériences à celles déjà connues. Vinrent ensuite Bonnet , Mustel, Hedwig, de Saussure, Senebier, Medicus, et plusieurs autres, qui tous apportèrent des matériaux plus ou moins élaborés ; mais il était réservé aux célèbres professeurs Daubenton et Desfontaines de nous faire connaître les caractères anatomiques qui distinguent assez nettement les végétaux monocotylédons des végétaux dicotylédons. La découverte de ces savans professeurs devint la source d’une foule d’idées nouvelles , et servit utilement les nouveaux observateurs dans leurs recherches. Des naturalistes, avides de gloire et d'instruction, entrèrent en lice, sinon pour élever un nouvel édifice, du moins pour en jeter les fondemens basés sur l'expérience et l'observation.

L’un des savans professeurs auxquels on devait une si noble émulation en recueillit bientôt le fruit. Son disciple, M. Mirbel, établit un système complet d'organisation végétale , qui paraissait emporter de beaucoup sur ce qui avait été fait jusqu'alors. Ce système obtint de la cé-

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lébrité en France; mais dès sa naissance , plusieurs physiologistes allemands, parmi lesquels on distinguait MM. Rudolphi, Link, Sprengel , Bernhardi et Treviranus , l’attaquèrent dans leurs écrits , et y signalèrent des erreurs qui ont été reconnues depuis par l’auteur. Aujourd’hui tout le système de M. Mirbel.est vivement combattu par M. Gaudichaut.

ARTICLE PREMIER. — De la texture des végétaux.

Le végétal est un tissu de vésicules et de fibres de diverse solidité ; les premières contiennent dans leur intérieur des grains de globulines , renfermant ce que l’on appelle la fécule : de rondes qu’elles étaient dans leur origine , elles deviennent le plus souvent, par la pression et avec l’âge, plus ou moins polygones , et ressemblent alors la plupart à des cellules d'abeille; de là le nom de tissu cellulaire qu’on leur a donné anciennement. Quoique les vésicules n’offrent point d’ouvertures à leurs parois, on admet cependant que les liquides ou fluides séveux passent facilement, parendosmose , des unes dans les autres, pour entretenir la vie et porter la matière de l’accroissement dans toutes les parties du végétal. Les fibres, toujours plus solides que les vésicules, et dirigées du bas.en haut ou du haut en bas , sont tubuleuses où forment par leur ensemble des tubes ou vaisseaux de différent diamètre. On distingue quatre sortes de vaisseaux : 1° les vaisseaux simples, dont le diamètre est à-peu-près égal d’un bout à l’autre; 2° les vaisseaux en chapelet, qui sont marqués d’étranglemens de distance en distance ; 3° les rachées, formées de fibres ou de lames roulées en hélice ; 4° les vaisseaux propres , fermés de toutes parts et contenant des sucs particuliers. Dans le développement d’une plante qui doit avoir des vésicules et des tubes, ce sont toujours les vésicules qui apparaissent les premières.

Outre les cavités qui se trouvent naturellement au centre des vésicules et des vaisseaux , il en existe assez souvent d’autres en dehors de ces organes auxquelles on reconnait deux origines différentes : celles de la première ont reçu le nom de méat, et ne sont autre chose que Îles intervalles qui se-trouvent entre les vésicules et les vaisseaux; celles de la seconde s'appellent Jacunes , et ne sont que l'effet des déchirures et des retraits qui s’opèrent intérieurement dans Île courant de la végétation. Toutes ces cavités naturelles et accidentelles contiennent ou peuvent contenir de l'eau séveuse , de l’air, des sucs propres et des produits particuliers de la végétation.

ARTICLE JL. -— De la division des végétaux en trois grandes classes, basée sur leur organisation interne.

