PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE
Nous venons de voir dans le premier chapitre que les végétaux ont trois degrés d'organisation, qui les divisent assez naturellement en trois ciasses différentes ; que ceux dont l’organisation est la plus compliquée ne sont cependant formés que de deux organes simples, qui sont les cellules et les tubes ou vaisseaux; que ces organes simples en forment d’autres composés, sous les noms de moelle, de bois et d’écorce ; que ces organes contiennent des fluides et de l'air. Mais par abstraction nous avons considéré toutes ces choses dans un état de repos ; maintenant nous allons rendre au végétal sa force vitale , et tâcher de le suivre dans ses fonctions, dans son accroissement, dans sa reproduction , et enfin jusque dans son dépérissement.
ARTICLE PREMIER. — Des mouvemens qu'exécutent les végétaux.
Les végétaux exécutent des mouvemens si merveilleux, que plusieurs philosophes ont pensé que ces êtres étaient doués de la sensibilité; mais, dit M. De Candolle, outre que les végétaux ne présentent aucun indice de sensibilité , il semble contraire à la marche de la nature que des êtres qui ne peuvent ni se défendre du mal ni l’éviter , soient doués de la faculté de le sentir, M. De Candolle, en refusant la sensibilité aux plantes, leur accorde l’irritabilité, et au moyen de cette faculté, il tâche d’expliquer les mouvemens les plus extraordinaires qu’elles exécutent. Parmi ces mouvemens, il y en a en effet une partie qu’on peut sans effort rapporter à l’irritabilité ; mais il y en a aussi qui nous semblent du ressort des causes finales , et qui ne seront jamais expliqués : les plus merveilleux de ceux-ci sont exécutés par les organes sexuels pour consommer l’acte de la fécondation. On voit d’un côté les étamines s'approcher l’une après l’autre, du stigmate , et le couvrir de leur poussière prolifique ; de l’autre, on voit le stigmate s’incliner sur les étamines et se relever après avoir été pénétré de leur vertu fécondante , qu’il transmet immédiatement aux ovules. Certes, c’est vouloir qu’il se produise de bien grandes choses avec de très petits moyens, que de rapporter cet acte à l’irritabilité. Pour nous, plus nous y pensons, plus nous croyons devoir nous écrier avec le prince des poètes : omnia Jovis plena. Mais il ya des mouvemens dans les plantes qui s'expliquent d’une manière satisfaisante par lirritabilité , par l’élasticité, par les impressions hydroscopiques. Nous allons en rapporter quelques exemples.
1° Mouvemens attribués , avec raison , à l’irritabilité. Les piqüres d’aiguilles très fines font contracter les muscles des animaux; de même , en piquant les étamines de l’opuntia , de l’épinevinette, des cynarocéphales, les poils de la drosera, les feuilles de la dionæa , etc., on fait exécuter à ces organes des mouvemens considérables. Le chlorate oxygéné irrite puissamment les muscles des animaux; il accélère d’une manière très marquée le développement des plantes. Le froid contracte les muscles des animaux , et une chaleur douce les étend ; de même beaucoup de feuilles de la famille des légumineuses se contractent ou se ferment pendant la nuit et s'étendent pendant le jour. L’habitude ou des impressions trop fréquentes émoussent l’irritabilité chez les animaux : une jolie observation de M. Desfontaines prouve qu’elle s'émousse aussi chez les plantes. Ce savant professeur , partant un jour pour la campagne , mit dans sa voiture un pot de sensitive (zimosa pudica , Lin.); le premier mouvement de la voiture a fait à l'instant fermer toutes les feuilles et baisser tous les rameaux ; mais au bout d’un certain temps, les : \imeaux se relevérent peu-à-peu, les feuilles souvrirent et s’étendirent ; nonobstant le mouvement continuel de la voiture, aussi bien que si la plante eût été dans le repos le plus absolu et au plus beau soleil
>° Mouvemens attribués à lélasticité. Quand le calice des pariétaires s’ouvre , les filets des étamines , qui étaient pliés en deux , se débandent brusquement, se dressent et forment une croix à quatre bras plus longs que le calice. Lorsque les fruits des balsamines sont mûrs, ils s'ouvrent avec élasticité , et toutes leurs parties s’élancent à de grandes distances. Les fruits du momordica elaterium ne se brisent pas dans la maturité, mais ils lancent leurs graines par un petit trou , à io ou 12 pieds de distance. L’Aura crepitans porte un fruit appelé sablier , parce qu’en effet il forme un joli sablier de bureau; souvent, au moment où ne s’y attend le moins, ce fruit éclate avec un bruit considérable, brise la carafe et casse les glaces qui se trouvent sur le passage de ses éclats , qui volent au loin.
