‹ Pomologie françaiseChapitre 36 sur 122 · HISTOIRE, USAGE ET CULTURE · texte numérisé non relu

HISTOIRE, USAGE ET CULTURE

Duhamel commence son article Pêcher par déclarer qu'il n'entreprendra point de débrouiller ce que les anciens ont écrit du Persæa, Persica, Persicus, et de décider sils ont connu l'arbre que nous nommons Pécher; de le suivre avec eux d'Éthiopie en Perse, de Perse en Égypte, d'Égypte à Mycènes, etc., et de faire son histoire d'après des textes aussi obscurs, ou une tradition qui n’est fondée que sur ces textes.

Si Duhamel, dont le moindre mérite était d'être académicien, n'a pas cru pouvoir suivre le Pêcher depuis son lieu natal jusqu'en France, jusqu'à nous, je dois bien

me garder d'entreprendre cette tâche après lui; j'aime mieux prendre pour vraisem-

blable tout ce que les anciens ont dit de cet arbre, et croire, avec mon siècle, qu'il nous vient de la Perse, après avoir séjourné à Mycènes et en Italie. Mais je ne crois pas avec Duhamel, que le Pêcher soit si bien naturalisé chez nous, qu'il ne conserve d'exotique que le nom Persica. Dans la moitié nord de la France, il exige des soins de culture qui prouvent bien quil n'y est pas complètement acclimaté. Nous ne le faisons vivre à Paris pendant un certain nombre d'années que par une taille annuelle qui n'est pas dans la nature, et nous n’en obtenons de bons fruits, des fruits succulens, qu'à la faveur de la chaleur artificielle que nous lui procurons par des abris. Dans le midi de la France, le Pêcher ne réclame pas d’abri, ni même de taille, et ses fruits sont toujours bons. À Paris, le Pêcher non taillé et abandonné à toute la rigueur de l'atmosphère ne vit guère qu'une douzaine d'années, tandis qu'à l'abri d'un mur et taillé chaque année, on prolonge son existence jusqu'à cinquante ou soixante ans et quelquefois davantage, ce qui, vu sa manière de végéter, doit être plus long que dans son pays natal.

Le Pêcher est un arbre qui, dans son état actuel, est très disposé à varier. Aussi en possédons-nous un grand nombre de variétés de diverses qualités; et si la culture avait quelque intérêt à en augmenter le nombre, il pourrait devenir sans limite.

Le Pêcher abandonné à lui-même, dans nos vignes par exemple, ne donne qu'un petit fruit à peine mangeable; cependant il en existe une autre espèce également dans les vignes, plus grosse, allongée, comprimée sur les côtés, assez bonne, appelée Pêche de Corbeil parce qu'elle est propagée dans la vallée de cette ville; mais ni l’une ni l’autre ne sont comparables pour la qualité aux Pêches cultivées en espalier aux environs de Paris.

Si les botanistes s’occupaient des Pêchers cultivés, ils trouveraient que quelquesuns ont des caractères physiques, constans, suffisans pour les élever au rang d’'espèces conformément aux principes admis en botanique : ainsi il y a des Pêchers constamment à grandes fleurs, à fleurs moyennes, à fleurs petites; il ÿ a des fruits constamment duveteux, et des fruits constamment lisses; il y a des fruits dont la chair quitte le noyau, et d’autres dont la chair adhère fortement au noyau. Il y a des Pêchers dont les feuilles sont absolument dénuées de glandes, d'autres dont les feuilles ont des glandes globuleuses, d’autres dont les glandes sont réniformes ; de sorte qu'en faisant usage de tous ces caractères, on divise tous les Pêchers en un certain nombre de sections avec autant de facilité et de certitude que les botanistes en établissant leurs genres et leurs espèces. Cependant on dit que ces caractères se confondent quelquefois: on dit par exemple qu'on a vu un Pêcher avoir tantôt de grandes et tantôt de petites fleurs; qu'on a vu un Pêcher porter en même temps des fruits duveteux et des fruits lisses; pour moi, je n'en ai jamais vu, et si le fait existe,

il faut qu'il se reproduise bien rarement pour quil m'ait toujours échappé.