Les tubes ou vaisseaux et les cellules sont considérés comme les seuls organes élémentaires des végétaux. lls se développent à des places déterminées et invariables dans chaque espèce de plante , et par leurs diverses combinaisons donnent aux végétaux les formes et les caractères extérieurs que nous leur voyons. L'examen du tissu végétal offre d’abord aux yeux de l’observateur trois grandes modifications, qui divisent naturellement tous les végétaux en trois classes , que les botanistes avaient déjà reconnues par les seules formes extérieures des plantes, et auxquels ils avaient donné les noms d’acotylédons , monocotylédons et dicotylédons, avant que les anatomistes vinssent leur faire connaître l’organisation interne de ces êtres. Nous allons exposer successivement les caractères de chacune de ces trois classes.

ARTICLE IL. — Les acotylédons.

Les acotylédons, ou plantes acotylédones, ont été nommés ainsi de ce que l’embryon, ou corps reproducteur de leurs séminules, n’offre aucune trace de ces petites feuilles latérales , appelées depuis long-temps cotylédons, et que l’on propose aujourd’hui d'appeler protophrlles. Ainsi, plante acotylédone signifie plante dont la jeune pousse, la plume ou la plumule , manque du cotylédon ou des cotylédons dont sont munis les embryons dans les classes suivantes. Cependant nous ne devons pas dissimuler quela classe des acotylédons est peu naturelle , et qu’elle subira nécessairement des divisions quand toutes les plantes qu'on y range seront mieux connues.

ARTICLE IV. — Les monocotylédons.

Cette classe, infiniment plus naturelle que la précédente, comprend les plantes dont la graine n’a qu'un seul cotylédon. Les botanistes sont bien d'accord sur ce point; mais ils ne s'entendent pas encore sur ce qui est le cotylédon dans les graminées et dans quelques autres plantes. Nous ne nous arréterons pas à discuter l’objet de leur division ; nous remarquerons seulement en passant que cette division ne fait honneur ni à leur sagacité ni à leur esprit. Quant aux anatomistes , ils sont parfaitement d’accord sur l’organisation des plantes de cette classe. Elles sont toutes composées d’un tissu cellulaire , dans lequel sont disséminés cà et là des faisceaux de tubes ligneux , qui se font reconnaitre à leur opacité, et au centre desquels se trouve une trachée. Ces plantes n'ont pas d’écorce dans toute la force du terme ; la plupart même n’ont pas de centre médullaire, c’est-à-dire qu’elles ont les faisceaux de tubes, dont nous venons de parler, distribués dans toute l'épaisseur de la tige. Cependant on y trouve aussi quelques joncs, quelques souchets , beaucoup de graminées , qui ont à leur centre un véritable canal rempli de moelle ou tissu cellulaire , dans leqnel on ne découvre aucun tube ligneux. Cette moelle se détruit entièrement dans plusieurs espèces, et il en résulte une grande lacune, comme dans le bambou , les graminées, etc.

Les faisceaux de tubes paraissent aux yeux nus de simples fibres ; les plus durs et les plus forts, et par conséquent les plus anciens, sont toujours les plusextérieurs, de sorte que, dans lesmonocotylédons, le cœur du bois n’a pas ordinairement desolidité, ou en a beaucoup moins que l’extérieur. C’est pourquoi on fait d'excellentes planches avec la croûte des palmiers, tandis que leur intérieur n’est propre à rien.

Daubenton avait dit, et plusieurs botanistes avaient cru comme lui, que les plantes monocotylédones ne croissaient qu'en longueur et point en épaisseur ; mais l'expérience a démontré qu’elles croissent aussi en épaisseur, et que la dureté de leurs fibres extérieures n’empêchait pas leur excentricité pour faire place aux productions de tissu cellullaire et de fibres qui s'accumulent dans l’intérieur. Seulement il est constaté que les monocotylédons croissent beaucoup moins en épaisseur que la plupart des dicotylédons.

ARTICLE V. — Les dicotylédons.

