PÊCHER À FLEUR FRISÉE
Persiea crispa. Poit. et Turp.
AI rencontré ce singulier pêcher, pour la première fois, au printemps de l'année 1810, dans le potager du Roi à Versailles. 11 ny en avait qu'un seul individu planté en espalier le long d'un mur au levant, et qui paraissait âgé de 12 à 15 ans. On n'a pu me donner aucun renseignement sur son origine, ni me dire de quelle pépinière on l'avait tiré, la révolution ayant forcé les anciens jardiniers à se disperser, et le potager ayant été même long-temps sans chef. Je n’ai pas même pu savoir si quelque amateur était venu le visiter, et si on en avait demandé des greffes. Néanmoins, j'ai profité de sa floraison pour en dessiner un rameau, et au temps de la maturité des pêches, Jy suis retourné pour compléter mon dessin. En 1816, je quittai le jardin de
Fontainebleau pour aller diriger les pépinières royales de Versailles, sous
l'administration de M. le comte Lelieur de Ville-sur-Arce. On n'avait jusque-là élevé que des arbres forestiers et d'agrément dans les pépinières royales; alors on jugea convenable d'y élever aussi des arbres fruitiers; des sujets furent plantés en conséquence; des amendes furent semées, et l'époque d’écussonner étant arrivée, j'allai au potager prendre des rameaux du Pêcher à fleur frisée et leur donnai la plus belle place parmi les greffes, car j'affectionnais singulièrement ce Pêcher, que j'aurais voulu tirer de l'obscurité où je l'avais trouvé. À la fin de 1817, la destinée m'a fait retourner en Amérique pour prendre la direction des cultures aux habitations royales de la Guiane. À mon retour, le Pêcher à fleur frisée du potager de Versailles était mort dans son obscurité; le premier garçon, qui l'avait greffé aux pépinières royales, était allé à Compiègne occuper une autre place; personne n'a pu me dire si on avait continué de greffer mon Pêcher de prédilection, et depuis ce temps je ne l'ai revu nulle part. Il est bien à craindre qu'il ne soit perdu.
Quoi qu'il en soit de ce Pêcher, ses fleurs ne ressemblaient à aucune autre fleur de ” Pêcher; on voit seulement qu'elles appartenaient à la section des grandes fleurs, et ce caractère, joint à celui des glandes et du fruit, prouve qu'il constituait une variété de la pêche grosse mignonne, déjà si fertile en variétés. Son fruit avait la grosseur, la couleur et les qualités de la grosse mignonne, et sa maturité arrivait dans la dernière quinzaine
d'août. Voir la planche Ci-jointe.