Quant à l'absence de glandes sur certains Pêchers, et à leur forme diverse sur d’autres Pêchers, c'est une connaissance qui n'est pas très anciennement appliquée dans la distinction des différentes sortes de Pêchers, et que même beaucoup de jardiniers et de pépiniéristes ignorent encore. Cette connaissance, d’origine française, s'étant plus répandue, ayant été mieux appréciée, plus appliquée en Angleterre qu'en France ; les Anglais, ignorant l’auteur de cette connaissance, l'ayant attribuée tantôt à l’un, tantôt à l’autre, je crois nécessaire de rétablir ici la vérité en faisant connaître celui qui, le premier, a fait usage des glandes pour aider dans la distinction des différentes sortes de Pêches.

D'abord je rappellerai que Duhamel n'a fait aucun usage des glandes en décrivant les Pêchers connus de son temps. Il savait pourtant qu'il en existe sur le pétiole ou à la naissance des feuilles des Pêchers, des Abricotiers, des Gerisiers, etc., puisque dans la Physique des arbres, publiée en 1758, il les a figurées sous le nom de glandes à godet ; et cependant il n'en est pas question dans son Traité des arbres fruitiers publié dix ans après. Il est donc permis de croire que Duhamel n'a pas aperçu, na pas deviné combien les glandes sont utiles, indispensables pour caractériser avec certitude les différens groupes de Pêchers cultivés.

Ce fut en 1810et 1811 que M. Desprez, juge à Alençon (Orne), membre de la Chambre des Députés, se trouvant à Paris pendant les sessions de la Chambre, employait le loisir que lui laissaient ses fonctions à étudier les Pêchers de l'école et de la pépinière du Luxembourg. Cest là que cet amateur éclairé, en étudiant minutieusement toutes les parties des Pêchers, a remarqué que les uns n'avaient pas de glandes à leurs feuilles, que d’autres avaient des glandes globuleuses, et que d’autres avaient des glandes réniformes. Il me fit part de ses observations; je les aï suivies, répétées pendant plusieurs années, me suis assuré qu'elles étaient constantes, et qu'on pouvait avec certitude les faire entrer avec beaucoup d'avantage parmi les caractères qui distinguent les Pêchers entre eux. M. Desprez, n'étant pas disposé à publier luimême sa découverte, et m'ayant autorisé à la faire connaître, je lui ai témoigné ma reconnaissance en publiant, sous le nom de Pêche Desprez, une nouvelle espèce que mon ami M. Noisette avait rapportée de la Belgique en 1808, sous le nom de Brugnon blanc, nom très impropre puisqu'elle n’est pas un brugnon. Ensuite, au moyen de l'absence et de la forme des glandes, j'ai pu former douze divisions parmi les Pêches cultivées, au lieu de six établies jusqu'alors, et par là faciliter singulièrement la distinction des espèces. C’est d’après ce plan que j'ai classé et décrit les Pêches mentionnées dans le Traité des Arbres fruitiers par MM. Poiteau et Turpin, 6 vol. in-fol., dans la première édition de la Pomone française, publiée par M. le comte Lelieur en 1817, et dans le Bon Jardinier depuis 1826. Enfin c'est dans ces deux der-

La

nmiers ouvrages que les Anglais, M. London et M. Lindley, en ont puisé la première idée , et l'ont fait connaître à leurs compatriotes, mais sans remonter à l'inventeur M. Desprez.

Tout le monde sait que les fleurs et les feuilles du Pêcher, prises en décoction ou autrement, sont purgatives ; et l’on attribue cette propriété à l'acide prussique quelles contiennent. Quant au fruit, je suis à même d'assurer qu'il n'y en a pas de meilleur

dans le monde connu, de plus sain, de plus rafraîchissant, et dont on puisse manger

autant sans danger.

Quant à la culture du Pêcher, aux environs de Paris, elle est assez compliquée, et a donné lieu à beaucoup de traités, auxquels je renvoie pour ne pas trop allonger

cet article.

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