Les végétaux de cette classe ont un embryon à deux cotylédons, une écorce distincte du bois, un canal médullaire, des cellules, des trachées , des tubes fibreux dirigés de la base au sommet ou du sommet à la base. Mais une partie des cellules forme des rayons dirigés du centre à la circonférence : c’est ce dernier caractère qu’a généralisé M. Desfontaines dans les dicotylédons, et qu’il a démontré ne pas exister dans les monocotylédons. Il y a cependant quelques exceptions à cette loi, telles que plusieurs lianes de la famille des légumineuses, qui n’ont pas de rayons dits médullaires. M. Mirbel n’en reconnaît pas non plus dans lÆwphorbia characias et dans quelques apocinées. L’analogie force même à placer dans cette classe quelques végétaux dont l'embryon r’offre aucune trace de cotylédon.

Les organes élémentaires, c’est-à-dire les tubes et les cellules, forment des organes composés, que nous allons examiner dans les dicotylédons seulement, parce que les plantes de cette classe les contiennent tous. Ces organes composés sont la moelle, le bois et l'écorce.

ARTICLE VE — De la moelle.

Si l’on coupe en travers une jeune tige de dicotylédons, on voit au centre un canal rempli de tissu cellulaire, qui a été vert et gonflé de fluide dans sa jeunesse, et qui ensuite a pris une couleur blanche, quelquefois rousse, mais toujours différente de celle du bois. Ce tissu cellulaire se nomme moelle.

Dans l’origine, la moelle n’est qu’un amas de globules libres entre eux, dont les parois deviennent ensuite anguleuses par la pression et se soudent de manière à représenter plus ou moins des cellules d'abeille. Elle envoie de nombreux rayons vers toute la circonférence de la tige ; ces rayons s'arrêtent à l’écorce selon quelques botanistes, ou la traversent en partie selon les autres.

La moelle, ou le tissu cellulaire, paraît être un organeindispensable à la végétation des plantes dicotylédones; et quoiquequelquessavans modernessemoquentde cetancienadage, qu'’unarbrene peut vivre sans moelle, Tadage n’en est pas moins vrai dans toute la force de l'expression. La graine n’est qu’un amas de moelle, dans laquelle on remarque plus où moins facilement l’origine des vaisseaux ligneux. Dans la germination de cette graine, la moelle s’allonge à mesure qu’elle se revêt de tubes ligneux, et lorsque la jeune tige, après avoir acquis une certaine longueur, produit, aux endroits déterminés par la puissance créatrice, des boutons à fruit ou à bois; c’est une portion de la moelle qui dévie de sa route et se Jette sur le côté pour former ces boutons : chaque feuille même est produite par une petite portion de moelle qui vient de la masse commune. Nous parlons ici des boutons naturels, placés dans un ordre déterminé sur chaque espèce de plante, et non de ces boutons adventifs qui paraissent naître au hasard, et que nous ferons connaître en traitant du développement végétal.

Le tissu de la moelle est très peu solide; ses cellules sont ordinairement hexagones, inégales, plus où moins grandes et plus ou moins irrégulières selon les espèces de plantes : pour peu que la moelle soit âgée, on y trouve beaucoup de lacunes. Elle n’offre pas ordinairement de tubes ligneux ; quelquefois elle contient, dit-on, des vaisseaux propres, c’est-à-dire des vaisseaux remplis de sucs particuliers comme on en voit dans l’écorce et même dans le bois de certains arbres. ;

Quand la moelle a produit ses rayons dits médullaires, et qu’elle à formé les boutons naturels aux places déterminées par la puissance qui a imprimé les formes et les proportions données à tous les êtres, elle se dessèche ou se détruit promptement : une branche de noyer, de marronnier, formée en mai, a déjà sa moelle toute désorganisée en juin. Dans d’autres arbres, comme dans l’amandier, la moelle paraît vivre toute l’année, mais nulle part elle ne remplit de fonction active dans la seconde année : sa vie s’est concentrée dans les boutons et aux extrémités des rameaux et des rayons médullaires. Quand les arbres entrent ou sont en sève, la moelle la plus vieille même shumecte, il est vrai, mais ce n'est que d’une façon absolument passive. La sève, poussée ou attirée avec force dans la longueur du tronc, en pénètre toutes les parties.

