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DE LA REPRODUCTION ET DE LA DURÉE DES VÉGÉTAUX

On reconnait deux modes de reproduction dans les végétaux ; l'un par bouture où marcotte, et l’autre par graine. Cependant il n’y a de véritable reproduction que celle qui se fait par graines; car les boutures et les marcottes ne font que prolonger la vie dans une partie du végétal, et ne produisent réellement pas un nouvel étre , de toute pièce, comme fait la graine. C’est la graine qui est le terme de toute végétation; c’est pour la graine que les plantes ont un appareil d’organes modifié sous toutes les formes imaginables, appelé fleur , destiné à opérer l’acte important de la fécondation , qui est le grand moyen que la nature emploie pour la multiplication et la conservation des êtres organisés.

ARTICLE PREMIER. — Idée générale sur les fleurs.

Une fleur est complète avec une étamine et un pistil : l’étamine est l’organe mäle , et le pistil l'organe femelle. Ces deux organes sont le plus souvent placés ensemble sur un même point de la plante , et constituent alors une fleur hermaphrodite. Quelquefois ils sont bien sur la même plante, mais l’étamine est sur une branche et le pistil sur une autre; la fleur est pour lors monoïque , comme dans le noyer; enfin, quand l’étamine est sur un arbre et le pistil sur un autre, la fleur est dioïque, comme dans le pistachier. Mais que la fleur soit hermaphrodite, monoïque ou dioïque, elle est rarement réduite aux seuls organes sexuels; le plus souvent elle a un calice et dans celuici une corolle, qui entoure ét protége les organes sexuels. C’est la corolle qui, dans la rose et l'œillet, brille de si vives et de si éclatantes couleurs, et qui répand des parfums si suaves. Elle est formée de plusieurs pièces dans ces fleurs ; mais celle du liseron et de la campanule sont d’une seule pièce, appelée pétale. On voit rarement plusieurs pistils pour une étamine, tandis qu’on rencontre presque partout beaucoup d’étamines pour un seul pistil, comme si la nature avait multiplié les moyens d'assurer la fécondation. Le nombre et la forme des parties des fleurs sont si variés que les botanistes en tirent la plupart des caractères qui leur servent à former des genres. La fleur du poirier, par exemple, est composée d’un calice divisé en cinq lanières lancéolées et aiguës; de cinq pétales ovales , attachés à l’orifice du calice et alternes avec ses divisions; d’une vingtaine d’étamines également attachées à l’orifice du calice , formées chacune d’un filet assez long, terminé par une anthère ovale, bilobée et biloculaire; d’un ovaire placé sous la fleur, divisé intérieurement en cinq loges contenant chacune deux ovules, surmonté de cinq styles de la hauteur des étamines et terminés en stigmates échancrés*. La fleur du pommier ne diffère presque pas de celle du poirier ; mais celle du prunier en diffère en ce que son ovaire est placé dans la fleur même , qu’il n’a qu'une loge et deux ovules, et qu'il n'est surmonté que d’un seul style. Enfin, chaque genre de plante offre quelque différence dans sa fleur ou dans son fruit.

ARTICLE IL. —— De la fécondation.

Les anciens avaient des idées très justes sur les sexes des plantes. Le dattier surtout leur avait appris que le concours du mâle et de la femelle était indispensable à la perfection des dattes ; mais il n’est pas certain qu’ils aient étendu cette indispensabilité à toutes les plantes connues. Ge qu’on en savait fut même oublié jusqu’en 1592, que Zaluzianski distingua de nouveau les sexes des plantes. Plusieurs naturalistes en donnèrent ensuite des preuves , et Linné, en 1736 fit généra-

:* L’ovaire, le style et le stigmate constituent le pistil.

lement adopter cette opinion, qui aujourd’hui parait une vérité bien démontrée dans les plantes phanérogames.

S'il est bien reconnu que le concours des deux sexes est indispensable à la reproduction de l’espèce chez les animaux et chez les végétaux, l’acte de la fécondation n’en reste pas moins couvert d’un voile impénétrable dans l’un et l’autre règne : on ne connaît que le gros matériel de l'opération , et le merveilleux échappe à nos sens. Ainsi, quant aux plantes, on sait que, dans les premiers momens de l'épanouissement d’une fleur, le stigmate s’humecte, que l’anthère s'ouvre, que le pollen qu’elle contient éclate , et l’on croit qu’il lance un fluide qui imprègne le stigmate et pénètre par des vaisseaux jusqu'aux ovules qu'il féconde. Il est bien certain que c’est dans le pollen que réside la vertu fécondante, et que c’est par le stigmate que cette vertu agit sur les ovules; mais on ne sait pas, et probablement on ne saura jamais comment elle agit ; il est également bien certain que jamais l'embryon ne se manifeste à l’œil avant d’avoir recu l'influence du pollen. Quand Spallanzani dit qu’il a vu des embryons dans les ovaires des végétaux avant la fécondation ; cet auteur ne s'exprime pas clairement, ou on l'interprète mal ; il a vu des ovules dans les ovaires et non des embryons. On appelle ovule, un petit sac qui contient une liqueur dans laquelle l'embryon se manifeste après la fécondation. Aïnsi Spallanzani a pris le contenant pour le contenu.

