‹ Pomone TournaisienneChapitre 4 sur 9 · I. CooRDINATION · texte numérisé non relu

I. CooRDINATION

Dans toute collection multiple, le besoin de l'esprit humain est de coordonner, pour arriver à rapprocher les analogues et à éloigner les choses dissemblables. C'est sur cette pensée que repose la classification des êtres par familles, genres et espèces ; cest sur elle aussi que reposait jusqu'à ces derniers temps la coordination des poires On admettait des groupes, les beurrés, les bergamotes, les calebasses, les doyennés, les bons chréhiens, les colmars, etc., et ces groupes servaient à donner une idée du fruit. À ces noms on ajoutait fréquemment un adjectif qualificatif, comme Peurré gris, Peurré blanc, Pon-chrétien d'été, Colmar d'hiver, ou bien le nom de l'obtenteur, ce qui constituait une nomenclature régulière et scientifique. Il y avait dans chaque dénomination quelque chose qui rappelait un souvenir et facilitait ainsi l'étude de la pomologie. Mais dans ces derniers temps beaucoup de semeurs ont trouvé plus commode de supprimer le nom coordonateur, et traitant les variétés de poires comme des semis de pelargonium, de fuchsia ou de

roses, 1ls en sont arrivés à désigner leurs gains par des noms de personnes, sans aucun point de repère. Ce système introduit dans la pomologie une confusion complète, et comme les poiriers gagnés de semis ont une durée bien autre que les formes de pelargonium ou de fuchsia obtenues de semis, on finira par ne plus s'y reconnaître. Nous n'ignorons pas que lé mot beurré ne représente pas une forme, mais une qualité; que les formes des poires ne sont pas absolues, mais présentent des intermédiaires ; on conviendra toutefois que malgré ces défectuosités, les mots de Peurré gris, Pergamote crassane, Bon-chrétien Napoléon représentent tout autre chose à l'idée que de désigner des poires nouvelles sous le nom de Robin, Robineau, Robinet. Nous venons de dire que le mot Peurré ne représente pas une forme mais une qualité; il en est autrement des mots Bergamote, Calebasse, Doyenné, Bon-chrétien , qui dans le langage pomologique indiquent une forme de fruit. Or, si le mot de Peurré, qui désigne parfaitement une qualité de fruit doit être soigneusement maintenu pour ce motif, les formes peuvent aussi fournir un élément précieux de classification. Essayons de démontrer cette vérité.

En étudiant les poires, on voit que les diverses formes qu'elles présentent peuvent être ramenées à huit types principaux, savoir : TV 1° Les Pomiformes, forme plus large que haute ombiliquée fortement aux deux extrémités. Exemples : la Pergamote pomme, l'ognonet, l'épine. 2° Les Doyennés, forme un peu plus haute que large; le plus grand diamètre en grosseur est vers le milieu du fruit, qui rondit vers le bas. Exemples : le Doyenné, le Peurré Dehove, le Beurré gris, le Peurré Piseau, le Beurré Six, la Fondante des bois. 3° Les Bergamotes, forme un peu plus large que haute, épatée, à base large, offrant le plus grand diamètre au-dessous du milieu. Exemples : la Pergamote crassane, la Marquise d'Hem, la Pergamote de Tournay, le Délice Everard.

4° Les Bons-chrétiens, forme plus haute que large, pyramidale, à sommet élargi, profil resserré au-dessus du milieu. Ex. : le Pon-chrétien, le Beurré Liart ou Peurré Napoléon, la Médaille d'été, la Pelle de Kain, le Bon-chrétien d'Auch ou Poire d'amour.

0° Les Mansuètes, forme plus haute que large, pyramidale, atténuée au sommet, à base arrondie. Exemples : la ansuète, le Beurré Durondeau, la Petite Charlotte, le Beurré Dilly, la Bellissime d'été, le Beurré d’'Amanlis.

4 6° Les Calebasses, forme allongée, irrégulière, à | deux côtés inégaux, arrondie à la base, peau roussâtre. Exemples : la Calebasse, la Calebasse Bosc, la Calebasse carafon. ” f

7° Les Péziformes, forme plus longue que large, renflée sous le milieu, atténuée au sommet et au bas. Exemples : le Pezi de Chaumontel, le Peurré d'Hardenpont, le Colmar Du Mortier, le Beurré Gilles, la Poire Dagobert ou Double-mansuète.

8° Les Fusiformes, forme très-allongée, atténuée ‘aux deux extrémités. Ex.: £'pargne ou Beau-présent, le Jargonelle d'automne.

Nous ne donnons pas cette coordination comme parfaite, loin de là, mais comme un jalon posé pour arriver à la classification des poires. Il y a d'ailleurs dans ces fruits une certaine fixité que montre l'expérience. Tous ceux qui se sont adonnés au semis ont pu voir que la plupart des variétés se reproduisent avec de légères et faibles nuances. Semez des pepins de Peurré d'Tardengont ou de Passe-Colinar et vous reproduirez ces fruits ; c'est ce qui nous est souvent arrivé. Cette observation prouve

que la valeur des formes est sérieuse et qu'on doit en tenir état dans l'étude dè la pomologie.

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