ARTICLE VE. — Du bois.

Le bois formé parait aux yeux nus n’être composé que de fibres longitudinales, pressés les unes contre les autres et unies par une espèce de gluten. Mais pour connaître l’organisation du bois, ce west pas dans le tronc d’un vieil arbre qu’il faut aller l’examiner ; on doit, pour ainsi dire, être présent à sa formation, afin de le suivre dans son développement, et de pouvoir expliquer comment ensuite le tronc d’un arbre parait n’être formé que de fibres.

Si nous prenons une jeune tige où un jeune rameau, et que nous en coupions une tranche circulaire dans l'endroit développé depuis huit ou dix jours, nous verrons d’abord au centre de cette tranche beaucoup de cellules transparentes : elles appartiennent à la moelle. Autour de cette moelle, on voit un cercle de gros points opaques, très pressés les uns contre les autres. Ces gros points sont les sections des premiers faisceaux de tubes ligneux, les seuls développés ou plutôt organisés jusqu’à cette époque ; l’espace compris entre ces faisceaux et l'écorce est rempli de tissu cellulaire, beaucoup plus fin et plus opaque que celui de la moelle. Bientôt cet espace s'agrandit, et il s’y développe successivement et circulairement comme la première fois, d’autres faisceaux de tubes qui se pressent contre les anciens : chaque année ajoute plusieurs couches de ces tubes; les plus anciens secompriment, se durcisseni et acquièrent successivement de la solidité et l'apparence de fibres que nous leur trouvons dans le bois parfait. Mais le tissu cellulaire, qui était seul visible entre le premier cercle de tubes et l'écorce, ne se détruit pas ; au contraire, il augmente en raison des nouvelles couches de tubes ligneux qui s'organisent, en les unissant les uns aux autres. Ce tissu cellulaire n’acquiert jamais la solidité des tubes ; car quand nous divisons ou séparons les tubes qui, aux yeux nus, nous paraissent des

fibres, c’est lui qui se déchire, et qui, comme on le voit, n’oppose qu’une faible résistance. Telle est en gros la structure du bois des dicotylédons ; mais nous allons la reprendre le microscope à la main, pour-en mieux connaitre les détails.

Si nous soumettons au foyer d’une forte lentille l'un des gros points qui entourentla moelle d’un jeune bourgeon, nous voyons qu'ilest composé d’un grand nombre de tubes très étroits, serrés les:uns contre les autres, plus oumoinshexagones, d’une substance plus solide et beaucoup moins transparente que celle des cellules. Au centre de cet amas de tubes on remarquetoujours une trachée, comme dansles monocotylédons, avec cette différence, que dans ces derniers tous les faisceaux de tubes en général ont une trachée à leur centre, tandis qu'ici il n’y a que le seul rang de tubes qui entoure immédiatement la moelle, qui ait des trachées. Les tubes qui se développent ensuite en dehors de ceux-ci n’en offrent jamais, quoique Mustel, Senebier et autres, en indiquent jusque dans l'écorce. M. Mirbel ne reconnait, comme nous, de trachées qu’autour de la moelle ; mais il les place immédiatement autour de cette moelle, et non au centre des faisceaux de fibres, qui, selon nous, forment le canal médullaire.

Divers auteurs allemands ont avancé qu'un vaisseau ou tube après avoir été entier, pouvait se cribler de trous, se fendre circulairement et devenir trachée.

M. Mirbel combat cette opinion, et assure qu’un vaisseau ne change jamais, mais qu’il peut être dès l’origine entier par un bout, criblé, fendu ou trachée par l’autre. Ceci implique une assez grande contradiction ; car en admettant cette modification, comme il y a des vaisseaux depuis le canal médullaire jusqu’à l’épiderme, tout le bois et toute l'écorce pourraient offrir des trachées; et c’est pourtant ce que l'observation rejette. Les couches successives du bois et de l’écorce offrent des vaisseaux poreux, des vaisseaux en chapelet, des vaisseaux propres, mais non des vaisseaux en trachées.