Dans beaucoup de plantes l'embryon est visible entre deux et six jours après la fécondation ; mais dans le Pin-pignon nous l’avons en vain cherché dans des ovaires fécondés depuis deux ans. Il est probable que dans cet arbre, dont les fruits ne mürissent qu’à la troisième ou la quatrième année, l'embryon ne se manifeste que dans l’année même de sa maturité. La noïx, fruit du noyer, a déjà acquis toute sa grosseur avant que son embryon commence à s'organiser: d’autres fruits, au contraire , comme la pêche, ne grossissent sensiblement que quand leur embryon est complétement formé.

Certains philosophes admettaient autrefois la préexistence des germes dans les végétaux, ainsi que dans les animaux, et soutenaient non-seulement que l'embryon d’un chène existait avant la fécondation , mais encore que l'embryon du premier chêne avait contenu tous les chênes qui se sont développés depuis , et tous ceux qui se développeront jusqu'à la fin du monde. Cet emboîtement à l'infini de fœtus et d’embryons paraît aujourd’hui une opinion aussi extravagante qw’inutile , puisqu'elle échappe à l’imagination et qu’elle n’explique rien. Pour nous, nous aimons mieux croire que la matière s'organise ou se modifie en temps et lieux , selon les lois immuables qui lui sont imposées par la puissance divine.

ARTICLE I. — De l'influence de la fécondation sur le fruit.

Nous venons de voir que la fécondation influe directement sur la graine, ou plutôt qu’il n’y a pas de graine sans fécondation parfaite*; mais comme la graine est toujours accompagnée et entourée de parties utiles à sa formation, à sa conservation, et qui constituent presque toujours ce qu'on appelle fruit, on a remarqué d’une part que, quand la fécondation n'a pas lieu ou que les graines avortent , le fruit ne grossit pas ou ne grossit que très peu ; et de l’autre part on a également remarqué de très gros fruits qui ne contenaient pas de graines , et qui par conséquent paraissaient n’avoir pu profiter de l'influence de la fécondation. La première remarque a fait avouer aux botanistes que la fécondation influait sur le fruit; la seconde a fait dire aux adversaires que la fécondation n’était pas nécessaire au développement du fruit. L'observation admet et modifie également ces deux assertions, en les trouvant justes dans quelques endroits et fausses dans d’autres. Ainsi les dattes non fécondées ou qui ne contiennent pas d’embryon, restent acerbes et de moitié plus petites que les autres , tandis qu’une banane non fécondée, ou qui ne contient pas de graines , est beaucoup plus grosse et plus succulente que celle qui en contient. Aïnsi les lothos qui n’ont pas de graines, soit au moins deux tiers plus petits que ceux qui en contiennent,

* Nous parlons ici des plantes phanérogames et non des plantes cryptogames ei microscopiques, dans lesquelle on ne connait pas d'organes sexuels. ;

tandis qu'une poire , une pomme sans pepins, est souvent plus grosse et plus succulente que celle qui en contient , etc., etc. Cependant les exemples qui tendent à prouver que la fécondation est avantageuse au développement du fruit, sont infiniment plus nombreux que ceux qui tendent à faire révoquer cet avantage en doute. Voici pourtant un fait important en faveur de cette dernière opinion. Les fleur de la’ nèfle sans noyaux n’ont aucun rudiment de style ni de stigmate, et peuvent être considérés comme des fleurs absolument mâles; néanmoins il leur succède des fruits assez gros et très bons , qui, bien entendu , ne contiennent aucune graine. À quelques ex-

ceptions et à quelques faits près dont on ne peut rendre compte, il est néanmoins probable que la fécondation parfaite où imparfaite influe sur le développement du fruit, non d’une manière directe, mais d’une manière relative, en ce qu'après avoir déterminé la nourriture à se porter dans la graine, cette nourriture entre ensuite dans le fruit qui l'entoure.

ARTILLE WW. — De là germination.

La germination est l’action par laquelle une graine müre se dispose à devenir une plante semblable à celle qui la produite. Pour qu'une graine puisse germer , il faut qu'elle se trouve dans un environnant chaud et humide; la chaleur des couches , les pluies douces du mois d'avril, favorisent singulièrement la germination des graines qui ne sont revêtues que d’une mince enveloppe. Les graines de laitue, de cresson alénois , lèvent en vingt-quatre heures sur une couche chaude; mais les amandes et les noyaux ont besoin d’être humectés dans la terre pendant tout un hiver , pour germer au printemps suivant. Il n'y a pas encore très long-temps qu'on s’est imaginé de stratifier les amandes pour hâter leur germination. Stratifier des amandes ou des noyaux, c’est les mettre dans une cave, les disposer par lits dans du sable, afin qu’elles y germent ; on fait cette opération en octobre eten novembre, et en mars les amandes ont germé. On les plante alors dans la pépinière , où elles peuvent être greffées à la fin d'août de la même année...