3° Mouvemens attribués aux impressions hygrométriques. Tousles corps organisés, et beaucoup de ceux qui ne le sont pas, se resserrent par la sécheresse et s'étendent ou se gonflent par l’humidité : le passage de l’un à l’autre de ces états ne peut se faire que par un mouvement dans les corps qui y sont soumis; mais ce passage est si peu sensible dans la plupart , qu’il est considéré comme nul. Il y a cependant quelques plantes qui subissent de grands mouvemens dans cette circonstance , et dont on se sert pour faire des instrumens appelés hygromètres , qui servent à mesurer l'humidité ou la sécheresse de l’air. Ainsi les barbes des graminées, et surtout celles d’une espèce d’avoine , se tortillent et se raccourcissent beaucoup par la sécheresse : une petite plante de la famille des crucifères, nommée rose de Jéricho , étend ses rameaux par l'humidité et les ramasse en paquet par la sécheresse.
ARTICLE IE. — De la nutrition.
C’est par absorption que le végétaux prennent leur nourriture. Ils absorbent ou sont susceptibles d’absorber par toute leur surface , au moyen des pores nombreux qui y sont répandus; mais ce n’est que par les racines qu’ils peuvent tirer la grande quantité d’alimens nécessaire à leur entretien et à leur développement. Il y a pourtant quelques plantes appelées fausses parasites , fixées ou sur les arbres ou sur les rochers, qui paraissent ne se nourrir que de ce qu’elles aspirent par leur surface ; mais ces plantes sont peu nombreuses en comparaison de celles qui vivent par leurs racines. C’est par l’extrémité des racines seulement .que l’eau s’introduit dans les végétaux, et les botanistes donnent aujourd’hui le nom de spiongiole à cette extrémité. L'eau qui entre dans les végétaux tient ou peut tenir en dissolution beaucoup de substances dont nous parlerons dans le chapitre suivant. Cette eau acquiert des qualités et prend le nom de sève ou de lymphe en entrant dans les plantes; elle monte des racines par l'intérieur du bois, jusqu’au sommet des rameaux, où elle arrive en assez peu de temps, après avoir subi en route des modifications et avoir pénétré jusqu’à l'écorce. Arrivée au sommet des rameaux , elle ÿ dépose une matière qui s'organise et prolonge les rameaux ; elle descend ensuite entre le bois et l'écorce, s’élabore de plus en plus, détermine ou forme en passant les nouvelles couches ligneuses et les nouvelles couches de Liber, et va enfin se terminer dans les racines , qu’elle allonge et grossit.
La sève descendante est encore contestée par quelques physiologistes , notamment par M. Mir-
bel ; mais pour nous elle est clairement démontrée par un grand nombre d'expériences.
ARTICLE IN. — Des différentes substances contenues dans la sève des végétaux.
L'eau est le véhicule de la nourriture des végétaux ; mais elle-même ne les nourrit que peu ou point, car une plante meurt ou profite peu dans l’eau distillée.
On peut diviser les élémens des végétaux en essentiels et en accidentels. Les essentiels sont le carbone , le gaz hydrogène, oxygène et azote ; les accidentels sont la chaux, la silice , le carbonate et le sulfate de chaux , le carbonate de potasse , de soude, le nitrate de potasse, l’oxyde de fer , etc. C’est l’eau seule qui charrie toutes ces substances: elle les tient en dissolution et les introduit dans les plantes ; ou bien elle y introduit seulement leurs élémens , qui s’y combinent ou s’y désunissent ensuite. Ainsi , quoique le carbone compose presque toute la masse du végétal,
l'eau n’y en charrie pourtant par un atome tout formé; mais elle tient suspendu le gaz acide carbonique, qui, étant arrivé dans la plante , dégage son oxygène et dépose son carbone. Les autres substances sont ou plus particulières à certaines plantes, comme la silice aux graminées, ou en dissolu‘ion dans certaines terres seulement, et pompées par les végétaux qui y croissent.