On a coutume de distinguer dans un tronc d'arbre l’aubier et le bois parfait : Yaubier est la partie extérieure, encore vivante, etle bois parfait la partie centrale qui a cessé de vivre : ils se reconnaissent souvent à la différence de leur couleur. Sous le nom de rayons médullaires, on désigne des lignes ordinairement plus blanches, qui rayonnent du centre à la circonférence , formées d’un tissu plus fin et plus dur que le reste, et dont les plus anciens semblent en effet sortir de la moelle; mais à mesure que le tronc grossit, ses rayons se multiplient, et l’origine des derniers est d’autant plus loin de la moelle centrale qu'ils se sont formés plus tard ; et comme ceux-ci sont de même nature que les premiers, on est porté à penser que ni les uns ni les autres ne dérivent de la moelle, et que le nom de rayons médullaires doit être rejeté : aussi Lindley les appelle-t-il zayons argentins ; leur usage n’est pas connu. Cependant comme la nature travaille selon les lois de l'architecture, on peut penser qu’elle multiplie ces rayons à mesure que les arbres grossissent, pour maintenir partout la même solidité.

ARTICLE VI. — De l'écorce.

Tout le monde connaît l'écorce et la place qu’elle occupe dans les végétaux. On la divise en trois parties, qui sont l'épiderme, les couches corticales et le liber. Nous allons examiner successivement ces trois parties, en commençant par le liber.

L'usage a restreintlenom deliberaux couchesles plusnouvelles, etpar conséquent lesplusintérieures de l'écorce, sans qu’il ait été possible pourtant de déterminer l'épaisseur ni lenombre des couches de celiber,qui-ne diffère en effet des couches corticales qu’en ce qu’il est plus jeune, qu’il touche encore Le bois, et qu’il n’est pas encore repoussé en dehors parun autre liber plusjeune, quilui fera prendre lenom de couche corticale, comme lui-même l’avait fait prendre à un autre, etc. Ainsi le liber est aux couches corticales ce qu'un jeune homme est à un homme fait.

Le liber est formédetubes longitudinaux, quelquefois plus gros et quelquefois plus fins que ceux du bois, etils sontentremélésde cellules dirigées versla circonférence de l'écorce. Le liber, développé au printemps, se trouve, dans le courant de l'été, repoussé vers la circonférence et relégué parmi les couches corticales.On voitalors qu’il a subi un changement considérable ; car ces tubes, qui étaient

d’abord à-peu-près parallèles et très rapprochés, se sont désunis dans certains endroits et ont formé de grandes mailles qui se trouvent remplies de tissu cellulaire. Plus les couches corticales sont poussées en dehors, plus les mailles qui se sont formées entre leurs tubes sont grandes : ces mailles, par leur agrandissement progressif forment des cônes comprimés, dont le sommet est entre le bois et le liber, et la base à la circonférence de l’écorce. Voici comment ces lacunes ou ces mailles sont obligées de se former. L’écorce n’a été d’abord composée que d’une seule couche de liber, formant un cercle autour du corps ligneux : mais entre ce premier cercle et le corps ligneux il se développe un autre liber, qui, prenant la place du premier, oblige celui-ci à reculer et à occuper un cercle d’un plus grand diamètre : or, comme il nese forme aucune fibre ailleurs qu'entre le bois et l’écorce, il est évident que lestubes de ce premier liber, ainsi repoussés sur un cercle plus grand, sont obligés de se désunir dans quelques endroits pour pouvoir occuper cette nouvelle place, d’où ils seront encore chassés, jusqu’à ce qu’enfin, arrivés à la circonférence, ils se détruisent successivement par l’action des élémens extérieurs. Mais, afin de conserver les formes primitives, la nature n’a pas voulu que ces tubes se divisassent en fentes en un seul endroit ; elle a voulu qu'il s'établit des mailles dans toute la circonférence, qui prétassent également partout, et que toujours les nouvelles mailles ne fussent que la suitedes anciennes; ce qui nous prouve que toutes ces couches, que nous séparons ensuite facilement, sont d’abord réellement continues entre elles, et nous explique pourquoi les mailles ou fentes forment toujours des cônes renversés, dont le sommet est sur le bois et la base à la circonférence de l'écorce.

