‹ Pomologie françaiseChapitre 75 sur 122 · A 100)| GE · texte numérisé non relu

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pêcher de gronder un peu les habitans des bords de la Loire de ce qu'en nous envoyant

maturité par un bout, tandis que l’autre bout est encore vert.

Nous sommes donc obligés de renoncer au plaisir de savourer l’abricot

Alberge de Montgamet sur les bords de la Seine; mais je ne puis mem-

leur abricot, ils en ont gardé la beauté, le suc et le parfum.

Cependant, en ma qualité d’observateur, je ne leur en veux pas. Depuis long-temps la Touraine est considérée comme le jardin de la France; son sol, son ciel sont des plus favorables à la qualité des fruits, et puisque les tourangeaux ne peuvent nous donner leur sol et leur ciel, il faut nous résoudre à manger des fruits moins savoureux que les leurs, quoique de la même espèce.

Puisque je suis en train de raisonner, je vais citer deux autres exemples à l'appui de mon dire. Tous les écrivains s'accordent à présenter la poire Rousselet de Reims, comme un des plus excellens fruits, et pourtant on en recueille rarement de parfaites à Paris. Duhamel, qui s'y connaissait, dit même que celles venues dans les cours et jardins de la ville de Reims, sont très supérieures à celles venues dans les campagnes aux environs de cette ville.

Depuis douze ou quinze ans la réputation de la Prune d'Agen s’est répandue, et chacun a voulu la posséder ; il y en a maintenant partout ; il en fallait à tout prix. Eh ! bien, personne ne parle de sa qualité, soit pour manger soit pour faire des pruneaux, qui sont si

beaux et si bons, faits à Agen. Tous ceux qui en planteront à Paris et dans le nord per-

dront leur temps; ils auront l'espèce, mais non la qualité que lui donnent le sol et le ciel de l’Agenais.

L'étude du sol et du climat n'est pas très avancée chez nous, et la naturalisation des végétaux à laquelle quelques hommes, fort respectables d’ailleurs, croient, ne se réalisera jamais; car, il ne suffit pas qu'un végétal croisse et vive sous un nouveau climat pour être naturalisé ou acclimaté, il faut encore qu'il n'ait rien perdu des qualités qu’il possédait dans son pays. Après cette petite digression, je rentre dans mon sujet.

Si l’abricot Alberge de Montgamet acquérait à Paris toute la perfection qu’on lui trouve en Touraine, il aurait, dit Duhamel, la chair fort tendre, presque fondante, d’un jaune très foncé et rougeâtre ; son eau serait abondante, d’un goût vineux relevé, mêlé d’un peu d’amertume qui ne serait pas désagréable. Le fruit figuré ci-contre paraît bien avoir des dispositions à acquérir toutes ces qualités ; mais il ne les a pas. Sa vinosité n’est pas assez adoucie par un suc que le climat de Paris ne peut faire naître.

La maturité de cet abricot a lieu à la mi-août.

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