ARDICLE IV. — Du mode d'accroissement des végétaux.
Le mode d’accroissement a été peu examiné jusqu’à présent dans les acotylédons et dans les monocotylédons ; on l’a assez suivi dans les dicotylédons, et il est certain que dans cette dernière classe l'accroissement se fait seulement entre le bois et l'écorce.
Les acotylédons offrent autant de variétés dans le mode de leur accroissement que dans leur port et dans la nature de leur substance. Quelques moisissures paraissent naître avec toutes leurs parties, et ne faire ensuite que développer et étendre ces mêmes parties, sans jamais en ajouter de nouvelles: d’autres ajoutent visiblement de nouvelles zones autour des anciennes , dans la même année et dans les suivantes. Le tronc des fougères en arbre parait croître à la manière des monocotylédons ; mais les observations directes manquent encore sous ce point.
L’accroissement des monocotylédons se fait certainement dans l’intérieur du tronc même, et non à la circonférence, comme dans la classe suivante ; cependant on ne sait pas encore sil se fait dans toute l'épaisseur du tronc , ou seulement au centre. Les oignons et les bulbes des monocotylédons sont probablement dus à une sève descendante; mais la marche de la sève en général est encore si peu connue dans ces plantes , qu'on ne peut rien dire de positif à son égard.
Nous avons déjà dit à l’article Nutrition, en parlant des dicotylédons, que la sève montante allongeait les rameaux des plantes de cette classe, et que la sève descendante les grossissait. De ces deux faits , le premier n’a jamais été mis en question ; le second est appuyé de tant d’expériences, que nous ne concevons pas comment M. Mirbela pu se refuser à le reconnaître. En enlevant un anneau d’écorce à une branche, on empêche la sève de descendre , et il en résulte que la branche devient plus grosse au-dessus qu’au-dessous de la plaie; et si cette branche a du fruit,
il devient au moins un tiers plus gros que sur les autres branches, et il mürit ordinairement huit ou dix jours plus tôt.
ARTICLE V. — De La transpiration sensible el insensible des plantes.
La transpiration sensible des plantes ne se remarque guère que sur certaines feuilles , dont les nervures se réunissent en un ou plusieurs faisceaux assez gros : alors on voit quelquefois des gouttelettes d’eau au bout de ces faisceaux. Mais toutes les plantes exposées à l'air transpirent plus ou moins , d’une manière insensible à l'œil : toute l’eau qui a servi de véhicule à la nourriture ne se combine pas dans le végétal; il ne s’en combine même qu’une très petite partie, le surplus s'échappe par les pores des feuilles et des rameaux ; et c’est ce qu’on appelle transpiration insensible. Pour apprécier cette transpiration , on enferme un rameau dans un ballon de verre; et la transpiration , ne pouvant plus s’'évaporer, s'attache au ballon et s’y rassemble en gouttelettes. Haller a fait de belles expériences sur la transpiration, qui ont été répétées par plusieurs physiciens , et qui prouvent que les plantes transpirent considérablement au soleil et au grand air, et qu’au contraire elles aspirent à la pluie et pendant les nuits humides.
ARTICLE VE. —— Des sécrétions.
On désigne sous le nom de sécrétion, des choses probablement très différentes les unes des autres : on peut, du moins quant à présent, en attendant mieux, établir deux sortes de sécrétions, la sécrétion interne et la sécrétion externe. Dans la première on rangera les sucs stationnaires qui restent enfermés dans le végétal, comme l'huile essentielle de l'orange , etc., et dans la seconde , tout ce qui se répand au-dehors du végétal. Cette dernière se divise même naturel-
lement en sécrétion gazeuse et en sécrétion palpable : la sécrétion gazeuse produit des odeurs et B.
des vapeurs inflammables , et la sécrétion palpable donne des résines, des gommes, des huiles, etc., qui découlent des végétaux ou qui recouvrent quelques-unes de leurs parties : ainsi la poudre qui fleurit la prune et le raisin est une sécrétion qui tient de la cire et de la résine.