Malpighi et Duhamel ont connu et figuré ces mailles de l’écorce ; ils disent bien qu’elles se remplissent de tissu cellulaire, mais ils ne disent pas d’où vient ce tissu. Nous présentons ici trois hypothèses à ce sujet : 1° le tissu cellulaire grandit-il ses cellules à mesure que la place qu’il occupe s'agrandit par l'éloignement progressif des tubes corticaux ? 2° Le tissu se forme-t-il de nouvelles cellules dans la place même qu’ils doivent occuper? 3° De nouvelles cellules, organisées continuellement dans le nouveau liber, seraïent-elles repoussées de l’intérieur de ces mailles pour le remplir? Quoi qu’il en soit, ce tissu cellulaire est très abondant sous l’épiderme, où il prend une couleur verte , et où il reçoit communément le nom de parenchyme.

On voit, par ce que nous venons de dire, que le liber et l'écorce sont une seule et même chose : aussi avons-nous passé sans pouvoir faire autrement de l’un à l’autre dans cette description. L'écorce offre ordinairement beaucoup plus de vaisseaux propres que le bois; et comme ce sont ces vaisseaux qui contiennent les gommes, les huiles, les résines, les baumes, etc., et que c’est dans ces substances que résident les propriétés de plantes, ce sont aussi les écorces qui ont le plus d'énergie médicinale.

ARTICLE IX. — De l'épiderme.

Les auteurs ne sont pas encore tout-à-fait d'accord sur la nature de l’épiderme. Les uns veulent que ce soit une membrane particulière, tandis que les autres prétendent que ce n’est autre chose que la superficie du tissu cellulaire de l'écorce desséchée et carbonisée par l’air et la lumière. Ces deux opinions paraissent également fondées sur l'observation ; car il est très naturel de regarder l’épiderme du bouleau, du cerisier, comme une membrane distincte, tandis qu’il est évident que lépiderme d’une jeune branche de saule n’est que la superficie desséchée du tissu cellulaire de son écorce. Il ne serait donc pas du tout étonnant qu’on en vint un jour à reconnaitre que certains arbres, comme tous ceux à fruits à noyau , ont une épiderme et que d’autres, comme le platane, n’en ont pas, si l’on voulait admettre que l’épiderme doit être une membrane particulière.

Lorsque l’épiderme n’est visiblement qu’à la superficie desséchée du tissu cellulaire , il est impossible d’en enlever la plus petite lame en long ou en large, et cela se conçoit aisément ; mais dans le cerisier et le bouleau, ils enlève en lanières circulaires avec la plus grande facilité, et laisse intacte la couche de tissu cellulaire qui recouvre tout le système tubulaire de l’écorce. La direction circulaire de Pépiderme, dans les arbres où il est le plus manifeste, est une chose singulière, et dont on ne conçoit pas encore bien la raison.

ARTICLE X. — Des diférens liquides contenus dans les vaisseaux des plantes.

Une plante ne serait qu’un squelette, dit Duhamel, si les vaisseaux qui la composent étaient dénués des liqueurs qui leur donnent, pour ainsi dire, la vie. Ces liqueurs sont nombreuses sans doute ; mais on en distingue parfaitement, jusqu'à présent, que deux, qui sont la sève ou lymphe, et le suc propre.