Quand une graine est entourée d’une humidité convenablement chaude , elle se dispose à germer ; alors ses cotylédons se gonflent par l’humidité environnante qui les pénètre ; ils envoient de la nourriture à la radicule, qui bientôt s’allonge, ouvre ou déchire les enveloppes qui la recouvrent, et se plonge dans la terre pour aller chercher à son tour de la nourriture, qu’elle envoie à la plumule et quelquefois même aux cotylédons , qui alors prennent un certain accroissement comme dans le café ; mais ordinairement les cotylédons se dessèchent dès que les rapports séveux sont établis entre la racine et la plumule. Cette dernière se développe ensuite en tige et se divise en rameaux qui se couvrent de feuilles, s’ornent de fleurs et s’enrichissent de fruits. C'est toujours la radicule qui se développe la première dans la germination ; et quelquefois elle s’est déjà changée en une racine longue de 6 ou 7 décimètres comme dans le chène , que la plumule n’a pas encore acquis la hauteur de 4 ou 5 centimètres.

ARTICLE V. — De la durée et du dépérissement des végétaux.

La nature a mis des bornes peut-être encore plus variées à la vie des végétaux qu’à celle des animaux. Plusieurs plantes croissent, se reproduisent et meuren‘ en quelques heures ; d’autres parcourent la même périodeen quelques jours, celles-ci en quelques semaines, et celles-là en quelques mois. Beaucoup ne fleurissent et ne donnent du fruit qu'une fois et meurent aussitôt, un plus grand nombre persistent plusieurs années et donnent des fruits plusieurs fois, à des époques déterminées. Ces diverses considérations ont porté les botanistes à diviser les plantes en annuelles, en bisannuelles et en vivaces. Les premières sont celles qui ne vivent qu'un än ou moins; les secondes, celles qui vivent deux ans; et les troisièmes, celles qui vivent trois ans et plus. Les plantes des deux premieres séries meurent aussitôt qu’elles ont amené leur fruit à maturité : elles n’ont en conséquence ni vieillesse ni décrépitude ; elles cessent de végéter et se dessèchent. Celles de la troisième série, au contraire, sont sujettes à toutes les infirmités qui assiégent les animaux dans la dernière période de leur vie; elles perdent successivement une partie de leurs membres ; leurs vaisseaux s’obstruent, et la sève ne s'élève plus jusqu’au sommet des rameaux ; la force vitale s’affaiblit et ne résiste plus aux

influences extérieures ; enfin cette force vitale s'éteint entièrement et laisse la plante exposée aux agens destructeurs, qui peu-à-peu en désunissent les élémens pour les rendre au grand laboratoire de la nature, qui les soumet sans cesse à de nouvelles combinaisons.

Cette destruction totale arrive plus tôt ou plus tard à chaque plante, selon sa texture et les qualités de ses parties constituantes. On dit assez généralement que plus les arbres ont le bois dur, plus ils vivent long-temps, et on en apporte pour exemple les cèdres du mont Liban (son bois n’est pas très dur), qui existent depuis un temps antérieur à toutes les époques historiques connues; cependant le bois du baobab (adansonia digitata, Tanx.) est mou, spongieux, comme toutes les malvacées, et pourtant Adanson estime, par des calculs très ingénieux et assez plausibles, que quelques baobabs des îles de la Madeleine vivent depuis plus de six mille ans.

On trouve néanmoins certaines mousses et cerlaines plantes rampantes qui échappent à la loi générale, et qui paraissent être susceptibles de vivre indéfiniment, en ce qu’à mésure que leur base périt, leur sommet se garnit de nouvelles racines, de telle sorte que ces plantes voyagent réellement, et peuvent être trouvées à plusieurs lieues de l’endroit qui les a vues naître. L’art imite ce procédé de la nature, pour rendre indéfinie la vie des arbres fruitiers, au moyen des marcottes, des boutures et des greffes. Un poirier, par exemple, abandonné à lui-même, ne vit que de cent à cent cinquante ans; mais en le greffant successivement, il peut durer on ne sait combien de siècles. Nous croyons reconnaître quelques fruits mentionnés par Pline, pour être les mêmes que ceux que nous cultivons aujourd’hui, et comme ces fruits ne se reproduisent pas de graines, il faut absolument que les arbres qui les portent aujourd’hui soient des prolongations de rameaux pris sur les arbres qui existaient avant Pline.

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