La Lympne, appelée sève pour tous les jardiniers , n’est apparente ou peut-être n'existe que quand les végétaux croissent ou sont prêts à croître. Ainsi on ne trouve pas de sève dans les arbres de nos forêts pendant lhiver ; mais au printemps toutes leurs parties s'humectent et se gonflent : alors l'écorce se détache aisément du bois; le tissu cellulaire, les tubes ligneux ou vaisseaux lymphatiques se trouvent pleins de sève, qui a presque toujours la fluidité et la limpidité d’une eau pure, et qui est imprégnée de quelque saveur légère. Cette lymphe coule abondamment par les plaies qu’on fait à la vigne, au bouleau et à l'érable, avant que ces arbres aient poussé des feuilles; et l’on sait qu’au Canada on retire une grande quantité de sucre de la lymphe d’une espèce d’érable, qui, pour cette raison, porte le nom d’érable à sucre.

La sève contient les élémens de toute la substance végétale, comme le sang contient ceux de toutes les parties de notre corps : elle monte, nourrit en passant les organes déjà formés, et elle descend entre le boïs et l’écorce porter la matière propre à la formation de nouvelles cellules et de nouveaux tubes jusque dans les racines qu’elle allonge.

Le suc PRoPRE offre beaucoup plus de variétés que la lymphe. Il est blanc , jaune, rouge, huileux , gommeux, résineux, souvent odorant, et presque toujours d’une saveur très exaltée ; il n’est pas répandu dans toutes les parties du végétal , comme la lymphe , et il n’est pas nécessaire que la plante soit en végétation pour que sa présence se manifeste. On le trouve enfermé dans des vaisseaux particuliers, appelés vaisseaux propres , qui , assure M. Mirbel, ne communiquent par aucune ouverture avec les autres parties de la plante. Ces vaisseaux propres, assez bien connus quant à leur forme et à leur position, le sont fort peu quant à leurs fonctions ; on peut cependant les comparer à la rate des animaux, qui sécrète le fiel sans que l’on ait encore pu savoir comment. Au reste, la gomme du cerisier, le lait du figuier et la résine du sapin , sont les sucs propres de ces arbres. Les vaisseaux qui les contiennent sont plus ou moins nombreux, selon les différentes espèces de végétaux , et placés assez irrégulièrement dans l'épaisseur du bois et dans celle de l’écorce. On remarque cependant qu’ils sont plus gros et plus nombreux dans la plupart des écorces ; et comme la vertu des plantes réside principalement dans leurs sucs propres, il n’est pas étonnant que l'écorce du quinquina , de la cannelle, du chêne , etc. , ait plus de propriétés que le bois. |

ARTICLE XL —— De l'air contenu dans les végétaux.

L'air est un fluide aussi nécessaire à la vie des végétaux qu’à celle des animaux: c’est une vérité dont tout le monde convient. Non-seulement l'air atmosphérique les pénètre en entrant par leurs pores, soit seul , soit avec les alimens qu’ils aspirent ; mais il s’en forme aussi dans leur intérieur par la combinaison des élémens amenés par la sève , et ce nouvel air s’en échappe aussi aisément que l'air extérieur y entre. C’est par cette propriété qu'ont les végétaux de changer la nature de l'air qui les pénètre , qu’ils neutralisent les miasmes qui nous deviendraient nuisibles «u même mortels , si nous les aspirions avant qu’ils n’aient passé, pour ainsi dire, par leurs poumons. L’épiderme des tiges et des feuilles a des pores d’une forme particulière, nommés s{omates, qui peut-être donnent accès à l'entrée ou à la sortie de l'air, mais le véritable usage de ces organes n’est pas encore connu.

La chimie pneumatique explique maintenant les combinaisons qui s’opèrent dans les végétaux, bien différemment qu'on ne le faisait du temps des Haller et des Duhamel. Haller expliquait tout par la dilatation et la compression de l'air; aujourd’hui les gaz et les acides sont les agens et souvent les élémens de la nutrition et de l’organisation végétale.

On croyait autrefois que l'air des végétaux était contenu dans certains vaisseaux formés de rubans roulés en tire-bourre, qu’on ne trouve dans les dicotylédons qu’auprès de la moelle, et que, pour cette raison, on a appelés trachées, en les assimilant aux trachées des insectes ; mais l’usage de ces trachées est encore absolument inconnu dans les plantes, malgré tout ce qu’on en à pu dire.

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